Débais du 6 novembre
un voyant, un mystique ; mais c'est, avant tout, un hege- ‘lien anglais: « il traduit en style poétique et religieux la philosophie allemande »; et c’est pourquoi, en dépit de ses excentricités « maladives » et « démoniaques » de pensée et d’expression, Taine lui a su gré de leurs conceptions et de leurs tendances communes ; c’est pourquoi il a recueilli, précisé, assagi plus d'une de ses divinations; peut-étre méme lui a-t-il emprunté quelques-uns de ses procédés de style; et, en tout cas, & son contact, « lhu— moriste plein de verve et de bizarrerie! 5 qui était en lui achéve dese lil, rer. — Mais, si original que soit Carlyle, ce n'est pourtant pas lui que Taine a présenté aux lecteurs frangais en ces termes: « Tous les demi-siécles, et plus ordinairement tous les siécles ou tous les deux sitcles, parait un homme qui pense... En ce moment, la scéne est vide en Europe... Dans ce grand silence, et parmi ces comparses monotones, voici un maitre qui s’avance et qui parle. On n’a rien vu de semblable depuis Hegel?. » Et ce maitre, c'est Stuart Mill. Et assurément, Taine fera tout d’abord sur son ceuvre d’expresses réserves : au nom de ses maitres allemands, il lui reprochera de méconnaitre entiérement le pouvoir et le role de abstraction, de se faire de la notion de cause une idée aussi incomplete qu inexacte, et, partant, de « mutiler esprit humain »:
1. L’expression est de Marcelin, dans la Vie parisienne du 23 ‘aot 1863, 4 propos du Voyage aux Pyrénées. C'est dans son premier numéro (3 janvier 1863), que la Vie purisienne a commencé la publication des « humoristiques » Noles sw Paris, par Frédéric Graindorge. L’article . sur Carlyle est de deux années antérieur.
2, Le Posicivisme angiais : étude sur Stuart Mill (1864), Préface. Cetle bréface, interessante a plus d'un titre, a, nalurellement ef malheureusement, été supprimee, quand J’opuscule a detinitivement pris piace au tome V de la Littératwre anglaise. Cette étude sur Stuart Mill avait @abord paru, — avec quelques variantes par rapport au texte actuel, — dans la Aevwe des Veur-.Mondes du x mars 1861: la publication du System of Logic (1859) en avait eté l'occasion. Il est fort probable
que -ce fut en celle meme année 185g yue Taine fit la connaissance de
Stuart Mill,
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mais, sans parler des vues concordantés,ou nouvelles dont il retrouvait l’expression dans ses livres, et dont il devait faire son profit, c'est bien Mill qui achévera de lui ensei- gner tout le prix de l’expérience, et qui encouragera puis- -samment son gout croissant pour l’observation précise et minutieuse. — Enfin, il ne se pouvait pas que les travaux
de Buckle ne fissent une vive impression sur lui: juste-—
ment, le premier volume de |’Histoire de la civilisation en
Angleterre venait de paraitre (1857) ; et si, dans ce livre -mémorable, il pouvait constater bien des lacunes, bien des idées qu il deyait juger contestables, du moins il y trou-
vait. cette rigueur de méthode, ce gout des « tout pelits
faits, bien choisis, importants, significatils, am plement circonstanciés et minufieusement notés », qui, de plus en plus, allaient devenir une des exigences les plus impérieuses de son esprit‘. Surtout, Yun et TVautre, Buckle et Stuart Mill, ils lui révélérent le positivisme.
