‹ Essai sur Taine, son œuvre et son influenceChapitre 15 sur 86 · ESSAI SUR TAINE N · texte numérisé non relu

ESSAI SUR TAINE N

male, Fritz Rieder, Taine n’était pas « un esprit littéraire »*. Ge fut pourtant par un livre de « littérateur » qu'il débuta & vingt-cing ans. Il est vrai que ce livre, V Essai sur les fables de La Fontaine, était une these de Sorbonne. Ses « juges patentés » ayant refusé, comme hétérodoxe, |’étude sur les» Sensations, force avait été au can-

didat de choisir un sujet moins compromettant®. Il est

facile d’entrevoir les raisons qui lui dictérent son choix.

- La Fontaine était pour lui presque un compatriote: bien

loin de partager 4 son égard les faciles dédains que certains romantiques, un Rousseau, un Lamartine, lui ayaient

. prodigués, il l'aimait beaucoup, et de longue date; son

« génie, grec et flamand », le ravissait; 11 comprenait et sentait 4 merveille cet art si fonciérement, si consclemment « naturaliste »; et, comme pour mieux admirer le poete, il allait jusqu’al’opposer, non sans exces, 4 tout son temps. Or, sur presque tous ces points, ses gouts personnels se trouvaient 4 peu prés d’accord avec ceux qu'il pressentait chez ses juges : le culte de La Fontaine a toujours été de tradition dans l'Université; en faveur de ses Fables, les plus sévéres lui ont pardonné et ses Contes et sa vie méme : et, pour sen bien convaincre, Taine n’ayait qu’A se rappeler l'enseignement et les livres de l'un de ses maitres, excellent Eugéne Gérusez *.

1. Dans une lettre intime citée par G. Monod (Notice sur Rieder, Annuaire des anciens éléves de V Ecole normale, 1897, p. 60): « Ce n’est pas un esprit littéraire, écrivait Rieder de Taine, mais il sait tout embrasser sans rester, 4 la superficie. Son défaut, c’est un peu trop de confiance dans ses forces... Il porte un peu trop sa philosophie partout, méme dans la musique... » :

2. La thése latine qu’il avait présentée en méme temps avait pour titre De cognitione rerum externarum, Le manuscrit en a été conservé, Le conclusions en sont nettement idéalistes.

3. Gérusez était un fervent de La Fontaine. II lui a consacré un Jong

et amoureux article dans ses Hssais a@’histoire littéraire (1836), puis dans son Histoire de la littérature frangaise (1852); entre temps, il

avait publi¢ (1843) une édition classique des Fables, copieusement et.

ingénieusement annotée. Toutes ces publications n’ont provablement pas

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Au reste, la philosophie pure ne devait rien perdre, on

peu de chose, & cette infidélité apparente. Sous sa forme primitive!, eneffet, le La Fontaine ne reléve pas, & proprement parler, de la critique littéraire, mais de l'esthétique-

Ces deux cents pages ont avant tout pour objet de vérifier

une certaine « théorie de la fable poétique », de détermi-

ner les « conditions du beau ». Dés les premiéres lignes, .

d’ailleurs, on était loyalement averti: « Le lecteur dira (lisait-on dans l’Avertissement) : Ceci n’est pas un Essai sur les fables de La Fontaine. En effet c’est une Etude sur le beau.., De Ia les raisonnements, les abstractions, le systeme... » Et a la page suivante, l’auteur annoncait nettement son intention de « faire de la critique littéraire une recherche philosophique ». Il a tenu parole; et nous ne pouvions attendre moins d’un lecteur assidu et d’un disciple de Hegel.

