‹ Essai sur Taine, son œuvre et son influenceChapitre 25 sur 86 · Voyage en Italie, t. I, p · texte numérisé non relu

Voyage en Italie, t. I, p

2, Comme aussi le titre général de Philosophie de Vart qui, en 1882, dans Védition définitive, a été transporté de la premiére partie du cours a Vensemble des cing parties.

HISTOIRE D5 SA PENSEE ET Di SES LIVRES a:

lui emprunter la rigueur de sa méthode et lobjectivité de

ses affirmations. Bien micux, grace; a la théorie de la

« bienfaisance du caracttre » concue- comme étant Lun des principes essentiels « qui assignent & chaque c@uvre: son rang dans léchelle », yoila toute la morale qui rentre dans Vesthétique. « Toutes choses égales d’ailleurs, lcuyre qui exprime un caractire bientaisant est supérieure a Peeuyre qui exprime un earactére malfaisant : » et done, Polyeucte est supérieur 4 Macbeth, et Andromaque & Phedre. Et le principe est si contestable que des esprits, peu suspects cependant d’épicurisme esthélique et de dilettantisme

-moral, — on le leur a assez reproché, — en ont été

comme scandalisés. Mais, en revanche, quel jour singulier celle conception, plus digne assurément de la Critique

de la raison pratique que de la Critique du jugement', jette.

‘sure fond de la pensée de Taine a cette date, sur la

nature de ses dispositions intimes ! Et comme nous. voila

loin, semble-t-il, du jour ot: il se disait « qu'un. palais

« est beau, méme lorsqu’il braile », et qui sait ? peut-étre | « surtout lorsqu’il brile »!

Mais on ne se défait pas en un jour des idées ou des prédilections que, dans Venthousiasme de la vingtieme année, on simagine volontiers ¢tre le pur écho de la yérité pure: Assurément, on peut extraire des ouvrages exotériques de Taine, surtout du Voyage en Italie, certaines pages qu il n’ett probablement pas écriles quelques années. auparayant. Mais a coté de celles-la, combien d’autres qui font sans doute moins d’honneur a son intelligence pénétrante des besoins de la vie morale, qu’a ses dons mer-

1. On sait que, par une de ces ironies dont histoire des idées est coutumiére, le philosophe qui, dans les temps modernes, a peut-étre placé Je plus haut, je venx dire sur les sommets Jes plus inaccessibles, Vidéal moral, est aussi celui dont I'esthétique est Je plus capable de jegitimer Ja doctrine, si justement suspecte aux moralisies, de « l'art pour Vart ». li est curieux de voir Taine plus soucieux que Kant de sauvegarder dane Vart les droits de la conscience merale.’

veilleux de peintre naturaliste, d’artiste quasi paicn, a son « imagination violente et charnelle » ! D’une maniere générale, Taine n’était certes pas incapable de comprendre - Vidéal chrétien ; mais il avait besoin d’un effort, pour le bien conceyoir entitrement et pour lui rendre pleine justice. Au contraire, avec quelle vibrante et chaude sympathic il a parlé des anciens, des Grecs surtout, ct de ce quiil a appelé lui-méme « la Renaissance paienne » !

Comme il entre de plain-pied dans la vie des hommes de

ces temps, et comme parfois il semble regretter, lui, pauvre corps chétif usé par le travail de la pensée, de n’avoir pas été Pun des leurs, de n’avoir pas manié le

disque, ou figuré parmi les splendides décorations de

Véronése ! L’idéal antique lui est si familier et si présent que c'est une joie pour lui d’en reproduire et d’en expliquer incessamment les mythes; tout naturellement, son imagination se peuple des gracieux et poétiques fantomes qui ont habité celle d’un Hombre et d'un Eschyle ; et Maurice de Guérin, qu il aimait tant, n’a pas mieux compris ct micux rendu que lui « le monde primitif et les vagues instincts sublimes des créatures demi—animales, demi-divines »!. Ouvrez maintenant la Philosophie de Part en Ialie, aux Pays-Bas ct en Gréce : & toutes les pages, vous y verrez reparaitre ce gott de la force indomptée, cet amour des belles et puissantes formes librement épanouies, ce culte et cette passion de la nature qui trouve en elle-méme sa raison d’étre, son objet et sa loi. « Pourvu que l’artiste ait un sentiment profond et passionné, ct ne

songe qua l'exprimer tout entier, tel qu il Va, sans hésita-

lion, défaillance ou réserve, cela est bien. » Et dans le traité méme de I’Idéal dans lart ot ce dangereux principe a,

heureusement, recu tant de démentis formels et d’inyo-— lontaires atteintes, tout A .coté des pages presque trop

1. Voir, par exemple, dans les Notes sur la province (p. 346-348) la premicre ébauche du bel arlicle des Essais sur Sainte-Oiliiv.