1. Voir sur Buckle et son cuvre un bien remarquable arlicle de Charles de Kémusat dans la Revue des Deux-Mondes du 1°" novembre 1858. J’y reléve, entre autres intéressants passages, les lignes suivantes : Sey ie ‘Lout Je monde parle par tout pays du caractére ou du genie uational, Ce parait étre le résultat de toutes les circonstances qui agissent, soit sur organisation, soit sur la nature morale de la portion de Vhumanité qu elles ont entourée dés son berceau. Il se peut aussi que, dés Vorigine, cette portion de I’humanilé eal de certains traits inejacgubles sans étre nécessairement primitils: ce sunt les curactéres de la ace... ll exisie des races distincles qui peuvent se méler, mais qui ne sauraient se résoudre l’une dans |’autre, en sorie qu’une d’elles, apres les avoir absorbées, restat ce qu’elle a toujours été. J’insiste sur ce peint, parce qu’en ce moment Vethnographie joue un grand réle, nou seulement dans |’opiniou commune, mais dans la science, et cepeodant M. Buckle Pa entiérement négligée... L’auteur d'un livre qui dénole beaucoup Winstruction et d’esprit, M. de Gobineau, a entrepris Werpliquer toute Vhistoire par Vinégalité essentielle aes races humaines.... » (p. 38), — doyons assurés que ce.le page a passé sous les yeux de Taine, et que Vindication qu'elle renlerme n'a pas eté perdue pour lui, L’ouvrage de Gobiueau, aujourd’hui bien oublié, au moins en France, avait pour titre: Kssai sur Vinégalilé des racer humaines (1853-1855), L’auteur etait trés lié avec Renan, et éclui-ci semble wien avoir puisé a pleines mains dans son livre, ainsi que Wagner et que Nietzsche (voir A. Hallays, le Vicomte de Gobineau, dans les Vébuts du 6 octobre 1899). — Si, d’ailleurs, Buckle, dans sou analyse des éléments constilutils ue Ja civilisation
AGar, jusqu ici, on ne Va pas assez observé, Taine (chose curieuse et presque paradoxale) n’avait fait encore aucun — emprunt a la seule philosophie pleinement originate qu’ait produite la France au xrx® siécle. Lui-méme, d’ailleurs,. l’a loyalement reconnu: « La plupart des personnes qui lisent, écrivait-il en 1864, étaient, je suppose, dans le méme état que moi A l’endroit de M. Comte. On le connaissait par parcelles ; on avait parcouru des extraits ou des comptes-rendus de ses ouvrages, et l’on s’en était tenu Ja, non sans bonnes raisons, du moins apparentes... On en était la quand on vit quelques parties du systeme refleurir et attirer d’illustres adhésions: Charles Robin, Littré, Buckle, Stuart Mill. La-dessus, examen recom— menga ; aujourd’hui il est en train de se faire. Je lai enirepris pour mon compte il y a trois ou quatre ans, et je pense que tout homme amateur de science et de philosophie doit le faire. » L’examen dut étre fructueux, si l'on en juge par les résultats. Sans doute, Comte « n'est point un esprit délicat et élevé, & la fagon des grands philosophes, tels qu’Aristote et Hegel'... Mais il a trouvé une conception digne de l’attention universelle, et il a fait preuve, en la développant, d’une vigueur et d'une persistance admirables... Pour la premiére fois, un homme a examiné ce que c’est que la science, non pas en général, d’aprés une idée spéculative, et, pour ainsi dire, en lair, comme ont fait les autres philosophes, mais d’aprés des sciences existantes et effectives... Ge sont lA des questions de premier ordre..., car la naissance et le développement des sciences positives est depuis trois sitcles l’événement
anglaise, n’a fait aucune place 4 l’idée de « race », en revanche, et en bon disciple de Comte, il a fortement insisté sur le climat, sur le sol, sur V’alimentation, sur le « milieu » physique et moral, et il y aurait une instructive comparaison A établir entre son livre et celui de Taine.
1. Dans son étude sur Stuart Mill (Revue des Deux-Mondes du 1° mars 1861), Taine parlait de « la grossiéreté prosaique de M. Comte ». La dureté des termes est ici, on le voit, bien atténuce.
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HISTOIRE DE SA PENSEE ET DE SES LIVRES 63 t
capital de histoire. Aucune autre construction humaine, ni l’Etat, nila religion, ni la littérature, ne peut se considérer comme inébranlable... Au contraire, l’accroisse- ~ ment des sciences est infini... On peut prévoir quwil arrivera un temps ou elles régneront en souveraines sur toute Aa la pensée comme sur‘toute l’action de l'homme, sans rien laisser 4 leurs rivales qu’une existence rudimentaire, pa- ; reille & celle de ces organes imperceptibles qui, dans une . plante ou dans un animal, disparaissent presque absorbés par immense accroissement de leurs voisins*... » J amais iat peut-étre encore le culte et la « religion » de la science n’ayaient été affirmés dans un aussi superbe et aussi confiant langage ; etil n’est pas indifférent de savoir que la lecture du Cours de philosophie positive a singulitrement encouragé ces espérances et fortifié cet impatient dogmatisme.
