‹ Essai sur Taine, son œuvre et son influenceChapitre 33 sur 86 · CHAPITRE If · texte numérisé non relu

CHAPITRE If

« On vient de voir que cette philosophie a pour origine une cerlaine notion des causes. J’ai taché ici de justifier et d’appliquer cette notion. Je n’ai point cherché autre chose ici ni ailleurs. »

(Philosophes classiques, ame éd. et sqq. Préface.)

« Tout homme de valeur, disait Renan en présentant aux lecteurs des Débats les deux volumes de U'Jntelligence, tout homme de valeur, en quelque ordre que ce soit, a sa philosophie. J’annoncerai une nouvelle strement agréable a ceux qui pensent, en leur apprenant que M. Taine va nous donner la sienne*. » Il y avait longtemps, nous Vavons vu, qu il la portait en lui; et méme, l’auteur des Philosophes classiques n’avait pas attendu l'année 1870 pour en livrer a la discussion publique les théses fondamentales. Ces idées mattresses, nous les avons vues naitre dans son esprit et inspirer successivement tous ses livres. Nous en avons, si je puis dire, retracé la genése psycho-

1. Débats du 28 mars 1870. L’article, trés court (voir aux Appendices), « écrit aprés un coup d’ceil rapide jeté sur les épreuves du livre », sert d’introduction 4 la Préface de Intelligence. Renan y loue vivement Ja méthode de son « illustre ami », et, annonce un article plus développé. « Plus tard, dit-il, je rendrai compte de l’ouvrage avec étendue. » .Ce second article n’a malheureusement jamais paru. ‘

LE LOGICIEN ‘ I Og

* Jogique. Regardons-les maintenant en elles-mémes, déta— chées de leurs origines immédiates ou lointaines, ordonnées en doctrine, organisées en systtme. Suivons-les dans leur histoire extérieure, dans leurs dépendances réciproques, dans leurs applications successives. Et puisque toute philosophie vraiment digne de ce nom, bien plus encore qu'une certaine facon de penser, est une certaine maniére d’entendre et de pratiquer l’existence, de l’ensemble de cette ceuyre intellectuelle, essayons de dégager la conception de la vie qu’elleimplique et qu’elle suggére.

Une « doctrine >, un « systéme »; il n’aimait pas qu’on employat ces mots en parlant de lui. « J’avoue, écrivait-il dans les derniers temps de sa vie, que }’ai toujours aimé, sinon la métaphysique proprement dite, du moins la philosophie, c’est-a-dire les vues. sur l’ensemble et sur le fond

des choses. Mais le point de départ de mes études n’est pas une conception a priori, une hypothése sur la nature; c'est une remarque tout expérimentale et tres simple, a sayoir que tout abstrait est un extrait, reliré et arraché d’un concret, cas ou individu, dans lequel il réside; d’ou il suit que pour le bien voir, il faut observer dans ce cas ou individu, qui est son milieu naturel; ce qui conduit a pratiquer les monographies, a insister sur les exemples circonstanciés, 4 étudier chaque généralité dans un ou plusieurs spécimens bien choisis et aussi significatifs que possible. — La doctrine, si j’en ai une, n’est venue qu’ensuite ; la méthode a précédé; c’est par elle que mes recherches se sont trouvées convergentes*, » — A quoi l’on peut aisément répondre que méthode et doctrine sont

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