Mercredi 24 juin
3. Mars 1864. — Taine fut parmi les trop rares criliques qui rendirent publiquement hommage au mérite de la Cité antique : il n’avait « qu’une objection a faire » 4 V'auteur: c’est de « croire trop fermement aux contes et aux amplifications de Tite-Live, de Plutarque et de Denys d’Halicarnasse ». (Débats du 16 novembre 1864). Par contre, « Jes efforts de Taine pour expliquer le caractére anglais par Je climat et le
mode d’alimentation faisaient sourire », parait-il, Fustel de Coulanges (Guiraud, Fustel de Conlanges, p. 195). — Les oppositions de ces deux
. grands esprils sont d’autant pius curieuses 4 noler que leur évolution intellectuelle ct morale me parait avoir élé sensiblement la méme.
68 so ESSAI SUR TAINE du livre, combien, parmi les contemporains de Taine, © auraient refusé de souscrire ) isa :
Et cependant, regardez-y d’un peu pres: dans ce livre méme, tout plein de la joie et de Porgueil de savoir, — libido sciendi, — la joie n’est pas complete, lorgueil n'est pas toujours triomphant ; tout a cdté des phrases qui chantent les conquétes de la science nouvelle, 11 en est d'autres qui résonnent tristement, douloureusement, et qui trahis— sent comme un regret ou comme une plainte: « Longtemps encore les hommes sentiront leurs sympathies frémir au — bruit des sanglots de leurs grands pottes... Notre génération, comme les précédentes, a été atteinte par la maladie du sivcle et ne s’en relévera jamais qu’a demi. Nous par— viendrons a la vérité, non au calme'... » Ces accents-la ne ~ partent pas d’une Ame qut trouvera pour toujours dans la science scule l’entier apaisement de son inquiétude. Taine n’a déja plus le fier détachement de ses jeunes années et de ses premicrs ¢crits. Et il aura beau nous répéter le mot de Geethe: « Tache de te comprendre et de comprendre les autres »; il aura beau nous convier & Ja critique, « coute que cote, sans aucun égard aux conséquences agréables ou désagréables; » les « divinations » des « révélateurs », comme il les appelle, les « nobles songes » des pottes sont allés réveiller dans son cceur des échos de longue date assoupis. Au contact de Byron, peut-éire, de Carlyle, de ‘Milton surtout, il a eu la réyélation d’un « autre ordre », comme eut dit Pascal. Et il ne se défendra plus, comme il - Veut fait jadis, de faire servir la science a ses préoccupations : nouvelles, « Dans cet emploi de la science et dans cette — conception des choses il y a.un art, une morale, une poli-
1. Litt. angl., 4° éd., t, IIL, p. 4a0-har. Les derniéres pages de Vciude sur Byron d’oi sont tirées toutes ces citations,. et celles qui précédent et qui suivent, forment la vraie conclusion philosopuique et morale — de ! Histoire de la littérature anglaise; elles n’ont pas varié d’un seul mot depuis le jour ou elles ont paru (15 octobre 1862) dans la Revue’ des Deux- Mondes.
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“HISTOIRE DE SA PENSEE. EY Df& SES LIVRES are 7
tique, une religion nouvelle, et c'est nolre affaire aujourd hui
de les chercher. »
« La scéne est presque religieuse. La lumitre tombe d’aplomb de la lanterne du dome, éclairant tranquillement les caissons dorés de la votte, les personnages 4 erands costumes de Paul Delaroche, et venant mourir sur la téte
des assistants. Ceux-ci, étagés en un vaste demi-cercle, font face au professeur qui, devant sa table, dans l’enfoncement formé par deux colonnes de porphyre, rappelle assez. volon-
tiers un ministre protestant dans sa chaire, portant barbe
et lunettes, ct parlant simplement a des hommes comme lai. L’assistance est recueillie plus qu’on ne lattendrait de - €es jeunes tétes barbues, chevelues, aux yeux vifs, aux bouches moqueuses. Le professeur semble aussi jeune que ses éléyes. L’éloignement efface les traces que la fatigue ou la maladie ont pu laisser sur son visage, et l’on ne dis« - tingue qu’une téte énergique, a cheveux noirs et drus, a barbe chatain. Du reste, vétu de noir, habit boutonné ; sur la table, son chapeau, ses gants, quelques feuillets de notes au crayon, c'est toute Ja mise en sctne*. »
C’est le Marcelin de la Vie parisienne qui s’exprime en - ces termes ; et peut—ctre a-t-on reconnu la le cours de Taine
a I’Ecole des beaux-arts.
Il y avait été nommé au lendemain de I'Histoire de la lilléralure anglaise, en octobre 1864, comme par compen-
+ t. Le cours de M. Taine & V Ecole des beaux-arts (Vie parisienna du 18 fév. 1865!. — Une jolie vignette représentant cette scene sert WVillustration 4 article. Dans un coin, le portrait de Taine, qui, malgré les lunettes, ressemble étonnamment, — je dédie cette observation a -M. Barrés, — a celui d’Alfred de Musset.
PD