Voyage en Italie, t. , p
3. Les premieres pages du roman que Taine a essayé d’écrire plus tard, et qu’il n’a pas achevé, ¢voquent précisément ces funébres scénes,
Be ESSAI SUR TAINE
précis ou il s’éveille 2 la vraie vie de l’intelligence va—t-il déposer au fond de sa personnalité morale :
La France « sennuyait-elle » déja en 1842 » Ce qui est
bien certain, c’est quelle n’en laissait encore rien paraitre.
Nul doute que le régime dalors ne dat réaliser pour Taine lidéal d'un « bon gouvernement »,, lui qui pensa toujours qu’ « on peut payer cher des chefs capables, une politique suivie, des élections libres, et la surveillance du gouvernement par la nation‘! ». Ainsi, pensait d’ailleurs toute la bourgeoisie libérale; et l’on sait ‘combien un Augustin Thierry, par exemple, a regretté la monarchie de Juillet. —<Le clergé, lui, avait d’excellentes raisons pour ne point partager ces regrets. Si, sous la Restauration, il avait eu le tort de compromettre par ses maladresses leuvre de rénovation religieuse qu'un Chateaubriand, au début du siécle, avait loyalement tentée, on lui faisait’ alors durement expier ses fautes passées. La Révolution de 1830 avait eu un caractére nettement antireligieux, et la royauté de Louis-Philippe, fidéle a ses origines, se crut trop tenue de donner satisfaction aux rancunes dont les Béranger et les Courier s’étaient faits Jes haineux interprétes. Aussi, durant ces dix-huit années, tandis que Lamennais échoue misérablement dans sa généreuse, mais jmprudente et surtout prématurée tentative de conciliation entre « I’Kelise et le siecle », voyonsnous le « yoltairianisme » s’insinuer 4 nouveau dans les
1. Citons ici ]a phrase tout entiére. Il s’agit du portrait peu flatté que trace Thackeray de la société anglaise : « Devant ce tableau frappant de
' vérilé el de genie, on a besoin de se rappeler que cetie inégalilé bles-
sante est Ja cause d’une liberté salutaire, que l’iniquité sociale produit la prospérilé polilique, qu'une classe de grands héréditaires est une classe d’hommes d’tat liéréditaires, qu’en un siécle et demi, |’Angleterre a eu. cent cinquante ans de bon gouvernement, gwen un siecle et demi la France a eu cent vingt ans de mauvais gouvernement, que tout se: paye, et qu’on peut payer cher des chefs capables, une politique suivie,.
' des élections libres, et la surveillance du gouvernement par la nation, »
(Hist. de la litt. anglaise, t. V, p. 112).
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eee al Tey 4 ~ + 7. s + = f —- Troma Mes | HISTOIRE DE SA PENSEE ET «DE SES LIVRES G
esprits et transformer peu & peu autour de lui Vatmosphére morale!. Hl en est bien peu, parmi ceux qui eurent. vingt ans vers 1848, qui échapptrent & cette influence. Et, comme toujours en France, cette résurrection du voltairianisme se traduisait, dans les faits, par une baisse de lidée religieuse et par une diminution de la préoccupation morale. ,
Un instant, on aurait pu croire que ce recul momentané du spiritualisme chrétien allait se faire au profit del’éclectisme. Mais, A partir de 1830, la carricre proprement philosophique de Victor Cousin est terminée. I] est pair de France, académicien, ministre; il expurge lui-méme ses anciens ouvrages et organise sa philosophie d’Etat. Or, si cette philosophie, en raison méme de ses insufflisances, était de nature & satisfaire des collégiens et a rassurer la bourgeoisie censitaire de Louis-Philippe, elle était trop superficielle et trop inconséquente, elle avait a Pégard du christianisme une attitude trop équivoque, elle restait trop élrangére au mouvement scienlifique pour prétendre longtemps a la maitrise des intelligences. De fait, elle ne tarde pas a étre battue en bréche de toutes: parts. Au sein méme de l’école,. des velléités de pensée originale se produisent: et, sous mille formes et par mille fissures, c'est l’idéalisme allemand, c’est Te panthéisme spinoziste, cest le» monisme hegelien qui, discrétement, mais sirement, pénetrent dans la place — cette fois pour
1. Sainte-Beuve, qui a été Tun des ouvriers, et peut-ctre aussi Pune des victimes de cette transformation, — je songe en parlant ainsi a la ~ distance qui sépare les premiers voluines du Port-Royal (premiere édition):
des Nouveaux Lundis, — a raconté, avec son exactitude el sa pénétration habituelles, les principales et instructives vicissitudes par lesquelles a passé chez nous la réputation de Voltaire dans un article des Cause vies du Lundi (t. XII, p. 1-5): « Le combattant et le chef de parti Voltaire continue toujours, y disait-il (\’article est de 1854), Comme un général mort, mais dont le nom promet des victoires, on Va allaché sur son cheval, et Ja bataille se rengage autour de Jui, comme autour du ' plus guerroyant. » — Voyez encore, au tome 1V des Nouveaux Lundis, les deux article< intitulés : Quatre moments religieux au XIX° siécle.
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