‹ Essai sur Taine, son œuvre et son influenceChapitre 16 sur 86 · Revue de VInstruction publique du 16 aout · texte numérisé non relu

Revue de VInstruction publique du 16 aout

2. Voyage aux eaux des Pyrénées, i*° édition, p. 7, 79, 194. Dans les éditions actuelles, la phrase: « Le climat fagonne et produit les bétes aussi bien que les plantes », a été supprimée.

3. « Mon but, écrivait Stendhal dans !’ Lntroduction de Vhistoire de ‘la peinture en Italie, mon butest d’expliquer comment chaque civilisation produit ses poétes, » Kt dans un autre endroit: « Le climat tempere et la monarchie font naitye des admirateurs de Racine ; l’orageuse Jiberté et les

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la race est déja entrevue; celle du milieu, pour étre sinon compléte, du moins suffisamment reconnaissable, na plus guere besoin que d’un mot, d’une formule abréviative, qui sera prochainement fournie par Auguste Comte’. — Quand, au mois de septembre 1854, Taine quitte Toulouse pour rentrer & Paris, je cherche en vain, parmi les éléments essentiels de son oeuvre future, celui qui lui fait encore défaut.

« Il y a une anatomie dans l’histoire humaine comme dans l’histoire naturelle. » Car « st l’on décompose un personnage, une littérature, un siécle, une civilisation, bref, un. groupe naturel quelconque d’événements humains, on trouvera que toutes ses parties dépendent les unes des autres comme les organes d’une plante ou d'un animal. » Il suit de 14 que le critique qui veut « saisir et suivre les causes », conyaincu que histoire peut et doit « devenir une science », sappliquera « pour tout groupe naturel d’événements humains » & « remonter jusqu’a la force maitresse » d’ot ce groupe « regoit son unité, sa nature et son étre », & « enfermer dans sa formule » cette force génératrice, l’une de celles qui « circulent 4 travers

climats extrémes produisent des enthousiastes de Shakspeare. » M. Fa-

‘ guet, qui cite ces deux mots (Histoire dela langue et de la littérature francaise publiée sous la direction de M. Petit de Julleville, t. VII, p. 651-652), remarque avec raison que Stendhal n’en a rien su tirer. —

- Dans une lettre 4 Havet, du 29 avril 1864, Taine faisait la déclaration suivante . « Mon idée traine par terre depuis Montesquieu ; je lai ramassée, voild tout. » (G. Monod, op. cit., p. 117). On sait que Montesquieu lui-méme I’avait « ramassée » dans l’'abbé Dubos.

1. Je dois dire cependant que, bien avant de faire ample connaissance avec Comte, Taine avait déja trouvé non seulement la théorie, mais la formule méme dont il devait faire la fortune. Dans une lettre inédite a Edouard de Suckau, datée du 23 juillet 1853, et dans laquelle il félicite son ami de songer, pour écrire son livre sur Marc-Auréle, 4 reconstituer. les alentours de son personnage, je lis’en effet ceci: « Un animal n’est vrai que dans son milieu. » Mais ce n’est 1a encore, semble-t-il, pour Taine, qu’une vue et qu’un mot; et il faudra attendre l'étude approfondie qu'il fera en 1860 du Cows de philosophie positive pour que la théorie, définitivement baptisée, ait vraiment droit de cité dans la pensée de Taine et dans l’histoire des idées,

les étres, et par qui palpite l'univers éternel ». Telle est la « méthode » qu'il faut désormais suivre en critique; tel est « l'instrument » qui, « fabriqué par Aristote et He- ie i gel », pourra seul nous donner la vérité. Ces lignes sont» datées de 18581: Taine aurait pu les écrire trois ans plus tot: avant de publier son premier article, il est bien évident qu’il les avait dans l’esprit.