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-austtres que je signalais tout a l'heure, on peut lire cet

éloge des « nobles morales de la. philosophie antique »: « Si les ges postérieurs y ont ajouté quelques développements, is y ont introduit beaucoup d’erreurs; et, dans la morale comme dans l'art, c’est toujours chez les anciens quwil faut chercher nos préceples*. » — Evidemment, celui qui parle ainsi na pas encore compris ce qu'il y a d’unique, de nécessaire et d’irremplagable dans la morale chrétienne. "i

Et, en effet, la préoccupation « pratique » est si loin-de Vavoir envahi tout entier qu'il s’y dérobe bientét pour se consacrer — presque exclusivement — a une ceuvre de spéculation pure. C’est en 1867, qu’ajournant les projets plus ou moins arrétés de travaux historiques qu'il avait un moment caressés, aprés la publication de sa Litléralure anglaise®, Taine se décide a produire enfin au grand jour, avec tous les développements et toutes les preuves qu'elle comportait, sa théorie de la connaissance. Ce dessein était d’ailleurs de date fort ancienne dans son esprit. Depuis le jour ou, professeur de rhétorique a Poitiers, songeant au doctorat, il rédigeait une these, — qui devait étre trouvée trop hardie, — sur les Sensations, puis enyoyait & Paradol le plan d’un Mémoire sur la Connaissance, il n’avail guere, parmi. ses autres études et ses autres écrits, cessé de miurir, de préciser et de « ruminer », comme il disait familitrement, les théories dont s’était enivrée sa jcune

pensée. « Le livre sur l'Intelligence, a dit trés justement

1. Sur cet article, Sainte-Beuve ne parvenait pas 4 s’entendre avec Taine. Voir dans la Correspondance de Sainte-Beuve (t. Il, p. 224-225),

une remarquable letire a Taine, datée justement de cette époque (2 no- °

vembre 1867).

9. « Cette ceuvre achevée..., il traga le plan d'un livre sur les Lois de I’ Histoire, puis d’un autre sur la Religion et la Socidlé en France ou XEX® siecle. » (G. Monod, op. cit., p. 118). Il voulait écrire ce dernier livre « a Ja maniére de Machiavel, sans incliner dans un sens ou dans un autre, iraitant la chose comme un élat physiologique » : ce sont

les expressions'mémes de Taine rapporlées par M. Sorel (Discous de

réception).

M. Monod, n’est pas autre chose que le remaniement vingt.—

fois pris et repris de sa these de 1852 sur les Sensations et. de ce Mémoire sur la Connaissance. » Entre temps, il avait, a plus d’une reprise, exprimé ou indiqué les idées qu'il s’était faites sur ces questions, notamment dans les édi— tions successives des Philosophes classiques, et dans l'étude sur Stuart Mill. Il avait fait mieux encore. Car a la bien prendre, ou, sil’on prélére, a la prendre comme il you- Jait qu’on la prit, — qu’était-ce que son ceuyre tout entidre, essais de critique et d'histoire, travaux d’histoire littéraire, notes dé voyage, études d’esthétique, sinon des applications successives a des objets divers d'une méme méthode psychologique, des. expériences multiples destinées a vérifier et a justifier a ses propres yeux, je voudrais pouvoir dire a controler véritablement, .— cer— taines vues préalables sur la nature et sur le mécanisme de l’dme humaine, en un mot des études de psychologie: appliquée? De telle sorte que, si l’on voulait faire pour lui ce quil a fait par exemple pour Shakspeare, j’entends. extraire et dégager de son ceuvre non philosophique la « psychologie » qu’elle implique et qu’elle recouyre, on y retrouverait, 4 bien peu prés, le fond de doctrine quil devait développer dans l'Intelligence, et cette ceuvre nous. apparaitrait, a proprement parler, comme Jl illustration littéraire, esthélique ou historique des théories dont le livre de U'Intelligence nous offre l’expression abstraite. En un certain sens, c’est a U' Intelligence quaboutit toute Voeuvre de Taine, toute son ceuvre antérieure du moins = sil était mort A cette date, ce livre eat été comme son testament inteliectuel: et, dla joie qu il éprouva a lécrire,. au soin qu'il mit & en retoucher, & en augmenter — jus-

1. Gest Taine lui-méme qui nous le rappelle dans une intéressante note de Ul’ Litelligence (Lréfuce de la 3° édition, p. 8), et il nous averlit en méme, temps que ces diverses publications oat « precédé ies vues concordanies ue Stuart Mill sur le méme suiel De ;

re each ae fay S 3S 01 =“ ,. =a ti oe. } ' . ’