Ce n’est pas, du reste, la seule conviction qu'il y ait puisée. « La théorie du « moment » et du « milieu », a-t-on dit fort justement?, qui est capitale dans l’ceuvre /
1. Article sur le Cours de philosophie positive, 2° édition, avec pré-
face de Littré (Débats du 6 juillet 1864). — C’est donc en 1860 ou 186:
que ‘'aine a « découyert » Auguste Comte. J’ai tout lieu de croire que
cette « découverte » est un peu postérieure a la rédaction, sinon a la ° ‘ publication de Varticle sur Stuart Mill. On notera que cest vers Je méme temps (1860) que Taine remanie son La Fontaine et ses Philo- , sophes classiques (voir surtout Ja Préface de la seconde édition), non \ pas précisément dans un sens positiyiste, mais de maniére 4 faire en~ : tendre qu’il connait trés bien maintenant le positivisme, — et que, tout
en en profilant, il le dépasse. La Préface de la seconde édition des Phi-
losophes classiques a paru dans la Revue de Instruction publique du
12 janvier 1860; et les quatre premiers chapitres du La Fontaine
actuel ont été publiés dans les Débats des 28 avril, 2, 3 et 4 mai 1860.
2, Lévy-Brihl, Ja Philosophie d’ Auguste Comte, introduction (Paris,
Alcan, 1900), Le livre est fort remarquable, et il est a lire, méme apres Vadmirable étude que M. Emile Faguet, dans la seconde série de ses Politiques et ~oralistes du X1X° siécle, a consacrée a l’ceuvre de Comte.,
Mais il est arrivé 4 M. Lévy-Brihl, 4 plus d’une reprise, d’attribuer a Vinfluence de Comte des eflets qu’il y aurait bien plutot lieu, je crois, ‘de.rapporter 4 l’influence de Hegel ; par exemple cette « transformation,
de V’idée de vérité », que, d’aprés lui, on devrait 4 Comte (Cf. la-dessus
Vart. déja cité d’E. Scherer sur Hegel et Vhegelianisme). M. Lévy-Brihh
écrit aussi A un autre endroit : « Taine, il est vrai, doit beaucoup 4 Spi
6h ~. ESSAI SUR TAINE et rik
de Taine, n’était, cerles, pas inconnue au xvi" siecle. Mais c’est Comte qui l’a généralisée en rapprochant La- marck de Montesquieu, c’est lui quia enseigné a Taine la définition générale, a la fois biologique et sociale de Vidée de milieu ». — Ilest vrai: maisen empruntant a Auguste Comte la formule expressive! qui traduisait, d’ailleurs, si bien ses propres conceptions, Taine sut en tirer un parti inatlendu; et il a fait mieux que de l’inventer, puisque | cest bien lui qui en a consacré la fortune.