Le disciple de Hegel se retrouve davantage encore, si

été inutiles 4 Taine. Mais surtout, si l’on en croit les Souvenirs d’un journaliste de Sarcey, ce premier livre serait particulitrement redeva— ble aux lecons d’Hatzfeld:*« J’ai trouvé, écrit Sarcey, dans le La Fontaine de Taine nombre @idées que Hatzfeld nous avait développées et qui m’avaient frappé par leur justesse et leur originalité ». Taine professait pour Hatzfeld, qui avait été son professeur de rhétorique, la plus affectueuse gratitude, et sa correspondance comprend plusieurs lettres

fort intéressantes a l’adresse de son ancien maitre. [1 lui écrivait a la

date du 13 aout 1847 en lui annongant ses succés du concours général : « Tous ces heureux succés, c’est 4 vous que je les dois... Sans vous, je n’aurais jamais eu ni ordre, ni clarté, ni méthode... Si je réussis plus tard, ce sera grace 4 vos legons, car vous m’avez appris a travailler et a conduire mon esprit »..

1. J’insiste 4 dessein ]a-dessus: le Za Wontaine que nous lisons au—

jourd’hui ne ressemble plus du tout 4 la thése de 1853, et ce n’est pas le titre seul, Lu Fontaine et ses fables, qui a été modifié. « Ce livre, comme le Voyage aux Pyrénées, a été refondu et récrit presque en entier », déclarait Taine dans 1’ Avertissement de sa 3° édition (1861) ; et rien n’est plus exact. Or, si l’on veut bien se rendre comple de tout, ce que Taine emprunte alors 4 Hegel, co sont Jes deux premitres éditions qu’il faut lire, et lEsthdtique de Hegel a portée de la main, (Cf, Essai, pp. 1-22, ct Esthétique, trad. Bénard, 2° édition, 1875, t. 1, pp- 9-10, 148-154, elc.). « Avoir lu Aristote et Kant, écrivait Sainte- Beuve, et le prouver 4 chaque ligne en parlant de La Fontaine, 1a est le

tour singulier et comme la gageure. » A Ja place d’Aristote, et surtout. de Kant, mettez Hegel : et vous aurez la note juste et la trés exacte vé~ —

rité.

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cest possible, ou, du moins, il est plus aisémenl reconnaissable dans l’Essat sur Tite-Live. Aussi bien, le trés ingénieux et suggestif programme qu’avail tracé l’Académie en mettant au concours pour 1854 « une Etude critique et oratoire sur le génie de Tite-Live », invitail comme de lui-méme les concurrents a prouver qu’ils avaient lu la Philosophie de l'Hisloire: il y avait la pour Taine une occasion admirable d’ « exposer en style francais », sur un théatre retentissant, quelques-unes des idées qu'il avait puisées dans l’ceuvre, depuis peu découverte par lui, du philosophe allemand’, et il se devait a lui-méme de ne pas la laisser échapper ?. Il fit plus. « Toutes les idées élaborées depuis cinquante ans en Allemagne, écrivait-il un peu plus tard, se réduisent a une seule, celle du développement (entwickelung), qui consiste a représenter toutes les parties

1. « Je viens de lire la Philosophie de V Histoire de Hegel », écrivait Taine a Paradol le 24 juin 1852. Et c’est a ce propos qu'il ajoutait la

- phrase que j'ai déjA citée: « C’est une belle chose, quoique hypothé-

tique et pas assez précise. » (G. Monod, les Mattres de I’ Histoire, p. 85.) — Je rappelle ici une fois pour toutes que le beau livre de M. Monod est aujourd’hui la base indispensable de toule étude sérieuse sur ‘Taine, et qu'on ne saurait faire Ja biographie intellectuelle de !’auteur de la Littérature anglaise sans suivre son historien presque pas A pas.

2. Il y a lieu de rapprocher, par exemple, le chapitre de l’ Hssai sur Tite-Live intitulé la Philosophie duns Vhistoire, de I’ Introduction du livre de Hegel (Vorlesungen tiber die Philosophie der Geschichte, édition Gans, Berlin, 1848; Hinleitung, pp. 3-98), et les pages ot Taine essaie de reconstruire la philosophie de I’histoire romaine (p. 171-150) du chapitre ou Hegel a traité le méme sujet ( Vorlesungen, etc. : Die rOmesche Welt, pp. 344-414). Ona la comme l’abrévé anticipé de la Cité antique; et la question se poserait de savoir si Fustel de Coulanges a connu directement, par la lecture méme des ouvrages de Hegel, ces idées qu’il devait mettre si habilement en ceuvre, ou bien s'il ne lesa connues qu’a travers I’ Hssai sur L'ite-Live, quil avait assurément lu et pratiqué. Il se pourrait aussi qu’elles lui fussent venues par !’intermé—