qu la fint — les éditions successives, on devine que Reet cette euyre était bien son ceuvre de secréte prédilection, vi celle 4 laquelle, ¥ la veille méme de sa mort, il ett peut- a ¢tre sacrifié sans hésiter, s'il l’avzit fallu, tout le reste, et oes la Littérature anglaise ct les Origines elles-mémies. « J’ai contribué pendant quinze ans a ces psychologies particu- ma litres ; j'aborde aujourd’hui la psychologie générale. » Cette simple ligne de la Préface nous révele le lien étroit oa ‘ qui rattache ['Inielligence aux quinze volumes que Taine, — a avait déja publiés, et lunité intime et profonde de son | eeuvre. Et en dédiant ce livre & « l’ami qu’il avait le plus respecté », a Franz Wepke, il pouvait se rendre ce témoignage que, de tous ses ouvrages, c était eclui « auquel il eas avait le plus réfléchi ». . | Mais il n’était pas de ces philosophes qui, ne se fiant qu’a leur réflexion personnelle, négligent d’enrichir leur pensée de celle d’autrui et reconstruisent le monde sur les simples données de leur raison abstraite. Il était trop épris de recherches érudites, de réalité positive, trop persuadé qu’en philosophie comme ailleurs, la science ne progresse que par la collaboration des intelligences. De tout temps dailleurs, il s’était tenu tres au courant du mouvement philosophique * : crest lui, comme chacun sait, qui-a « révélé » Stuart Mill* aux lecteurs francais ; mais sait-on assez qu il fut l'un des premiers a reconnailre et a saluer publiquement la vigoureuse originalilté de Cournot, —

x AL 1. Les derniéres pages qu'il ait écrites, ces Notes sur les éléments derniers des choses qu’a publiées la Revue philosophique en juillet 1895, étaient vraisemblablement destinées a une réédition de VIntelli- 4ence.

"9, Les‘articles de Taine qui n’ont pas élé recueillis no nous laissent aucun doute 4 cet égard. C’est ainsi que, sur cing de ces articles qui s’espacent sur les années 1860, 1861, 1862, j’en reléve trois qui sont uniquement consacrés 4 des ouvrages philosophiques. Plus tard, la pro- portion sera beaucoup moins forte, surtout a partir de 1870. ' 3. Et méme Carlyle, malgré Jes travaux anterieurs d’Emile Mondégut, '

quwil a révélé & M. Tarde’, — et celle aussi de M. Renouvier? « Celui-la, écrivait-il, est un philosophe de la grande esptce, je veux dire indépendant, solitaire, créateur systématique, et par conséquent inconnu, sauf de quelques curieux. » Et il le définissait: « un Kant républicain ». Toutefois, le mouvement naturel de sa pensée l’entrainait dans une tout autre voie, et chaque jour le positivisme anglais exercgait sur lui une séduction plus impérieuse. « A notre sens, disait-il en 1869, la seule philosophie originale et vivante en Europe se trouve aujourd'hui en Angleterre ; M. Bain, M. Herbert Spencer et surtout — M. Stuart Mill en sont les principaux représentants. » Et il ajoutait 4 propos de l’ouvrage de Stuart Mill sur la Philosophie de Hamilton : « Si, en pareille matitre, il était permis de se nommer soi-méme, je dirais que c'est le livre que depuis deux ans j'ai le plus étudié*. » Ces sympathies, ces affinités et ces études devaient prendre corps et laisser leur trace dans ['Intelligence ; ct lui-méme, dans: la Préface de son livre et ailleurs, avec celte probité serupuleuse qui fut peut-élre sa plus grande vertu, if a pris soin de noter tous les emprunts qu'il avait fails & Stuart Mill, & Bain, a Herbert Spencer. Enfin, pour ne rien dire ict des autres travaux de moindre Importance, en particulier des nombreux ouvrages de physiologie, qu'il

1. Vpir aux Appendices les extrails des articles de Taine sur Cournot et sur M. Kenouvier, et dans la Revne blanche du 1d aout 1897 la lettre de M..'Yarde sur Taine.

2. Débats du 12 octobre 1869. — Dans un autre article du 13 mars 1870 sur le Psychologie angiaise contemporaine de M. ltibol, Taine donne Je pas a la psyehologie des Anglais sur celle des Frangais, « trop scolaslique el trop oratoire », et sur celle des Allemands, « trop géné— rale et trop préoveupée de Vabsolu ». « Ha France, ajoule-t-il, un seul livre important et instructif’ a été publié depuis trente ans, celui de M. Maury, sur de Sommetl e¢ les Léves », Ce mot, me semble-t-il, achéve de douner raison 4 ceux qui vit voulu, dans ces dernicres an= nées, faire d’Allred Maury un des précurseurs de Taine (voir V’Introduction mise par M. breal eu téte dune réédilion des Croyances et Légendes du moyen dye dd. Maury (1 vol., Pacis, Champion, 1896).