« La monographie, a-t-il dit ailleurs, est le meilleur instrument de l’historien ; il la plonge dans le passé comme une sonde et la retire chargée de spécimens authentiques et complets.-On connait une époque apres vingt ou trente aoe de ces sondages; il n’y a qu’ les bien faire et a les bien a interpréter?. » A la Revue de I Instruction publique, a la Revue des Deux-Mondes, au Journal des Débats, partout ou Taine donnera quelque article, partout il composera des DG monographies, partout il appliquera la méthode qu'il — ya vient d’exposer; et chacune de ses études successives sera Pe une contribution nouvelle a cette « grande enquéte sur l'homme » qu'il a entreprise et qui, d’aprés lui, est, depuis Sainte-Beuve, la définition méme de la critique moderne. a Quw'il étudie Guillaume Guizot ou La Rochefoucauld, | ye Raciné ou Balzac, Cousin ou Maine de Biran, toujours il ; | sefforcera de déméler la « faculté maitresse » de l’écrivain dont il parle, d’expliquer et de « reconstruire » avec Ne elle son esprit et son ceuvre, son caractere et son talent. ;

1. Préface de la premiére édition des Lssais de critique et d’his- . toire (1858). A partir de Ja seconde édition (1866), cette Préface a été ~ os remplacée par celle qu’on lit dans les éditions actuelles, et qui semble faire plus de concessions, au moins yerbales, aux partisans de la liberté.

2. Viscours de réception aV Académie francaise (Derniers Essais, p- 167-168). — On notera que ce gotit des « monographies » est commur a Renan et a Taine (cl. Avenir de la Science, p. 228, sqq.), mais qu’ tout prendre, — et ils ont eu grandement raison, — ils ne s’y sont -pas trop asservis. Car ni les Origines du christianisme, ni I’ Histoire de la littérature anglaise ne sont a proprement parler des « monographies ». Et je me demande si, par Jeurs conseils, ils n’ont pas enfoncé dans d’ingrates et peu utiles recherches Ge détail plus d’un excellent esprit qui était’né pour les études d’ensemble. —

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ar 48 ESSAI SUR TAINE

Les sujets auront beau varier : Ja méthode ne changera

pas. Et ainsi sont nées tant de monographies instructives*,

tant d’ « essais de critique et d’hisfoire » qui, indépen-

damment de leur intérét propre, ont été avant tout, pour .

Yauteur, comme autant d’applications d’une méme méthode, comme autant d’ « expériences » psychologiques pratiquées sur des « sujets » différents.

Ainsi congue et ainsi pratiquée, la critique ne peut avoir pour objet et pour fonction que de constater des faits et d’en rechercher les lois; comme la science positive, elle doit renoncer « & juger », a « préférer », a « classer »; toute intention esthétique et toute préoccupation morale

doivent en étre rigoureusement absentes. Et il faut conve-

nir que Taine a fait tout ce qui était en lui pour soutenir cette étrange gageure; il s'est essayé, et il a quelquefois réussi, 4 ne sintéresser aux ceuvres qu’en raison de leur signification psychologique. Mais quoi! il est Taine : ilest

1 Peut-étre, pour se bien rendre compte 4 quel point Taine était préparé A cette tache, peut-étre faut-il avoir vu et /euilleté que! ques-unes des innombrables notes qu’il avait accumulées sur toule espctce de sujets a l’Ecole normale. On est vraiment stupélait de la somme prodigieuse de connaissances qui se trouvent ici rassemblées. Evidemment, du jour ou il eut a vivre de sa plume, il n’eut qu’a puiser sans compler, suivant les besoins et les hasards de la production périodique, dans ce riche trésor d'informations et de réflexions de toute sorte. ll y avait la matiére a bien plus d’articles qu'il n’en a écrits..« Que d’espaces, a dit M. Boutmy, il avait sondés ou au moins reconnus autour de ceux qu'il a mis en culture |!» Je n’en donnerai qu'un seul exempie. ‘Taine, on le sait, n’a jamais eu loccasion de parler de Pascal directement et pour lui-méme. Or, il y a d’autant plus lieu de le regretter que Jes noles qu’en seconde année d’Kcole il avait recueillies sur auteur des Pensées constituent, dans leur concision saisissante, !’une des études les plus completes, les

plus pénétrantes et les plus personnelles que je sache. Plus ayvisé que

Sainte-Beuve, il met déja en doute l’aventure légendaire du pont de

Neuilly. Les ingénieuses et justes formules, les vives images jaillissent spontanément sous sa plume, A propos de Ja premiére conversion de Pascal et des lettres qu'il écrit 4 cette époque: « Pascal, dit Taine, parle avec une austérité dure de nouveau conyerti, une farouche aversion pour le monde, une déyotion apre. Cette dévotion est comme un

réseau d’épines qui Cenveloppe tout entier ». Nous avons été privés,

je crois, d’un hel article.