C’est de toutes ces influences combinées qu’est sortie’ l’Histoire de la litlérature anglaise. Mais ai-je dit suffisam—, ment ce que Taine y mit de lui-méme, et s’imagine-t-on bien ce livre mémorable sans l’esprit systématique qui simplifie, abstrait et coordonne, sans « I’élan impétueux de la logique intraitable », sans le besoin passionné de la démonstration et de la preuve, surtout sans ce luxe inta-
noza et 4 Hegel, davantage encore 4 Condillac. Parmi les contemporains, il semble se rattacher surtout a Stuart Mill et & Spencer. Mais c’est de Comte qu'il procéde a travers eux. La se trouve Vorigine de la plupart de ses idées directrices, Sa conception de Vhistoire littéraire, de la critique, de la puilosophie de l’art, son elfort, eu un mot, pour transporter aux sciences morales la méthode des sciences naturelles, tout cela dérive principalement d’Auguste Comite. »
Ce iangaye est, historiquement, un peu inexact, eb je pense que ceux qui m’ont bien suivi (usqu’ici sont 4 meme de le rectifier, En fait, linfluence de Uomte, chez Laine, s’est surajoutée, et assez tardivement, a celle de Hegel; elle l’a précisée, fortifiée, non contredile ; et dans les cadres, d’ailleurs si souples et si larges que lui avait lournis le philosophe allemand, les idées et les formules positivistes ont trouvé comme un naturel abri. La théorie du « moment », celle méme du « milieu » sont déja, et non pas seulement en germe, dans Hegel: Taine, nous !’avons vu, les appliquait avant de bien connaitre Comte ; el cela ne veut, certes, pas dire yu’il ait lu Comte sans profit, ni qu'il n’ait pas éte trés heureux
vde trouver chez lui « la délinilion biologique et sociale de Vidée de mi-
lieu ». il devait méme s’emparer d’autant plus’ volontiers de cetie idée qu'il la voyait contirmée par les récents travaux de Darwin. L’Origune des espéces est de 185g, et elle est citée dans I! Introduction de !’ His— toire de la littérature anglaise, méme sous sa premiére forme (I Histoire, son present, son avenir dans la Revue germanique du 1° dé~ cembre 1863), :
1, C’est davs la 4o° et dans la 43° lecon du Cours de philosophre posttive que Comune a exposé sa théorie et justifié l'emploi du mot milieu.
Voir notamment ia 3° édition (t. III, p. 302-303, 309, 430 et sqq.).
One : a fF fy f HISTOIRE DE SA PENSEE ET,DE SES LIVRES 69 a ‘
rissable d'images éblouissantes par lesquelles l’historien semble youloir rivaliser avec les poetes et les romanciers qu il étudie) « En effet, histoire est un roman vrai, et pour manifester aux yeux les particularités, les agitations, Jes combats de l’Ame, il faut les procédés du roman, toutes les couleurs de la description, toutes les forces de l’éloquence, de la raillerie, de la passion, aussi bien quand on représente les générations passées que lorsqu’on peint les meeurs de notre temps!. » Nul, a-cet égard, n’a mieux préché d’exemple que l/historien de la Littérature anglaise ; a nul ne s'est plus constamment efforcé de sympathiser avec les esprits et les Ames du passé. Mais on ne sympathise vraiment qu'avee ce que l’on aime déja par avance; et la ‘critique ainsi congue n’est au fond qu’un moyen de prendre plus nettement conscience de ses secrétes préférences et de les fortifier en soi. C’est ce qui est arrivé 4 Taine: il avait déja des gots trés anglais quand il s’est mis 4 l'étude de la civilisation anglaise : de’son long commerce avec clle, il a rapporté des gouts plus anglais encore. L’individualisme anglo-saxon, sous ses différentes manifestations, a achevé
‘de le conquérir ; et, de plus en plus, il lui empruntera les principaux traits de son idéal politique, religieux, social. Dans sonvoyage en Angleterre, il avait cu la révélation. du protestanlisme et, comme tant d’autres, il s’était laissé séduire & cette forme demi-rcligicuse et demi-morale de la ’ libre-pensée contemporaine*: « J’ai bien un idéal en poli-
1, Article sur l’Hisloire de la littérature grecque @Ottfried Miller. Aprés le développement que je viens de ciler, Taine, d’ailleuns, s’em- ' pre-ce d’ajouter ; « Sur ce point, Muller est insuffisant. »