HISTOIRE DE SA PENSEE ET DE ’SES LIVRES 83 oy

deyait largement mettre 4 contribution dans son ceuvre, il faut signaler ce que, de son propre aveu, il a dt aussi a lun de ses premiers maitres, 4 Condillac : car c'est bien de Condillac que lui vient cette théorie, l'une des pitaes - maitresses de son systeme, que « toutes nos idées générales se réduisent a des signes ». Et c'est ainsi muni et ee ainsi informé que Taine put enfin satisfaire & son tour a « cette tendance toujours croissante aujourd’hui, et visible oo dans toutes les parties de l’observation et de la spéculation ¢ humaine, et qui consiste dans un sentiment plus wif des Coe faits, dans un besoin plus grand de la preuve, dans une attache plus éiroite a l’expérience, dans un controle plus minutieux et plus continu de toutes les aflirmations antérieures, ef surtout dans la résolution d’évaluer rigoureusement, coute que cotite, non seulement l'objet connu, mais encore linstrument de la connaissance‘. » : “y Condiilac ct Stuart Mill, Bain etSpencer: il semble eb qu en pareille compagnie nous voila bien loin de Spinoza a et de Hegel. Mais c’est d’abord” une question de savoir si Spinoza ct Hegel cussent profondément répugné a cette psychologic méthodique, minulieuse, quasi « scientifique », et si méme quelques-uns de leurs principes et certaines a de leurs fornvules n’y pouvaient pas conduire un. esprit quelque peu prévenu. Et puis, quelle erreur de croire que psychologic et métaphysique soient deux ennemies irréconciliables, comme si l’une n’about'ssait pas nécessairement a l'autre, et, comme si, par exemple, le probléme en apparence tout psychologique de la liberté était susceptible dune autre solution que d’une solution métaphysique ! En tout cas, Taine, lui, avait trop lu Spinoza et Hevel: pour ne pas — & son insu — sen souvenir a toutes les, pages de son livre. « La pure spéculation philosophique,

1. Article sur le Cours de philosophie positive de Comte (Débats du 6 juillet 1864).

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écrivait-il naivement, n’occupe guere ici que cing ou six pages », et celte aflirmation a fait justement sourire et Stuart Mill ect M. Ribot. En réalité, son objet, a peine conscient, c’est d’ « aboutir 4 des vues d’ensemble sur la nature et sur la science », et tout son art, toute son ingéniosité ct toute sa dialectique lui ont servi a entourer et 2 illustrer d’un imposant cortege de preuves Vidée de Ja nature et de la science qu'il avait trouvée et admirée dans Spinoza et dans Hegel. « La nature, considérée dans son

fond subsistant, apparait a nos conjectures comme une

pure lot abstraite qui, se développant en lois subordonnées, aboulit sur tous les points de l’étendue et de la durée a léclosion incessante des individus et au flot inépuisable des événements. » « Tout est explicable, et l’existence elleméme ». Le philosophe qui a écrit ces deux phrases est bien le méme que celui qui, a la fin des Philosophes clas siques, « sentant naitre en lui la notion de Ya Nature », composait en l’honneur de la divinité nouvelle un hymne d’une si poétique et si mystique adoration qu'un chrétien pourrait presque lui en envier et lui en ravir les effusions pour son Dieu. Cet « audacieux briseur des idoles de la métaphysique officielle » n’est rien moins que le positiviste timoré et circonspect qu’on aimaginé, et qu’on ima-

gine encore Guelquefois. Quelque désir qu'il en ait, il ne |

peut rester cantonné dans ce qu'on est convenu d’appeler le réel, Et comme s'il sentait que la connaissance rationnelle et « scientifique » n’est pas la seule dont l'homme soit capable, qu’elle est impuissante a « remplir tous nos besos », et qu’elle ne peut nous fournir une satisfaction provisoire qu’autant qu’elle s’épuise en, quelque sorte elleméme. en reconnaissant loyalement ses limites et ses insuflisances, et en allant Jusqu’ au bout de son effort, sa pensée, toujours avide de « vues sur l’ensemble et sur le fond des choses », s éléve incessamment d’un vigoureux coup daile j jusque sur les confins del’ « ordre » As la nature.

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hauts sommets ot déja se découvrent a elle les vastes et.

infinies perspectives de I’ « ordre » esthétique et de Y « ordre » moral!.

Publiée au mois d’avril 1870, rééditée en juin, saluée ©

par Renan, par Stuart Mill, plus tard par M. Ribot comme

une ceuvre philosophique de tout premier ordre, I’Intelligence __

mettait le sceau 4 la réputation d’Hippolyte Taine. Un mois aprés, la guerre éclatait.

Ce fut un dur et triste réveil. Pour lui comme pour Renan, |’ Allemagne avait été la grande éducatrice intellectuelle ; pour lui, plus peut-étre que pour tout autre, elle avait été comme une seconde patrie. Depuis plus de quinze ans, il n’avait cessé de rendre hommage ‘a « son

1. H peut sembler que, pour employer le langage de: Pascal en parlant de Taine, il faut n’avoir qu’un bien médiocre souci do la « couleur locale ». Qu’on lise done cette note, qui ne figure, il est vrai, gue dans Ja troisiéme édition de I’ Intelligence (1878) : « Ceci est le point de vue scientifique. Il en est deux autres quifl est inutile de présenter ici, le

point de vue esthétique et Je point de vue moral. On y considére non ~

plus les élémenjs, mats la direction des choses; on y cegarde l’ellet final comme un but primordial, et cé nouveau point de vue est aussi légitime que Vautre. » (T.1, p. 13.) Dn a reconnu 1a, je pense, la théorie des « trois ordres », chére a Pascal — et a M. Lachelier. Et il est assurément regrettable qu'elle soit ici seulement indiquée. Mais il ne faut pas oublier que le point de vue esthétique avait été développé dans la Philosophie de Vurt. Et quant au point de yue moral, sans parler des apergus sur Ja question que Taine a, ¢a et la, parsemés dans son ceuvre,

il est comme impliqué dans la conception des Origines de la france .