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HISTOIRE DE SA PENSEE ET DE SES LIVRES Ag *

Vhomme qui a appris 4 penser dans Ss pinoza et dans Hegel ; non seulement il a une méthode; mais ila, quoiqu’il s’en défende, une philosophie, un systeme; a son insu peutétre, ses idées de derriére la téte, ses préférences littéraires, ses sympathies philosophiques ou morales pereent ou se donnent carriére : il n’a pas parlé dans les mémes termes, avec la méme faveur, de Fléchier que de Michelet, de Jean Reynaud que de Marc-Auréle; dés son premier ar-

ticle, il donnait la préférence au « réalisme » de La Bruyére

sur « le gowt classique et les habitudes littéraires du

xvu® siecle » frangais; et a qui faire croire qu’il n’a composé les Philosophes classiques que pour « définir » la « faculté maitresse » de Victor Cousin et pour décrire le talent

de Jouffroy? La vérilé est que de ses moindres pages toute -

une philosophie se dégage; et cette philosophie, écho ou reflet de son état d’esprit d’alors, est avant tout un acte de foi dans la puissance absolue de la raison, un hymne en l’honneur de « l’avenir de la Science ». « Séparons donc la science de la poésie et de la morale pratique, comme nous I’avons séparée de la religion... Gardons a chacune son domaine, et surtout gardons a la philosophic le sien... La science ne doit pas se plier 4 nos gots; nos gouts doivent se plier & ses dogmes... Elle est 4 mille lieucs

au-dessus de la pratique et de la vie active; elle est arrivée

au but et n’a plus rien a faire ni a prétendre, dés qu elle a saisi la vérité'. »

1. Ces lignes sont datées de 1855, et elles sont extraites du premier article que I'aine at donnéa la Mevue des Deux-Mondes (sur Ciel et terve, par Jean Reynaud), On observera qu’au moment méme ou Taine protesie avec tant d’éloquence contre cette « contusion des genres », il en conimet sans s’en douter une bien autrement grave, en confondant, comme il Je fait, la science et la philosophic. Knfin, n’est-ce pas lui qui aécrit (Litt. angl., t. V, p. 395): « Dans une teéte anglaise, Il esprit religieux et l’esprit positif vivent cote a cote et séparés. Cela fait un mélange bizarre, et j’avoue que jaime mieux la maniére dont les Allemands ont concitié la science et la foi ? » Kt, sans doute, celle « conciliation » n’est pas celle de Jean Reynaud; ce n’est pas non plus celle

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bo ESSAI SUR TALNE

Les éclectiques avaient tenu un autre langage. Il s’agissait dés lors, pour Taine, tout en leur appliquant sa méthode, de les déposséder du rang quils occupaient encore dans l’opinion, et, par tous les moyens en son pouvoir, par Vironie, par la dialectique, par Vérudition, par Véloquence, de ruiner leur doctrine pour tacher d’y substituer la sienne. A peine en possession d'une tribune, c'est & cette ceuvre qu’il va consacrer son principal effort, et c'est

cette double intention qui a dicté les articles, puis le livre des Philosophes francais du XIX° siécle.. Toutes les objections que ses réflexions, ses lectures, ses études lui avaient suggérées jusqu alors contre la « philosophie régnante, officielle » qu’il avait lui-méme si longtemps et si impa— tiemment « subie », il les a réunies dans ces pages: et dans les éditions successives qu'il en a données, 1857, 1860, 1868, si le ton est parfois adouci, l’argumentation sest fortifiée et enrichie de tout ce que l’expérience, je n’ose dire de la vie, mais des livres, lui a fourni de -raisons nouvelles et peut-étre plus décisives pour réfuter la doctrine cousinienne. Le livre fit un peu scandale! : il provoqua des réfutations et des répliques; mais il acheva de conquérir 4 Taine le grand public. Toutes proportions

de Pascal, laquelle vaut assurément mieux. Mais si, du propre aveu de Taine, « elle lui a donné la paix et des motifs suilisants de vertu », le principe en est donc bien le méme que celui qu’il critique si vivement, et n’a rien en soi dillégitime et de répréhensible. On pourrait ajouter que « concilier » n’est pas « confondre » ; et la vie intellectuelle, comme la vie morale, est faite de pareilles « conciliations » entre des exi— gences en apparence contradictoires.