diaire de Berger. — L’ouvrage de Hegel n’a pas été traduit en frangais,

mais en en trouvera un résumé trés cair et trés fidéle: dans un livre que Je nai vu signalé nulle part, mais qui m’a paru excellent: Heyel et la philosophie allemande, par A, Ott, Paris, 1844, in-8°; auteur est un disciple de Buchez. (Voir aussi sur cette partie de l’ceuvre de flegel le livre si mal fait, et qu’on a traduit en francais je ne sais trop pourquoi, de l’Anglais Robert Flint, la Philosophie de l’ Histoire en Allemagne, Germer-Bailliére, 1878),

HISTOIRE DE SA PENSEE ET DE SES LIVRES At

. ‘ x ’ : : > s d'un groupe comme solidaires et complémentaires, en sorte que chacune d’elles nécessite le reste, et que, toutes

réunies, elles manifestent, par leur succession et leurs con-'

trastes, la qualité intérieure qui les assemble et les produit. » — Ou, en d'autres termes, «*il y a en nous une faculté maitresse, dont laction uniforme se communique différemment-a nos différents rouages et imprime a notre machine un systéme nécessaire de mouvements prévus ». On a reconnu dans ces derniers mots une phrase de la fameuse Pré/ace de l’Essai sur Tite-Live, et l’on saisit maintenant la véritable origine de la théorie séduisante dont YEssai est en partie la premiére et triomphante application!. , Recu docteur le 30 mai 1853, Taine, sept mois apres, avait achevé son Tite-Live: il était épuisé. Forcé de prendre quelque repos, de sortir desa vie claustrale, de rouvrir les yeux au monde et a la vie, il redevient. « un homme pour lequel le monde extérieur existe »; limagination « incompléte » peut-étre, mais si puissamment pittoresque qui était la sienne, jusqu’alors presque tout entiére tournée vers les faits de la vie intérieure, s’éveille comme d’un

1. L’expression méme de faculté maitresse (vorherischende und

tiberwiegende... Seelen—-Verméigen) se trouve déja dans la Philosophie:

de V Histoire de Frédéric Schlegel, et la théorie que cette expression symbolise 4 nos yeux depuis Taine y est déja tres ingénieusement déve— loppée (voir notamment la 5* et la 6° legon); il est vrai que |’écrivain allemand en fait l’application bien plutot aux peuples qu’aux individus, — L’ouvrage de Schlegel a été traduit en trangais, en 1836, par Vabbé Lechat (Paris, + vol. in-8'), et il est 4 noter que Je traducteur frangais,

pour rendre l’expression allemande que j’ai rappelée plus haul, rencon— -

trait presque la célébre formule de Laine: « l’élément intellectuel ou la faculté souveraine », disait-il (t. 1, p. 183). — Enfin, l’on pourrait sans paradoxe soutenir que la théorie, sinon Ja formue méme de la facullé maitresse, a été, je n’ose dire inveutée, mais en tout cas’ trés nellement entrevue et définie par Pascal le jour ot il jelait sur Je papier Ja note suivante: « Lalent principal, qui réegle tous les autres, » (Pensévs, édilion Michaut, 683; Brunschvicy, 118), Cette pensdée ne figurait pas dans les éditions de Port-itoyal et de Bossut, et elle a été publice pour la premiére fois par l'augere.