contemporaine, et surtout.dans les nombreux et sévéres jugements qui y sont formulés ; méme, a plus d’une reprise, par exemple dans les belles pages sur la conscience et sur Vhonneur, il s’y trouve développé directement et pour lui-méme, comme il Veit été sans aucun doute dans ce traité de la Volonté que Taine méditait et qu'il n’a pu nous donner. Entio, « au temps ou Vavenir semblait lui promettre le repos apres la moisson, ‘laine avait projeté de résumer en quelques pages un manuel

de morale pratique qui eat été l’achevement de sa doctrine et sa réponse «

a quelques critiyues dont il avait la bonté de s’aflliger », (G. Deschamps, Débate du 8 mars 1893). « Si j’avais eu le loisir nécessaire, écrivait &

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5 génie, si pliant, si large, si prompt aux métamorphoses! », ‘aux admirables « vertus morales, conscience, patience, abnégation, sobriété », qui en étaient le vrai fondement. « Dans les sciences et dans les lettres, dans la philosophie | et dans l’érudition, les Allemands sont les initiateurs et oe peut-étre les maitres de l’esprit moderne, et, quand on ~ cherche les causes qui ont produit chez eux une si abon— dante sve d’invention et une si étonnante floraison de découvertes, on trouve que dans cette ceuvre le caractére a été aussi efficace que l’esprit?. » C’est en 1867 quil parlait ainsi, et six mois avant la guerre, il s’unissait, nous Yavons vu, & Renan pour proclamer Hegel « le premier penseur du xrx° siecle » et pour recueillir des souscriptions

ae francaises en faveur du monument que voulait lui ériger Fa: Ja Société philosophique de Berlin. Son Intelligence termia née, il méditait un livre sur l’Allemagne et — ironique i coincidence — ce fut en Allemagne méme que la décla- Bae ration de guerre le surprit. — Si jamais lutte dut lui

paraitre fratricide, ce fut bien celle qui, mettant aux prises « deux nations, dont lune a tant fait et dont l’autre fait

y tant pour Ja culture humaine, allait retarder d’un siécle la civilisation ® ».

ce propos Taine 4 M. A. Vouilléé,... jaurais traité la morale comme jai traité Pesthetique, expérimentalement, en analysant et comparant les principaux systémes de morale pratiqués (et non pas seulement professés) en Chine, chez les bouddhistes, chez les Grees du temps de Cimon et les Romains du temps de Caton |’Ancien, dans le christianisme primitif, en France sous Saint Louis, dans I’Italie de 1500, dans l’Espagne de 1600, etc. ; etjaurais taché de finir par un chapitre intitulé: De 7?Idéal dans la - vie, analogue & celui que j'ai écrit sur déal dans Vart. » (Lettre du % 4 novembre 1883, citée par M. Fouillée dans les Débats du 23 mars

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et 1gor). — Je ne veux pas dire d’ailleurs que cette morale ett élé celle de a Pascal, ni méme quelle aurait eu lentiére approbation de l’auteur des no Pensées.

ce 1, Littérature anglaise, 5° éd., t. I, p. xtv.

2. Débats du 4 mars 1867, article sur Mendelssohn et la musique allemande, par Camille Selden.

- 3. Essais (7° éd., p. 424), article sur Opinion en Allemagne et ies Ba conditions de la paix. 2

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- IMSTOIRE DE SA PENSEE ET DE SES LIVRES 87 ‘* o. 2

» Et quand, les défaites succédant aux défaites, invasion, avec son cortege d’humiliations et de miséres, vint remplir tous les cceurs francais d’une angoisse que, depuis 1815, ils n’avaient pas connue, alors il se fit dans Ame de Taine tout un douloureux et profond travail. Non, il n’était pas vrai, comme il avait cru au temps des fiers désintéressements de la jeunesse, que la science fut le tout : de Vhomme ; et l’art ne console pas, tjuand la patrie est la. qui agonise. Et lui, homme des abstractions ct des livres,

-. lui; Péternel « contemplatif », il se releva homme d’ac- . tion. Mélant sa plainte a celle de tous ceux qui, poetes

jusque-la « impassibles » ou frivoles, — un Banville, un. Leconte de Lisle, — ou érudits détachés du présent, — un Fustel de Coulanges, un Renan, — se firent alors les

échos des tristesses nationales, il protesta dans un mémorable article contre les injustices intéressées de « lopinion allemande » et contre les inexorables « conditions de la

aix». Puis yint l'année terrible, les horreurs dela guerre civile et de Ja Commune, « I’anarchie spontanée », et toutes les péripéties du sinistre drame dont le lugubre souvenir a pesé si longtemps sur la conscience frangaise. Taine en fut « bouleversé jusqu’au fond de l’Ame ». Sa -sensibilité, tres fine et trés ardente’, mais qui, jusqu’alors,