1. « Ah! mes amis, quel tapage! quel bouleversement! Non, vous n’imaginez pas |’émoi que causa dans toute l'Université ce coup de pied donné au travers de la philosophie officielle de Cousin, par un jeune iconoclaste, audacieux, impertinent et grave. G’est de 1a que date l’influence que Taine a prise sur toute la jeune génération. Un des hommes les plus spirituels de ce temps, qui entrait dans la vie juste 4 l’heure ot Taine publiait son premier livre de philosophie, me disait: — Vous ne pouvez vous figurer l’empire que Taine a eu sur nos ames; il a été notre

maitre de penser et d’écrire. » (I. Sarcey, Mes Souvenirs, Gaulois du 6 mars 1893).

gardées, il fut pour lui, pour sa réputation et pour son ceuvre, ce qu’a été pour Renan la publication de la Vie de Jésus. *

De fait, — et Sainte-Beuve l’a bien senti, — d’ores et déja, il est avec Renan le chef dela « jeune école ». I n’a. pas trente ans; il est plein de vigueur et de sive, d’activité et de légitime ambition; amis et adversaires, chacun s’accorde a ae prédire « un bel avenir »: « il sait 2 a fond les . langues anciennes, les langues modernes, les philosophies et fis littératures; il a la Age de tous les styles »;il pense, mais avec plus de force et de fougue, comme I’on pense autour de lui: moitié par instinct, moitié par systéme, il | écrit comme les meilleurs écrivains ses contemporains : presque aussi bien que Gautier, mieux assurément que ce Paul de Saint-Victor qu’il a tant aimé, « il sait faire des

, métaphores qui se suivent ». Par toute sorte de sympa-

thies, de rencontres et de « correspondances, », son natu-

ralisme de pensde et d’expression fait’ écho au naturalisme — contemporain, a celui de Flaubert, de Dumas fils et de. Leconte de Lisle; il n’est pas jusqu’a la situation politique

qui ne trouve en lui un résigné, presque un indifférent!.

« Ceux qui écriront un jour, dira bientdt ‘J.-J. Weiss,

Vhistoire des révolutions politiques et morales du x1x° siécle, seront amenés A conclure que le rétablissement de -

YEmpire dans I'Etat et invasion triomphante du systtme de M. Taine dans le mondc intellectuel sont deux faits corrélatifs?. » Sa haute moralité, son discret stoicisme, sa courtoise, mais ferme indépendance, la fiére probité de sa pensée et de son style lui assurent ce que n’a jamais pu conquérir entitrement Sainte: Beuve: Jl’autorité. — Sa

-« Pour moi, gui aime fort peu la politique, et beaucoup Vhis~ thre, .. » (Article sur Troplong et Montalembert, Essais de critique et

Whistoire, 1"* édition, p. 369).

2. J.-J. Weiss, article sur les Hssais de critique et @ histoire (Revue

de V Instruction publique du 15 décembre 1859).

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~volonté et Ja nature ont comme prédestingé a étre ce

quilaétéen effet: la conscience intellectuelle de son temps.

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Pour donner toule sa mesure et pour remplir tout son

effort, 11 ne pouvait lui suffire, comme 2 l’auteur des

Lundis, de se disperser en études fragmentaires et isolées, en articles de revues ou de journaux, en « essais de critique

et d’histoire »: il avait hate, en un mot, de construire son Port-Royal. Commencée et annoncée dans la Revue de I’ Ins-

iruction publique le 17 janvier 1856, publiée et essayée presque tout entitre par fragments successifs' dans cette méme Revue, dans les Débals, la Revue germanique, la Revue nationale, la Revue des Deux-Mondes, |’ Histotre de la littérature anglaise était achevée 4 la fin de 1863, et durant ces sept

