Lettre du g décembre
2. Ceux qui aiment, en pareille matiére, les oppositions et les con= trastes ne manqueront pas de rapprocher le dernier état de la pehsée religicuse de Taine de ces lignes de Fustel de Coulanges : « Je désire un service conforme 4 usage des Francais, c’est-a—-dire un service d Péglise. Je ne suis, a la vérilé, ni pratiquant, ni croyant; mais je dois me sou= venir que je suis né dans la religion catholique et que ceux qui m’ont précédé dans la vie étaient aussi catholiques. Le patriotisme exige que si Pon ne pense pas comme les ancétres, on respecte au moins co qu’ils ont pensé, » (Guiraud, op. cit., p. 266.)
écouter. Puis, le mal qui le guettait s’abattit sur: lui pour
ne le plus quitter. Il dut s ee tout travail, laisser 1a: “a les gerbes commencées. Il se résigna, relut plus assidu-
ment que jamais son cher Marc-Auréle. Le 5 mars 1893,
cing mois apres Renan, il s’éteignit. « La colonne de
lumiere ct la colonne de nuées ont disparu, laissant Israél sans guide dans le désert?. » On fit &.Taine, sur sa ro demande, de modestes funérailles protestantes. Il ne voulut aucun discours sur sa tombe. Il repose aujourd’hui a Menthon-Saint-Bernard, et sur le monument qu’on lui a élevé, on lit ces simples et justes paroles : Causas rerum altissimas candido et constant animo in philosophia, historia, litteris perscrutatus, veritatem unice dilexit.
Dans des pages merveilleuses de finesse et de mesure et ou Sainte-Beuve a ramassé tous les scrupules, toutes les réserves qui lui étaient inspirées par la méthode de Taine, par son habitude et son ambition d’enfermer un esprit dans une formule, de définir d’un mot sa structure, son « procédé général intérieur », le délicat et pénétrant critique finissait par s’écrier: « Pour moi, ce. dernier mot. d’un esprit, méme quand je serais parvenu a réunir et & épuiser sur son compte toutes les informations biographi- { ques de race et de-famille, d’éducation et de doe lopaee ment, a saisir individu dans ses moments décisifs et ses. crises de formation intellectuelle, 4 le suivre dans toutes, ses variations jusqu’ au bout de sa carrire, a posséder eta.
lire tous ses ouvrages, — ce dernier mot je le chercherais. encore, je le laisserais 4 deviner splutet que de me décider a Lécrire ; je ne le risquerais qu’a la derniére extrémité. »