1. Taine a fait 4 ce sujet un aveu qui est pour nous des plus précieux A recueillir. Etudiant dans l’ Intelligence (3° éd., t. I, p. 78-79) les dif- “Térentes sortes de mémoires, il écrivail: « Pour mon compte, je nai qu’a un degré ordinaire celle des formes, & un degré un peu plus élevé celle des couleurs... La seule chose qui, en mot, se reprodnise tntacte et entidrve, Cost la nuance précise d’émotion, apre, tendre, étrange, douce ou triste, qui jadis a suivi ou accompagné Ja sensation extérieure et corporelle; je puis renouveler ainsi mes peines et mes plaisirs les plus compliqués et les plus délicats, avec une exactitude extréme, et a de trés grandes distances ; a cet égard, le chuchotement incomplet ct défaillant a presque le méme effet que la voix. » Disposition singuliére et qui nous révéle une rare — et peut-étre peu enviable — capacité de jouir et de souflrir. — Je ne puis, 4 ce propos, m’empécher de remar: quer qu'on n’a pas, 4 ce quil me semble, suflisamment {ire parti, pour étudier Ja « psychologie » do Taine, de toutes les jindications, presque involonlaires, que renferme V’ Intelligence.

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ne s était guére traduite dans ses livres, — tant il veillait+ 1 jalousement sur elle et s’efforgait de la contenir, — que par l’amertume de son ironie, Vintransigeance passionnée de quelques-uns de ses gotits, la violence et la continuité de ses métaphores, sa sensibilité, dis-je, exaspérée, remuée jusque dans ses plus intimes profondeurs, comme un torrent qui rompt ses digues, déborda, se répandit et s’emporta en soudaines alarmes et en sombres pressentiments. Certes, il était par nature, simon par raison, peu porté a loptimisme. Mais, comme tous ceux qui croient avoir peu Willusions sur homme, mais qui, en somme, ne I’ont guére étudié que dans les livres, il fut surpris, déconcerté par ce brusque contact avec la réalité vivante, et lui qui avait écrit Graindorge, il parut dérangé dans son réve comme sil etit été l’auteur de V'Emile!. La vision fugitive qu il avait eue, aux journées troublées de 1848, de ’ homme tel qu'il est en temps de révolution, luirevint en mémoire, s'imposa dés lors, avec une force d’obsession extraordinaire, 4 son Ame de penseur pacifique et timide, 4 son imagination grossissante de romantique impénitent. Le~ « gorille {éroce et lubrique » iui apparut dans toute sa

t. Il est 4 noter que la plupart des pessimistes professeat un pessimisme en quelque sorte tout théorique, sans application directe et positive 4 la réalilé présente et quotidienne, Survient-il quelque fait d’ordre général ou privé qui confirme d’une maniére éclataule les théorics qui leur sont chéres ; ils en sont surpris, décontenancés, comme s’ils conser= vaient par devers eux la tenace illusion d’un optimisme invéléré ; et cette inconséquence fait sans doute beaucoup plus d’honneur a leur bon cur qu’a lear logique. Le « cas » de Taine est, si je ne me trompe, un peu plus complexe, IL était, non pas misanthrope, comme on !’a trop dit, mais « naturellement triste », et, sou imagination et sa sensibilite | aidant, le premier regacd qu il jetait sur Phomme et sur la vie ne le — conlirmait que trop dans cette disposition native (voir son Graindorye, ses Notes sur la province, ete.). Mais sa philosophie intervenait alors : il prenait confiance dans Jes forces de la raison, il était plein d’espoir dans « l'avenir de la science », il finissait par croire a la « pertectibilité » de Pespece humaine, Wt cetle seconde nature, se superposant, si je puis — dire, 4 la premisre, lui suggérait les idées profondémeut oplimistes qu'il a semées ca et 14 dans son ceuvre. G’est celte seconde nature qui a été surtout froissée et meurtrie en lui par les événements de 1870-71.

hideur, et il se dit que, pour empécher ses ravages, on ne saurait lui forger trop de chaines et de trop solides carcans.

En méme temps, d’autres influences, heureusement moins brutales, plus apaisantes, semblaient comme se concerter pour atténuer, pour adoucir les anciens partis pris de sa raison, le dogmatisme intempérant et combatif de sa pensée. Il avait dépassé la quarantaine ; et c’est Page ou lesprit lentement se dépouille des fougueux préyugés et des brillants paradoxes que la jeunessé lui a

légués et qu'elle a entrainés dans son cours, ot, d'un fond.