1, Liidée maitresse et le dessein général, le plan intérieur méme du livre paraissent avoir été arrétés de trés bonne heure, — de trop bonne heure peut-étre, — dans l’esprit de Taine. Toute l’Histoire de la iitté—~ wature anglaise est esquissée avec une extréme précision dans |’article sur Lroplong et Montalembert qui date Wavril 1857 (Voir Essais de critique et d’histotre, 1"° edition, p. 391-394 |éd. actuelles, p. 305-309], Je passage qui commence par ces mots: « A travers la littérature an— glaise, vous découvrez a tous les ayes cet homme passionné, concentré, intérieur .. », Bien mieux encore, dans le dernier paragraphe de l'article sur Dickens, qui a paru dans la Revue des Deux-.Mondes du 1* févvier 1856, Taine caractérise avec tant de netteté le génie anglais et son his~ toire, qu'on ne pourrait mieux résumer que par cette page toute I’ His— totre de la littérature anglaise elle-méme. Et cette page figurait déja telle quelle dans la Revue. 11 me semble que nous surprenons ici sur le fait les procédés de conception et de composition de Taine. Un sujet étant donné, il commence par |’étudier sommairement, et par s’en faire une premicre idée aussi exacle, aussi précise que possible, Cetie vue gé-

nérale, au lieude Ja retenir uniquement a titre d’idée directrice, d’hypo-

thése 4 véritier, A son insu, il la considére comme un programme 4 dé-

velopper, comme une sorte de théoréme A démontrer. Lille exerce um

tel euipire sur ga pensée qu'il devient presque incapable de voir les iaits qui la dementent ou qui Vinfirment. Ainsi s’expliquent, je crois, la plupart des erreurs ou des inexactitudes qu’il a commises, II est de ceux qui, s'ils ne découvrent pas la vérité du premier coup, ne la découvriront jamais, j’en ai peur, par tatonnements successifs, ;

Bs années, elle est demeurée Poccupation, non pas unique, mais principale de Taine. Lui-méme, dans la magistrale Introduction de ce livre célebre, il a donné quelques-unes* des raisons qui l’ont poussé a l’écrire, de prélérence & tout autre; il en est d'autres aussi qu'il n’a pas dites, mais

qu'on peut aisément deviner. Et les voici, ce semble, les

unes et les’ autres.

Aprés avoir, dans une série d'études de psychologie individuelle, éprouvé la valeur de sa méthode historique et critique, if abordait enfin histoire d’« une grande littérature complete », et 11 allait « y chercher la psychologie d'un peuple ». Le dessein était original assurément.: il nétait pourtant pas absolument nouveau. Sous l’influence de Hegel, de tres bonne heure en Allemagne on avait ainsi congu la critique’, et il suffira de rappeler ici les « beaux travaux » sur la littérature allemande de Vilmar, Hillebrand, Gervinus, Rosenkranz, Julian Schmidt?, « ad-

1. « Aujourd’bui, dans presque tous les livres d’histoire écrits en allemand, on reconnait l’influence loiniaine ou prochaine de Hegel ; c’est a

son école, directement ou indirectement, que les auteurs de tant de doctes »

manuels ont appris 4 classer, 4 généraliser, a concevoir les époques historiques comme des moments, 4 chercher les causes intérieures, le développement spontané, Je devenir incessant des choses, » (laine, article sur Th. Ribot, etc., Débats du 4 mars 1874, eb Derners Essais, p. 116); — Cf. aux Appendices les extrails de Varticle sur /’ Lsprit moderne en Allemagne» Jusqu’a quel point du reste Taine s’est-il inspiré des critiques alleuands dans sa Littéruture anglaise et ailleurs? Crest ce que je laisse a de plus competents que moi Je soin de dire avec exactitude. Mais je serais assez tente de croire que celle influence sur lui a: été assez forte, « J’avoue, écrivait-il des 1858, que je serais faché de voir des hommes comme M. Sainte-Beuve, M. Renan, M. Carlyle, M. Weber, M. Macaulay, se réduire 4 provoquer des actes d’admiration envers les cuvres des autres. » (Article sur I. de Sacy, Nouveaux lissais, 7° édition, p. 177-) Aillears enfin, dans l’Litroduction de la Littérature anglaise (éd. actuelles, t. 1, p. xnv1): « C’est dans ses écrils (ceux de Stendhal), chez Sainte-Beuve, chez les critiques allemands que le lecteur yerra tout le parti qu’on peut tirer d’uo documentlitléraire. » Voila, si je ne me trompe, des indications qui s’éclairent et se précisent singuligrement les unes les autres, ,

2. Comme si Vintluence hegelienne devait partout produire les mémes effets, on peut rapprocher Ja conception que ces divers ¢orivains et ‘Taine

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