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4a ESSAI SUR TAINE |

i long sommeil ; il découvre 4 nouveau le vaste univers; et, dans ce retour au réel, dans l’effort qu il fait pour saisir

la diversité ondoyante des couleurs et des formes, il apporte

une telle fougue juvénile, une telle fraicheur, une telle <i sincérité, une telle naiveté d’impressions, qu’a le juger, . __ semble-t-il, d’aprés ses « carnets » d’alors, on se pourrait croire en présence d’un Daudet s’exergant a la traduction i « littérale et spontanée des sensations », en vue d'un roman futur. — Quelle part dans cette transformation, a tout ia prendre heureuse, convient-il de faire a la nature, a la vox lonté et aux circonstances? II est diflicile de le dire : mais. wihrce qu'on est en droit d’affirmer, c'est qu’ici encore, — comme du reste dans tous les moments décisifs du déve- __. loppement de Taine, — laction de la volonté n’a fait que: : ' renforcer et redoubler celle de la nature et des circon— stances ; peu de penseurs et peu d’écrivains, je crois, se sont. mieux connus, ont mieux su dominer, discipliner et exploiter 4 l’aide d’une volonté plus indomptable les dons. que la réflexion et l’expérience leur faisaient découvrir en eux. Maitres et amis! lui avaient reproché bien souvent d’abuser des formules, des raisonnements, du systéme, de négliger l’observation minutieuse et nécessaire des faits, de la réalité concrete et positive ; lui-méme, quand il faisait son examen de conscience intellectuelle, devait bien s’a— vouer qu ils avaient quelque peu raison. Sans rien sacrifier m des besoins essentiels de sa pensée, il va désormais chercher an 4 moins mériter de pareils reproches. « Son effort » sera

if 1. Dans un article sur le Tite-Live (Revue de 7 Instruction publique,

nt) 12 juin 1896), Paradol rendait un juste hommage a la « belle intelli—

. gence » de son ami, & sa « puissance singuliére de travail (dans laquelle:

Pextréme facilité et l’extréme opiniatreté se rencontrent) » ; mais il aurait

youlu le « modérer », lo « régler »: il critiquait trés vivement, au nom

: méme de Spinoza, cette assimilation de la critique litléraire a la science

naturelle ; et il ajoutait : « La rare puissance dinvestigation et d’exposi-—

tion de M. Taine, les males qualités de sa pensée et de son style nous.

s semblen! convenir aux libres recherches de la philosophie pure plutot qu'aux devoirs nombreux et délicats de la critique. »

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HISTOIRE DE SA PENSEE ET DE SES LIVRES’ Ad

toujours « datteindre lessence, cofmme disent les Alle—

mands » ; mais. il fera de « Vobjet » une étude plus atten-

tive et plus circonspecte. « On se souvient peut-étre, dit-il quelque part, de ce raisonneur qui mettait ses inspirations en formules et me donnait les mathématiques du paysage!. » Ce « raisonneur », c'est lui-méme, et ce sera lui toujours; seulement, ses impressions seront ou s’efforceront d’étre de plus en plus riches, de plus en plus fines, nuancées et exactes. Et si la plus grande partie de son

ceuvre est d’un critique et d’un historien, c’est sans doute

parce que la critique et l'histoire lui permettaient mieux que tout le reste d’agir sur un plus large public, d’intéresser plus d’esprits & sa doctrine et & louvre philosophique qu'il révait: c’est aussi parce qu'il sentait bien que sur ce terrain il ne serait pas tenté de se dérober au controle indispensable de l’expérience, d’échapper a l’étreinte et de fuir le contact si salutaire, de la vivante, de Vhumaine réalité.

Cette réalité, par toute sorte de moyens, il allait essayer de lui arracher son secret. Déja, dans son cours de philosophie a Nevers, « ilalliait, selon la trés juste observation de M. Monod, la psychologie et la physiologie ». De retour 4 Paris, une fois débarrassé des examens et des concours, il éprouve le besoin de compléter ses études scientifiques : il suit des cours d’anatomie, de médecine mentale, s’entretient avec des savants, des spécialistes, de mathématiques, de botanique, de chimie, de physiologic; dans ces conversations, dont la Préface de la seconde édition des Philosophes classiques nous a conservé le bruyant écho, il confirme et éprouve son idée hegelienne de l’unité de la science; il y puise le gout des faits précis, des termes, des comparaisons et des

