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Enfin, l’analyse des principaux éléments qui sont comme entrés dans la composition, des Origines de la France contemporaine ne serait pas complete, si l’on négligeait l'influence qu’exerce sur tout auleur le sujet méme qu il choisit. On n’habite pas durant plus de vingt ans, comme I’a fait Taine, dans un sujet, dans une époque déterminée, sans simprégner de l’atmosphére morale qu'on y respire et sans qu’au contact de ce milieu nou-
veau, l’ame ne se transforme en quelque maniére, ne dé-
veloppe quelques-unes de ses secrétes puissances, ne se manifeste sous quelque nouvel aspect. C’est ce qui est arrivé 4 Taine: il a changé, il a éyolué, si l’on préfere, pendant qu'il écrivait ses Origines, et cela parce que son sujet évoluait sous ses yeux. L’ Ancien Régime ne le dépaysa pas tout d’abord, et il put parler avec une sérénité relative de cette société frivole, mais réguliére, et qui présentait au moins les apparences de la santé et de la raison. I] en fut tout autrement quand il aborda l’étude de la Révolution: il connut alors, il pratiquaa méme certaines « espéces » sociales dont, jusqu’a ce jour, il soupconnait a peine Yexistence: Marat, Danton, Robespierre, toute la meute
celle de Le Play: Taine non seulement avait lu et étudié ses ouvrages, mais il le connaissait personnellement et s’était entretenu avec lui (voyez aux Appendices la Letére-Préface adressée par Taine A M. Alexis Delaire sous la date du 1g avril 1890 et qui ouvre le livre intitulé : Ja Réforme sociale et le centénaire de la Révolulion, Paris, 1890), — Dans une autre leltre datée du 2 mars 1885 et reproduite dans la Réforme sociale du 1% avril 1885, Taine, s’adressant 4 M. Delaire, s’exprimait ainsi: « Plus j’étudie, plus j’apprécie approbation de votre école, car je vérifie, par mes propres recherches, la justesse et la portce de ses maximes. Estimer les principes abstraits d’aprés leur application et leur ceuvre effective, tacher de voir l’individu corporel et vivant A son méticr, dans sa famille et dans sa maison, s’elforcer de déméler ses sentiments réels, habituels et dominants; bref, faire,des monographies, voila les enseignements de M. Le Play, et d’instinct, je les ai toujours suivis en histoire. Au fond, mon livre actuel n’est qu’une monographie de la’ société frangaise contemporaine, et, si je parviens 4 écrire comme je l’entends mon dernier volume, je pourrait le présenter comme un appendice votre galerie des Uuvriers des deux mondes. »
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sanguinaire des sinistres jacobins, quelle compagnie et
quel contact pour le trés « honnéte homme » un peu timide qu il n’avait jamais cessé d’étre! La vue du sang versé 4 profusion, des innombrables crimes commis au nom d’un idéal tout abstrait de justice et de vérité, le troubla, l’aveugla, révolta tous seg instincts d’humanité et de vrai libéralisme. Ses souvenirs de 1848 et de 1871 lui revinrent a l’esprit, se fortifierent et s’accrurent de toutes les impressions que lui faisait éprouver l'étude des pires journées révolutionnaires. Il craignit pour son pays le retour de pareils désordres, et il sentit que, pour les prévenir, seule une forte doctrine morale, acceptée de tous les membres de la communauté sociale, avait l’autorité nécessaire; et il tenta d’en esquisser les principes. Loin de se laisser séduire aux dangereux sophismes de la théorie du « salut public », si commode pour justifier tous les arbitraires, en face d’une conception de l’Etat renouvelée de la cité antique, il dressa, non peut-étre sans tomber dans l’excés contraire, mais avec une vigueur admirable, la conception de VEtat moderne, uniquement fondé,
‘daprés lui, sur la conscience et sur ’honneur individuels.
Puis, quand il en vint & Napoléon, au lieu d’admirer uniquement en lui, comme il n’y edt pas manqué jadis, l'un des exemplaires les plus accomplis du génie humain, au lieu de le faire bénéficier, lui et son ceuvre de réorganisation et de « reconstruction » sociale, de la méme sympathie critique, de la méme largeur d’indulgence qu ‘il avait jadis si peu mesurée a Helse eta Sheep a Swift et a Byron, il lu fit un peu chérement payer de n’avoir pas fondé le régime sous lequel lui, Taine, aurait voulu vivre; et surtout, Fi fut si scandalisé de voir un seul homme « se faire centre » de tout un monde, broyer des vies, froisser des volontés, violenter des consciences, quil ne trouva qu'un mot pour expliquer son caractére et pour flétrir sa
vie ; l’égoisme effréné et souverain. Il serait difficile,
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avouons-le, de pousser plus loin la gigidité — peut-ttre excessive — de la préoccupation morale. |
En méme temps, il apprenait 4 mieux connaitre ce qu'il appelait un peu dédaigneusement autrefois « un beau potme tenu pour vrai », cette religion chrétienne dont avait prétendu se passer l’Ancien Régime finissant, qu’avait persécutée, proscrite Ja Révolution triomphante, et que le Régime napoléonien, en voulant l’asservir et la confisquer, avait définitivement affranchie, consolidée, épurée. Il avait vu de prés, durant la tourmente révolutionnaire, quelles vertus et quels dévouements elle peut enfanter, a quels crimes et & quelles défaillances, elle absente, tombent soudain immense majorité des 4mes. « Aujourd’hui, aprés dix-huit siécles..., le christianisme est encore, pour 400 millions de créatures humaines, l’organe spirituel, la grande paire d’ailes indispensables pour soulever l’homme au-dessus de lui-méme.,. Toujours et partout, depuis dixhuit cents ans, sitot que ces ailes défaillent ou qu’on Jes casse, les mceurs privées et, publiques se dégradent. En Italie pendani la Renaissance, en Angleterre sous la Restauration, en France sous la Convention et le Directoire, on a vu l’homme se faire paien...; la cruauté et la sensualité s’étalaient, la société devenait un coupe-gorge ct un mauvais lieu. — Quand on s'est donné ce spectacle, et de prés, on peut évaluer l’apport du christianisme dans
mos sociétés modernes... Ni la raison philosophique, ni la
culture artistique et littéraire..., aucun gouvernement ne suffit & le suppléer dans ce service. Il n’y a que lai pour
nous retenir sur notre pente nalale...; et le vieil Evangile,
quelle que soit son enveloppe présente, est encore aujour-— @hui le meilleur auxiliaire de l’instinct social. Ce sont ces intentions diverses, peut-é¢tre contradictoi—
res, qui se sont fondues et combinées dans les Origines de
la France contemporaine: elles en expliquent le ton, souvent indigné, toujours Gloquent, les enquéles massives
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