a. Méme disposition, nolons-le, chez Prévost-Paradol (cf. Gréard, op: cit., p. 91). Taine, lui, est si profondément, si naivement convaincu do la supériorité du proteslantisme sur le catholicisme que, durant ses nombreux voyages en Angleterre, il a entiérement négligé d’étudier suc place Je catholicisme anglais, si vigoureux pourtant, st original et si plein d’avenir. A lire les Notes sur V-Angleterve, on pourrait croire qu il o y a pas un seul catholique par dela Ja Manche. Pas un mot sur Manning, sur Newman, sur le mouvemeat d’Uxiord. {it telle est la force des idées
SRE ae iy ae eee " aed na n 7 po. ae
tique et en religion, écrivait-il en 1862, mais je le sais impossible en France... Si le protestantisme libre, comme en
Allemagne sous Schleiermacher, ou 4 peu prés comme
aujourd'hui en Angleterre ; si les libertés locales, comme aujourd'hui en Belgique, en Hollande, en Angleterre aboutissaient 4 une représentation centrale!... » Et il se rendait bien compte que ces. réves n’étaient pas éclos en France. Dans une Préface qu'il écrivait en 1871 pour la traduction anglaise de son Histoire de la litlérature anglaise, \ il disait : « Un étranger a cet avantage que lhabitude ne l’a point émoussé ; involontairement il est frappé par les grands traits; de cette facon il les remarque. C’est 1a toute mon excuse; je la présente au lecteur anglais avec confiance, parce que, si j’examine mes propres idées sur la France, j’en trouve plusieurs qui m’ont été fournies par des étrangers ef notamment par des Anglais. »
Essayons de nous bien représenter Hippolyte Taine au lendemain de I'Histotre de la hitérature anglaise. Il n’a que trente-cing ans et il a déja écrit dix volumes. Disgraces, critiques, maladie méme, rien ne l’a empéché d’aller jusqu’au bout de sa pensée et de son effort. Il n’a pas triomphé de toutes les résistances, mais, par sa sincérité, par son énergie, par son labeur, il a.foreé l’estime et le respect.
Dans une ceuvre aux larges ct puissantes assises, riche de ~
signification et de perspectives, il a su fondre presque tous —
@ priori que, Pépisode le plus caractéristique peut-étre de l’histoire des idées religieuses pendant Jes deux ou trois derniers siécles parait lui avoir complétement échappé. Parcillement, | auteur des Notes si UV Angleterre
aurait-il parlé comme il I’a fail (p. 210-211) du Common Prayer Book —
s'il avait su que le livre officiel de Ja liturgie anglicane n’est qu’une déformation et une mutilation des livres de la liturgie catholique, et que, de plus en plus, dans les temples anglicans eux-mémes, on abandonne Ja copie pour revenir a Voriginal ?
4. Cité par M. Sorel, Discours de réception & V Académie frangaise. a. History of English Literature, by W-A. Taine, translated by H. van Laun (Edinburgh, 1871, 2 vol. in-8°), with a Preface hy the author (tivo pages in French). Ces deux pages sont dalées de Paris,
voctobre 1871.
HISTOIRE DE SA PENSEE ET DE SEs LIVRES hy .07
Tes aspects, tous les contrastes, toutes les ressources de son génie de penseur et d’écrivain : il y a mis sa méthode et son érudition, il y a déployé sa conception de l'homme, de la vie et de lunivers, il y a répandu a profusion « les plus éclatanies fleurs ei, si j’ose ainsi parler, les plus hauts et les plus rouges pavols qui puissent tenter une main d’ar- -tiste! ». Que vont lui importer les réfutalions, les répliques, ‘les anathtmes? Il se sent soutenu par les plus « libres esprits » d’entre ses contemporains : a ses cotés ou derritre lui, les Renan, les Scherer, les Sainte-Beuve, les Flaubert, les Leconte de Lisle, les Dumas fils, tous, animés de son esprit, fortifiés par son exemple, poursuivent, chacun dans sa vole, reclifient et complétent cette « grande enquéle sur Uhomme » & laquelle il a youé son existence tout entiéfe ; tous, ils croient A la Science, et ils ne croient guére qu’a elle. La Vie de Jésus vient de voir le jour*, la Culé antique va paraitre*. « La science approche enfin et approche de Vhomme, elle a dépassé le monde visible et palpable des astres, des pierres, des plantes, ou, dédaigneusement, on la confinait; c’est 4’ lame qu'elle se prend, munie des instruments exacts et pergants dont trois cents ans d’expérience ont prouvé la justesse et mesuré Ja porlée. » A ces lignes qui expriment si fortement ce qu’on pourrait appeler -la philosophic de I’Histoire de la littérature anglaise, a cette conviction qui est comme « lame invisible ct présente »
1. Expression de Taine, 4 propos de Paul de Saint-Victor (Débats du 16 novembre 1866).