‹ Essai sur Taine, son œuvre et son influenceChapitre 18 sur 86 · Lettré inédite 4 Edouard de Suckau du 8 juillet · texte numérisé non relu

Lettré inédite 4 Edouard de Suckau du 8 juillet

2. On sait que les Phiiosophes classiques ont paru tout d’abord par articles dans la Revue de l’Instruction publique. Le premier article sur Cousin était accompagné de la note suivante: « La Revue a deja inséré, dans son numéro du 14 juin 1855, un article de M. Taine sur Laromiguiére. Cet article et ceux que Ja Revue se propuse de pulalier sur les principaux écrivains du xix” siécle, sont empruatés a une série de vodumes qui doivent paraitre a la librairie de MM. L. Hachette et Ci. » S’ul faut en croire cette note, et aussi la rubrique génerale de l’article, Etudes sur les principaux écrivams du XLX° siecle, les Lhilosophes classiques auraient eu pour origiue I’heureuse initiative d’un intelligent éditeur, bien plutot qu’un dessein trés arrété d’avance, et un desir de représailles de la part de Taine. On sait aussi que l'idée du Voyage aux Pyrénées vient de M. Hachette, Et si l'on songe que les:Origines ont

' été pour ainsi dire dictees au grand écrivain par le spectacle des mal~ heurs publics, on peut en conclure yu’une bonne pari de soa wuvre his-

. tocique et littéraive, eben particulier sos deux plus assures chels-d wuyre, ent été comme arrachés 4 Taine par des circonstances exléricures indépendantes de sa volonté. On ne se fait pas sa vie, et aprés tout, cela est peut-élre heureux pariois,

nae eae eee VET ak “1

coun d'histoire. Mais la philosophie valatt mieux, el certainement je vais y revenir’. »

Il serait sans doute un peu long de rechercher et d’énumérer toutes les « sources » de ce livre célébre; et l’on pense bien que l’active curiosité de Taine n’a du laisser échapper aucun des travaux frangais ou étrangers qui pouvaient lui faciliter la réalisation de son dessein?. A Emile Montégut, & Guizot, & Augustin Thierry, a Philaréte

Chasles, par exemple, il emprunte non seulement des vues de détail, mais quelques-unes des maitresses pieces de son systéme. « Ceux qui viennent apres lu1, disait-il de Philarete Chasles, et profitent de son exploration pour recommencer le méme voyage admirent, aprés expérience et: contréle, la hardiesse de ses percées, l’abondance de ses recherches, la justesse de ses indications, la fécondité de ses vues... La principale idée qui circule dans ses quatorze volumes est celle de la différence qui sépare les races germaniques des races latines... Personne plus que, lui n’a insisté sur cette idée, et personne n’en a mieux vu les suites infinies?...» Et ailleurs, dans un article oil louait fort Ottfried Miller, cet « érudit de génie », d’avoir si

x. Lettre inédite 4 Edouard de Suckau du 22 février 1863.

2. Un critique contemporain gui connait trés bien Taine, qui méme s’en est souvent et trés heureusement inspiré dans l’excellente Histoire de la littérature latine qwil nous a donnée récemment (Paris, Hachette, 1897), et que je louerais davantage s'il m’en avait laissé le droit, M. René Pichon, m’a reproché trés justement dans le Bul/etin eritique de n’avoir pas fait 4 M™* de Staél la place qui lui revient parmi les devanciers de ‘Taine. « M™ de Staél, écrit-il, a eu sa part dans la transmission de la théorie des milicux, entre Montesquieu et Cousin ou Villemain. Il aurait été intéressant de rapprocher, ce me semble, les chapitres de la Littéra- , ture sur l’Angleterre et la Littérature angla/se, le livre XIV de Corinne et les Notes sur l’ Angleterre, les livres 1V et 1X du méme roman et le Voyage en Italie. Sur bien des points, notamment sur l’esprit classique,’ sur les ma@urs polies de |’ancien régime, sur l’Ame latine et lame germanique, M™* de Staél a indiqué, superficiellement, mais vivement, avec

son esprit de mondaine curieuse, ce que Taine devait démontrer avec sa précision de savant. »

Page 1