‹ Essai sur Taine, son œuvre et son influenceChapitre 28 sur 86 · TOO" ' ESSAI SUR TAINE · texte numérisé non relu

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et laborieusement poursuivies, les vastes et puissantes généralisations, en un mot le caractére étrangement com-: plexe, et, au premier regard, quelque peu déconcertant. OEuvre d’histoire psychologique, ceuvre de philosophie; politique, ceuvre de morale sociale, — ceuvre d’art enfin, les Origines sont tout cela ensemble ou tour a tour, et, pour les juger avec équité, c’est de toutes ces données qu’ik faudrait pouvoir et savoir tenir compte. Tous les aspects et tous les dons du génie de Taine, ceux que nous connaissions déja et ceux que nous soupgonnions a peine, | toutes les ambitions de sa pensée, toutes les secrétes générosités de sa nature morale y ont trouvé leur place et leur emploi. Dans ce dernier et noble effort pour atteindre une vérité qui, cette fois, fat utile 4 tous, le vigoureux athléte a comme ramassé toutes ses ressources, tout ce qu il y avait de meilleur et de plus robuste en lui. Et, a Vinverse de Renan dont la vie intellectuelle s’était passée a semer successivement sur sa route presque toutes les: « certitudes » qu'il tenait de ses premiers maitres, a se dépouiller d’année en année des parties les plus graves de son génie', lui, Taine, au risque de se contredire, avait peu & peu reconquis la plupart des vérités nécessaires a. ‘cet « homme pris tout entier » que, déja, il avait entrevu ‘durant son voyage en Italie, et qui, de jour en jour, lui apparaissait maintenant comme. ayant plus de droits & ce qu’on reconntt, qu’on respectat et qu'on « remplit >» ‘« tous les besoins » dont « il est plein ».

Est-ce: a dire que « tous ces besoins », Taine fat désor- ‘mais prét a les reconnaitre jasqu’au bout, a Sams acconi=! moder », a s’y préter tout entier? Cet « ordre » religieux

1. Je me suis parfois demandé, sans pouvoir, naturellement, me ré=. pondre d’une manieére satisfaisante, si l’influence de Renan, — du Renan d’avant 1870, — n’aurait pas été pour quelque chose dans l’évolution morale de Taine, dans |’attention croissante qu’il a prétée aux questions religieuses, ;

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HISTOIRE DE SA PENSEE ET DE SES LIVRES Ior: .

dont les perspectives paraissaient s’ouvrir devant lui, allait-il donc y entrer résolument ? Et fans cette admirable, page d’apologétique expérimentale que nous rappelions tout 4 Vheure, a-t-il dépassé, — ce que d’autres, sur ses traces, semblent vouloir faire sous nos yeux, — le point de vue d'un simple apologisie du dehors? Les Origines, a elles seules, suffisent a répondre. « Depuis un siécle, un événement extraordinaire se produit : déja, vers le milieu du siécle précédent, les découvertes des savants, coordonnées par les philosophes, avaient formé Vesquisse complete dun grand tableau qui est encore en cours d’exécution et en voie d’avancement ; c’est le tableau de l’univers physique et moral... Tous, prédécesseurs et successeurs, trayaillent d’aprés nature, et s’invitent a comparer incessamment la peinture au modeéle... Or, entre ce tableau et celui que leur représente l’Eglise catholique, le désaccord est énorme, et les deux dogmes principaux décrétés par Jes deux derniers conciles sont justement les mieux faits pour empécher a jamais toute réconciliation de la science et de la foi... » — Certes, Taine avait un peu changé depuis le jour ou il ne voulait voir dans le catholicisme qu'une simple « gendarmerie morale » ;, dans le systéme un peu étroit ou, a vingt ans, il avait enfermé sa pensée, par probité intellectuelle, par loyauté morale, son infatigable labeur aidant, il avait jeté bien des faits, bien des idées qui avaient élargi le cercle, et, en maint endroit, Vavaient fait éclater. Mais, A son insu, le cercle se reformait comme de lui-méme: le pli était pris de trop longue date. Toujours, fruit des ignorances et des aflirmations tranchantes de Ja yingti¢me année, cette idée d’une contradiction absolue, irrémédiable entre la « Science » et la « fol catholique » venait s’'interposer entre le réel et lui, fausser sa vue et rabattre sa pensée sur elle-méme. Et peut-étre eut-il vécu vingt ans de plus, quil en ett toujours été ainsi,

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‘Et pourtant, il faut vivre. Et comment vivre sans réconcilier entre elles ces deux puissances, en apparence ennemies, mais toutes deux nécessaires, le christianisme et la science? « Chez le protestant, l’opposition n’est ni extréme, ni définitive..., et lon entrevoit dans Je lointain | un moment ou les deux collaboratrices, la for éclairée et la science respectueuse, peindront ensemble le méme tableau, ou séparément deux fois le méme tableau dans deux cadres différents: » Ceci, je pense, est assez clair. « Pour la religion, écrivait-il un peu plus tard, ce qui me semble incompatible avec la science moderne, ce n’est pas le christianisme, mais le catholicisme actuel et romain; au contraire, avec le protestantisme large et libéral, la conci— liation est possible +. » L’illusion, nous avons vu, datait de loin, et devait persister jusqu’au dernier jour .

Cependant, la vieillesse était venue, glorieuse, heureuse, pacifiée. Comme s'il avait prévu qu'il ne pourrait

-achever sa derniére ceuyre, il s’était, presque aussitdt apres la guerre, interdit tout épisode, toute diversion a — son patriolique labeur: de loin en loin seulement, il se laissait entrainer a écrire quelques rares articles; il remettait au lendemain des Origines tous les projets qu il caressait encore, son traité de la Volonté, son livre sur Sainte-Beuve. Toujours actif d’intelligence, il demeurait trés attentif au mouvement de la pensée contemporaine, amant a s’entourer des jeunes, les encourageant, leur prodiguant ses conseils, les écoutant comme il - sayait

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