Débats du 27 mai
Be HISTOIRE DE SA PENSEE ET DE SES LIVRES . 59
bien compris « que chaque peuple, Corfe chaque homme, -est un individu, une personne distincte..., et que la véri- - table histoire est celle qui, prenant son caractére & son origine, en sujt, & travers les siécles, les transformations et les effets », il ajoutait: « A mon avis, cette découverte, qui est presque contemporaine, a renouvelé toutes nos études. Augustin Thierry la faisait, de son cété, en ‘cherchant les causes des grands événements dans les différences -de races‘. » C’est dire, je pense, assez clairement que la ‘conception que Taine s’estifaite de la race anglaise, procede en ligne directe des Etudes de littérature comparée et surtout de V'Histoire de la conquéte de I’ Angleterre par les NNormands.
Parmi les écrivains anglais qu'il fit, si je puis dire, col-
laborer & son ceuvre, — je néglige, bien entendu, les auteurs un peu spéciaux, les Turner, les Warton, les Froude, — quatre, surtout, me paraissent alors avoir -exercé une assez forte action sur sa pensée. J’ai déja parlé ‘de Macaulay : mais j‘imagine que Taine dut refaire sérieuse connaissance avec lui, ne fit-ce que pour le présenter, on sait avec quelle compétence et quelle sympathie, — en avril 1857, — 4 ses lecteurs. « Pour aller chez ses voisins, un Frangais doit faire deux voyages. Quand il a franchi la premiére distance, qui est grande, il aborde sur Macaulay »: par la « position intermédiaire de son esprit entre l’esprit latin et l’esprit germanique », le grand historien doit l’attacher et le séduire; et il « revient volontiers 4 |’éloquence continue, a la raison vigoureuse, aux prévisions modérées, aux théories prouvées de ce gén“~cux et solide esprit ». — Mais « qu'il se rembarque: il lui faut entreprendre une seconde traversée, aussi longue, pour parvenir, sur Carlyle, sur un esprit fonciérement germanique, sur le vrai sol anglais ». Carlyle, en effet, est