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194 it ESSAI SUR TAINE
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Mais de plus, cest & lui qu'il a emprunté Vidée de trans-
porter dans la critique les méthodes de l'histoire natu-
relle’, et c'est & son exemple qu'il a tenté « d'expulser de Vhistoire de la littérature et de l'art ce qu’elles contiennent encore de subjectif, de constituer, en un mot, la critique comme science vérilable ». Enfin, pour M. Brunetiére comme pour Taine, et probablement a son école, la littérature et la critique n’ont jamais été « une fin en soi ». Vues d'un peu haut, les questions littéraires se sont
. transformées en questions morales, les questions esthéti-.
ques en questions sociales, et toutes ensemble en questions religieuses. Toutes ces questions, M. Brunetitre les a prises au point ou Taine les avait laissées, et, souvent
- avec les moyens et la méthode de Taine, il a essayé de
. leur faire faire un ou plusieurs pas de plus. Le célébre article Aprés une visite aw Vatican est la suite logique des pages de Taine sur UEglise, — et en méme temps y répondent.
Autour de M. Brunetiére, le contredisant sur quelques
- points, lui donnant raison sur d’autres, avec indépendance par conséquent, mais avec une égale activité et un égal talent, d’autres critiques ont combattu le bon combat
de la critique classique et de la tradition nationale.
’M. Faguet et M. de Vogiié nous ont dit eux-mémes tout a Vheure ce qu’ils croyaient devoir & Taine. Je ne m’étonne pas du tout que celui-ci se soit reconnu dans l’a¢mirable
lucidité, dans la vigueur hardie de simplification et
‘dabstraction, dans la puissance de reconstruction dont
1. Je retrouve méme en germe la formule et la Justification de la théorie de l’évolution des genres dans une phrase peu connue de Taine, que M, Brunetiére a trés probablement ignorée, mais qui n’en est peutétre que plus intéressante : « Les' genres de Vart, disait Taine, sont définis par la diversité des facultés qui le produisent et des besoins quil satisfait. » (Article sur le Menandre de Guillaume Guizot Revue de VInstruction publique du 10 mai 1855). ‘
, M. Faguet a fait preuve en ces étonnantes biographies intellectuelles qu il nous a tracées de Chateaubriand et de Joseph de Maistre, de Calvin et d’Auguste Comte. ‘M. de Vogié, lui, est tout d’abord allé demander aux écrivains russes les legons d’idéalisme dont) avaient besoin pour se renouyeler nos romanciers et nos poetes : l’entreprise, au fond, ressemblait trop acelle dont Taine, vingt ou trente années plus tét, avait donné Vexemple, quand il allait demander aux Allemands et aux Anglais des ~ lecons de naturalisme, pour que l’/historien de la Littérature anglaise ne vit pas l'un de ses héritiers dans l’auteur du Roman russe. D‘ailleurs, celui-ci, par son style somptueux, coloré, éloquent, et o& si aisément les idées, converties en images, se transforment et s’élargissent en vastes et : puissants symboles, devait lui rappeler un peu sa propre mani¢re, et lui prouver par la méme qu'il avait été lu et pratiqué avec profit. Quant 4 M. Jules Lemaitre, ‘ sil faut l’en croire, — et il faut l’en croire, — Taine ne parait pas avoir eu une forte action sur lui: « J’admire beaucoup Taine, écrit-il, et jai dit pourquoi dans une
Figurine du 6° volume des Contemporains. Mais je ne
-déméle pas bien quelle influence il a pu exercer sur moi. Evidemment j'ai senti, bien davantage, celle de Sainte- Beuve, de Renan et peut-¢tre d’Anatole France'!. » Mais
ces lignes datent de quatre ans. Et depuis, n’est-il pas
-” curieux d’observer que tous les maitres de la critique’
'contemporaine, M. Lemaitre comme M. de Vosiié,
M. Faguet comme M. Brunetiére se tournent maintenant, et de plus en plus, vers l'étude des questions politiques et . sociales ? Tous, comme attirés et séduits par l’exemple de Taine, comme désireux de rivaliser avec lui, dereproduire - en eux son éyolution, de compléter, de corriger peut-étre - et d’achever son ceuyre, nous les yoyons appliquer a