trop riche et trop mélé, tout homme se préoccupe de ne retenir que ce quia résisté a l’épreuve de la vie, que ce qu'il pourra sans scrupule léguer 4 ceux qui le suivront. Aussi bien, Taine n’avait plus le droit d’alfecter l’attitude — orgueilleuse et si vaine — du penseur solitaire qui, ‘contemplant face 4 face ce qu'il croit étre la « vérité pure », enregistre les arréts qu’elle lui dicte, plein de dédain pour 4a foule immense qui les méconnait ou qui les ignore. Ih, 1’était plus seul au monde: le mariage', la pater nité, le! bonheur intime, toutes les wed ine es et fortes attaches. qui, en augmentant nos responsapilités et nos} devoirs, nous font la vie a la fois plus précieuse et plus: grave, nous guerissent de bien des eifuaone et de bien des. chiméres, nous assagissent, nous pacifient, et nous rendent le sens délicat du réel, tout cela agissait sur lui dans le méme sens et, sous le philosophe épris de logique abstraite, faisait reparaitre homme. Dans la crise morale qu il venait de traverser, des inquiétudes Vavaient assailli touchant son cuyre antérieure ; certaines’ objections qui lui -avaient été adressées, et qu'il avait dédaignées ou repoussées avec quelque impatience, lui étaient revenues &

1. Il avait épousé le 8 juin 1868 M"* Denuelle, fille d’un architecte d'un rare talent,

mse) ESSAI SUR TAINE

esprit : il n’était plus aussi str qu'autrefois que tout fut également bon et sain dans ses livres, que la parfaite pro- ; bité intellectuclle justifie tout, ct qu'une pensée sincire ne puisse jamais faire de mal. Et, plein d’une immense pitié pour ce pays dont il se sentait un des fils, et qui, sous le talon de l’étranger, se débattait pour ne pas mourir, il se dit, avec quelques autres nobles et généreux esprits', que les temps étaient finis de la science pure et de la spéculation désintéressée, et quil fallait avant tout

aider la France & revivre d’une vie qui fut digne de son passé?. :

C’est de ces préoccupations nouvelles que sont sorties les Origines de la France contemporaine*, et l'on sait avec quelle fidélité elles s’y sont reflétées. A dire vrai, nouvelles, elles ne l’étaient peut-étre pas enticrement, et le normalien de 1849 qui se proposait, quand il aurait quitté

1. C'est alors, ct sous l’influence des mémes événements, qu'un ami et un disciple de Taine, M. Emile Boutmy, se détourne des études esthéliques, — il venait de publier sa Philosophie de Varchitecture en Gréce, — pour se consacrer aux études politiques et historiques ; que

. Fustel de Coulanges porte son attention sur « les problémes de la politique contemporaine » (voir Guiraud, Fustel de Coulanges, chap. v), et commence cette Histoire des institutions politiques de Vancienne France qui devait soulever de si vives polémiques, et ot il n’est pas diflicile de voir percer des intentions analogues a celles qui ont dicté a Taine les Origines de la France contemporaine. Si ces deux grandes ceuvres avaient été achevées, elles se seraient admirablement complétées Pune lautre.

a. Voir aux Appendices divers extraits d’articles ou lettres de Taine datant du lendemain de Ja guerre, et qui expriment avec une fidélité sin= guliére ct une rare éloquence Pétat d’ame que, j’analyse ici (cf, en particulier les extraits XXV, XXVI, XXVIII, XXXII, XXXIV),

3. En méme temps qu'il s’attelait 4 ses Opigines (aulomne de 1871), Taine publiait une brochure, datée du 3 décembre 1871 (Du suffrage universel et de la maniere de voter), qui ne me parait pas avoir été suflisomment remarquée, et dont les sages conseils auraient cependant pu

' mous épargner bien des tatonnements et bien des mécomptes. Au reste, ce n’est pas J qu'il faudrait chercher, et de son propre aveu, le dernier état de sa pensée politique : « Cette brochure n’est qu’une esquisse bien incompléte, et le reméde qu’elle indique serait fort insuffisant. Voir dans le dernier chapitre du Régime moderne un plan plus complet au moins

pour la société locale. » (Note inédite de Taine, décembre 1891).

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7 HISTOIRE DE SA PENSEE ET DE SES LIVRES gl | u

TEcole, Qe Mudser les sciences sociales at l cconomic po- | litique », devait, on le pense bien, y retrouver son compte. Un peu plus tard, en 1854, se faisant lire l’Histoire de la Révolution frangaise de Buchez et Roux, « il y fut surtout frappé, nous rapporte M. Monod, de la médiocrité intellectuelle des hommes les plus fameux de la période révo- © lutionnaire et se dit qu'il y avait Ja un probléme historique intéressant a étudier »; et lon se rappelle d’autre part ses projets d’études historiques et sociales en: 1864. Enfin, en digne éléve de Guizot et de Macaulay, il avait ioujours professé que la science en général, mais surtout la science historique était susceptible, et dés aujourd’hui, applications, pratiques, et que le meilleur moyen de connaitre le devoir présent et la loi de V’avenir, c était d’étudier et decomprendre le passé. Méme, a plus d’une reprise, il avait essayé de définir les lois, « toutes trés précises et trés générales», qui, selon lui, doivent fournir 4 Phomme, « insecte intelligent, le moyen de prévoir et de modifier jusqu’a un certain degré les événements de l’histoire ». Le moment n’était-il pas venu de descendre maintenant au détail et de montrer, par un illustre exemple, que les espérances qu'il fondait sur cette science de l’histoire, «la derniére venue des sciences morales », n’étaient pas illusoires, et qu'elle était déja capable, a elle toute seule, de gucérir et de sauver un pays? Et puis, Taine pouvait-il, sans se renoncer lui-méme, interrompre ou clore cette « grande enquéte sur Vhomme » qu'il avait entreprise, et