eceaphores scientifiques, peut-¢tre aussi des expressions

1. Voyage aux eanx des Pyrénées, 1" édition, p, 76. La phrase n’a pas été conservée dans les éditions actuelles.

Ah i; ESSAI SUR TAINE

fortes et un peu vives, pale reflect de celles qui, parait-l,

- ont cours dans les amphithéatres; en un mot, il y con-

tracte ce tour d’esprit positif qu'on a si souvent signalé chez lui et qui, parfois, l’a fait prendre a tort pour un pur. positiviste. Les heureuses tentatives quil fait vers le méme temps pour compléter son éducation artistique le poussent dans la méme voie. A Paris, il a retrouvé son ami Planat, le futur Marcelin de la Vie parisienne, « érudit et penseur », qui « prétendait que l’histoire des moours pendant les trois dernters' si¢cles est a la bibliothéque des estampes ! » : celui-ci Vintroduit dans le monde des artistes, lui fait connaitre Gustave Doré; et c'est l’époque ot Courbet, on sail avec quel fracas, préche son « réalisme »,

d’abord par ses toiles, les Casseurs de pierres, 1830, les -

Baigneuses, 1853, puis, ouvrant son Exposition particulitre, 1855, enfin se faisant théoricien A son tour. Les Emaux et Camées, les Poémes antiques viennent de paraitre; Dumas a fait joucr la*Dame aux camélias ; il va don— ner le Demi-monde, Augier le Mariage d’Olympe et les Lionnes pauvres. Comment, de toutes ces legons, de tous

"ces exemples et de toutes ces cuvres, ne se serait-il pas

dégagé pour ‘Taine le pressant conseil et comme I’obligation impérieuse d’étudier scrupuleusement la nature et, suivant le mot du pote, de se plonger dans son sein pour en mieux pénctrer les lois?

Justement, en celte méme année 18D4 qu’on nous signale avec raison comme « une date importante dans la vie de Taine », une occasion exceptionnelle s’offrit & lui. de chercher non plus seulement dans les livres, mais dans la poture méme, la confirmation de ses pressentiments,

, t+ Philosophes classiques, édit. actuelles, p. IL. Voir sur Marcelin Particle des: Derniers Hssais de critique et Whistoire, Cesta Marcelin qu’est dédié, a partir de la 3° édition, le Voyage aux Pyrénées, et Taine y parlait de son ami en ces termes: « S’il y a ici quelques bonnes idées, .

“da moitié lui en appartient ; je les Jui rends. »

l'application de ses théories naissantes : durant un yoyage de deux mois aux eaux des Pyrénées, il put tout a son aise, l'histoire aidant, observer homme dans ses rapports avec son milieu naturel. La, il eut comme la révélation positive de l’action, d’aprés lui toute puissante, que les faits de l’ordre physique exercent sur tout l’étre humain.

Ce jour-la, la fameuse « théorie du milieu » était née. |

Qu’on ouvre, en effet, presque au hasard, le livre que Taine a rapporté de son voyage, ce livre « aussi étrange, disait About, aussi varié, aussi ‘curieux, aussi puissant, aussi capricieux, aussi accidenté que les Pyrénées '» elles-

mémes : a chaque instant, la joie de sa découverte perce

et éclate en de vives et tranchantes formules: « Avais-je raison? s’écrie-t-il quelque part. Y a-t-il une chose qui ne soit d’accord avec le reste, et dont le soleil, le climat, le sol ne rendent raison? » Kt ailleurs: « Ainsi les impres—-

sions incessantes du corps et de l’ame finissent par mo- |

deler le corps et l’ame; la race. fagonne V'individu, le pays faconne la race. Un degré de chaleur dans I’air et d'inclinaison dans le sol est la cause premiére de nos facultés et de nos passions ». Ailleurs enfin, comme pour mieux signaler le lien étroit qui rattache cette idée aux divinations hegeliennes : « Le climat fagonne et produit les bétes aussi

bien que les plantes. Le sol, la lumiére, la végétation, les —

animaux, ' homme sont autant de livres ou la nature écrit en caractéeres différents la méme pensée* ». Les vagues intuitions que ‘Taine avait pu trouver chez Montesquieu et chez Stendhal * ont maintenant pris corps : la théorie de

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