Voyage en Italie, t. Il, p
2. Voir dans la Correspondance de Sainte-Beuve (t. II, p. 172-17h), une lettre A Taine, datée du 16 juin 1867. Taine avait, a ce qu’il semble, consulté Sainte-Beuve pour savoir s'il devait, ou non, publier Graindorge. Sans étre trop allirmatif, le critique lui déconseilla plutot la publication ; « En fait, lui disait-il, Graindorge sera critiqué ef vous sera reproché... Je n’aime pas ce masque de Graindorge, qui n’est pas un
masque du tout, qui est déplaisant par sa crudité et quin’a aucune vrai- .
semblance.., Ces crudités déplaisent. »
trouvé dans sa philosophie « la sérénité du ceeut »: sa sensibilité d’ homme, sinon d’artiste, est de plus en plus mal a l’aise dans Je dur cercle d’airain ot il a voulu enfermer sa pensée ; & chaque instant, elle s’en évade; et, dans son douloureux et noble effort nour se frayer une voie et pour se ménager une issue, celle brise & son insu les fines et robustes mailles qu’a forgées la puissante dia lectique des stoiciens, de Spinoza et de Hegel.
Il n’est plus, en effet, tout a fait l'un des leurs, ce probe et lumineux esprit qui, durant son Voyage en Italie, se livrant & des conjectures sur l’avenir du catholicisme, cherchant & en reconnaitre et a en saisir les forces consti- © tutives et actives, l’autorité gouvernementale et morale et: le mysticisme, déclare qu’ « on ne voit pas de terme A sa durée! », et, signalant le danger que, « dans un sitcle ou deux », pourra lui faire courir « V’intervention du nouyeau protestantisme », s’empresse aussitét d’ajouter : « Si le catnolicisme résiste & cette attaque, il me semble qu il sera désormais a l’abri de toutes les autres. Toujours la difficulté de gouverner les démocraties lui fournira des: partisans; toujours la sourde anxidté des cceurs tristes ou tendres lui aménera des recrues; toujours l’antiquité de la possession lui conservera des fidtles, Ce sont ‘la ses trois racines, et la science expérimentale ne les alleint pas, car elles sont composées, non de science, mais de sentiments ct de bésoins*. » Or, qu’est-ce a dire, sinon que la science n’est pas tout Phomme, et qu’au-dessus delle s‘ouvre un « ordre » nouveau, tout aussi Iégilime qu’elleméme, ect qui échappe 4 ses prises) Et ne yoit-on pas poindre la, & travers quelques inexactitudes et quelques
x. On rapprocuerh ces déclarations du célébre article de Macaulay sur V’' Histoire dvs Papes de Ranke (Sho): « Je ne vois, disait Vhistorien, anglais, parlant de I’Eglise catholique, aucun signe qui indique le terme, prochain de sa longue domination... »
a. Voyage en Italie, t. I, p. 389.
vestiges d’anciens préjugés, LVidée qui devait s’épanouir et prendre corps dans les derniers chapitres des Origines) Et de méme qu'il ne craint pas d'infliger un démenti 4 « son’ cher et yénéré » Spinoza, de méme Taine ose argumenter contre Stendhal, ce « grand admirateur » des Italiens qwil « admire tant » luirméme: « Vous louez leur énergie, leur bon sens, leur génic; vous dites avec Alfieri que la plante homme nait en Italie plus forte qu’ailleurs, vous vous en tenez la... C’est prendre Vhomme isolément, a Ja maniére des artistes et des naturalistes, pour voir en lui un. bel animal puissant et redoutable, une pose expressive et franche. L’homme pris tout entier est Vhomme en société et qui se développe... ‘ » Tenir un pareil langage, ce n’est plus de la « contemplation » : c’est presque de « Faction ». L’écho de ces préoccupations nouvelles ne pouvait man—
quer de se retrouver dans la Philosophie de Cart: V «ordre» esthétique entretient des rapporls trop étroits avec l’ « ordre » moral. pour quil en {it autrement. On sait que des cing petits volumes ot Taine a condensé la substance ide son cours Westhétique, lun, publié en 1867, a pour titre: De I'Idéal dans lart. Titve significatil, inspiré d’ailleurs de Hegel *, mais titre un peu inattendu de la part ° du « naturaliste » que Taine croit fermement étre resté. Kt pourtant, comme nous aurions tort de len croire sur parole ! Car si nous ouvrons le livre, qu’y trouvons-nous ? ‘Au lieu de cette critique purement « contemplative », explicative et descriptive que nous serions en droit d’attendre, nous découvrons une crilique trés préoccupée de « classer » et de « jyager », de fonder sur autre chose que sur de simples impressions personnelles les arréts qu'elle édicte, et qui ne s’appuie sur la science positive que pour