qui, depuis plus de vingt ans, était Vobjet lointain, mais toujours présent, de son effort? Pouvait-il, faisant de Vhistoire, se désintéresser de la psychologie, lui qui était persuadé que « histoire au fond est un probléme de psychologie » ? Jusqu’alors, c'est surtout dans l'histoire des littéralures et de Vart qu'il avait pratiqué ses « expériences »; il avait étudié de pres ces délicates organisations inlellectuelles qui sont celles des artistes; leurs person-

nages imaginaires, considérés par lui comme de véritables — Ames vivantes, lui avaient seryi & controler ses observa— — tions ; et les résultats de psychologie générale qu'il avait ‘ rapportés de’ ces diverses études, il les avait consignés dans l’ Intelligence.. Mais, pour étre complet, « il fallait a la ~ théorie de V’intelligence ajouter la théorie de Ja volonté5 ; et cette ceuvre, s’ « il n’osait encore Yentreprendre! », du moins il souhaitait, il révait de pouvoir laccomplir. Or, quel meilleur moyen de s’y préparer que d’étudier longuement, minutieusement lépoque de notre histoire ot l'on a peut-ttre le plus agi, ou les volontés ont été le plus ; tendues, oti les « professeurs d’énergie » abondérent autour de celui qui concentra en lui les volontés de tout un peuple, Napoléon » « Il faut faire la psychologie du jacobin pour comprendre la Révolution de 1789 en France. » Cette phrase n’est pas tirée, comme on pourrait le croire de la Préface de la Révolution, mais bien de celle de [In-— telligence, et, mieux que tous les commentaires, elle nous montre le lien:qui unit entre elles les deux ceuvres. Enfin, par un autre biais, les Origines se rattachent, et d’une maniére assez ¢troite, 4 l’Hisloire de la littérature\, anglaise elle-méme. De son long commerce avec le génie anglo-saxon, Taine avait rapporté une admiration trés vive pour toutes les ceuvres de cette civilisation, si différente de la notre. Il avait, a plusieurs reprises, en 1858, en 1860, en 1861 et ew 1862, voyagé et séjourné dans le pays; il avait, suivant sa coutume, tres curieusement’ observé les meeurs, l'éducation, les habitudes religieuses,. politiques et sociales des Anglais; il n’avait rien négligé

x, Il y avait déja travaillé d’ailleurs. La Revue philosophique a publié en noveinbre 1900 uncertain nombre de pages sur /a volonté qui doivent dater de 1853 ou 1854 et qui faisaient. partie d’un traitée plus complet de psychologie, dont la premiére partie est une premiere ébauche de U’Intelligence. Elles étaient suivies de courtes notes et d’esquisses de plans pour la volonté, postérieures & 1’ Intelligence et écrites probablement dans l’hiver de 1870, .

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7 & pour pénétrer et pour comprendre leur’ esprit. Pendant la Commune, au mois de mai 1871, il avait été invité par TUniversité d’Oxford a venir y faire en francais une série de conférences sur la littérature francaise; il avait répondu A cet appel, avait, en six lecons, étudié dans le théatre de Corneille et de Racine les mceurs sous Louis XIII et sous Louis XIV, et, en méme lemps que Déllinger, avail recu le titre de docteur in jure cwili, honoris causa. Il profita de ce dernier voyage pour compléter ses observations, — et ses Notes sur [ Angleterre, qui parurent peu apres; — et son admiration d’autrefois s’accrut alors de toute l’envie que le doulourenx spectacle de nos miséres intérieures ne pouvait manquer de lui inspirer a Végard de nos heureux yoisins. « Un Francais rapportera toujours d’Angleterre cette persuasion profitable; que la politique n'est pas une théorie de cabinet applicable a Vinstant, tout enti¢re et

tout d'une piéce, mais une affaire de tact ot l’on ne doit procéder que par atermoiements, transactions et compro-

mis!. » Et, aprés dix ans de travail, c’est la méme persuasion que Taine rapportait de ses recherches sur les Origines de la France conlemporaine®. De 1a & croire que la France avait, en matiére politique notamment, beaucoup a emprunter a l’Angleterre, il n’y avait qu'un pas; et ce pas, 4 son insu, Taine l’a franchi bien souvent. Certes, il s’en serait vyivement défendu, et je nignore pas toules les déclarations contraires dont il a parsemé ses livres. « La- , quelle des deux civilisations vaut le mieux, demandait-il, celle de l’Angleterre ou celle dela France? » Et il répondait fort sagement; « Il me semble que chacun des deux peuples a le genre d’habit qu’il préfére. » Nul donc, 4 de

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