‹ Essai sur Taine, son œuvre et son influenceChapitre 47 sur 86 · Remarques sur 0 Exposition du Centenaire, Dp · texte numérisé non relu

Remarques sur 0 Exposition du Centenaire, Dp

a. ll n’y a, je pense, aucune indiscrétion % dire ici que l'étude que M. Bourget a consacrée aux Origines (elle a été recueillie dans les Etudes; et Portraits) a été trouvée par Taine si juste de ton, si pénélrante et si; exacte, bref, ils’y est si parfaitement reconnu que, depuis les mémorables: articles de Sainte-Beuve en 1857, aucun article ne lui avait fait autant: de plaisir. Taine avait, comme on sait, pour M, Bourget une trés vive! affection, et Ja lettre qu’il lui écrivit a propos du Disciple, et qu’on |

Bebe sans doute un jour, sera l’une des piéces capitales de son histoire morale,

—« Celui-la du moins n’a jamais menti », disait-il de lui avec admiration; et il étudiait pieusement, respectueusement tous ses livres, et il l’expliquait avec une vigueur, une clarté, une pénétration incomparables. Ce culte ingénu produisit de remarquables résultats. Parlant des premiers ouvrages en prose de M. Bourget, avec une évidente exagération, mais non sans un certain fond de vérité, Scherer disait : « Formes de la pensée, procédés de l’analyse, marche du raisonnement, tours de style, on reconnaissait 4 chaque pas le disciple si pénétré

de dévotion pour son maitre qu'il en abdiquait sa propre

personnalité..» Et il Y'accusait d'avoir « transvasé, pour " ainsi parler, son moi dans celui d’un autre! ». Scherer yoyait un peu gros, et Yon pourrait discuter ce jugement, ou, pour mieux dire, cette impression légerement superficielle. Mais que M. Bourget ait dia Taine « le plus essentiel de ses idées et le meilleur de sa méthode? », c'est ce qu'on ne peut nier ; et aussi bien, l’aveu est de lui. .D’abord, c’est Taine quia fait du jeune écrivain avant tout un psychologue ; c'est luisans doute aussi — avec Fromenfin peut-étre — qui, par ses livres plutot peut-étre que par ses conseils, lui. a persuadé d’employer son talent a écrire surtout des romans, et d’y transporter tous les procédés el toutes les préoccupations qu'il avait lui-méme introduits dans la critique: on sait quelle place tiennent dans les romans de M. Bourget les idées de « race », de « milieu » et de « moment», on sait avec quel soin consciencieux i recherche la « faculté maitresse » de ses héros et nous en fait suivre les lointains effets : M. Bourget « prépare » et « construit » ses personnages comme Taine les auteurs dont il entreprend l'étude, et il nous donne un peu l’idée

1. E. Scherer, Etudes critiques sur la littérature contemporaine,

it. X, p. 160. . % 2, Paul Bourget, ?Arbre de M. Taine (Figaro du 7 novembre 1597). = Voyez aussi la dédicace d’ André Cornélis.

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de ce qu’aurait pu étre Taine romancier. Enfin, sans par-. ler d’autres conceptions communes au maitre et au disciple, — leurs sympathies anglo-saxonnes, leurs velléités aristocratiques par exemple, — c'est bien dans l’historien des Origines que M. Bourget a.puisé la plupart de ses théories sociales, en particulier les tendances décentralisatrices qu'il — a manifestées dans ses derniers écrits. — Mais la méthode d’observation scrupuleuse préconisée par Taine, et si Dien suivie par auteur d’Outre-Mer, devait avoir chez ce dernier des effets qu'il n’était pas tres facile de prévoir. D’esprit plus souple que son maitre, plus capable de se déprendre, au contact des faits, de ses idées @ pricri, plus éprouvé peut-étre aussi par la vie, et puis, venu plus tard dans un monde plus vieux, il devait partager moins longtemps quelques-unes des illusions que, nous l’avons vu, Taine avait gardées jusqu’au dernier jour. M. Bourget est peut-étre le premier qui, — il y a pres de vingt ans de cela, — ait parlé de « la banqueroute de la science! ». Et depuis, parmi quelques fluctuations et quelques retours en arritre, un lecteur prévenu peut maintenant retrouver > dans ses livres les étapes successives d’une pensée qui, au fond, a toujours été obsédée par le probléme moral et religieux, — ainsi qu’en témoigne éloquemment la Préface, désormais célébre, ou, s’autorisant encore de Taine, l’auteur du Disciple proclamait récemment I’eflicacité de ce — qu'il appelait Vapologétique expérimentale.

1. « Je n’ignore pas, fait dire M, Bourget 4 l'un des deux interlocufeurs qu'il met en scéne, je n’ignore pas que Ja science recéle’un fond incurable de pessimisme, et qu'une bangueroute est le dernier mot de cet immense espoir de notre yénération, — banqueroute des aujourd’hui — certaine pour ceux qui ont mesuré l’abime de cette formule: [’Incon= ° naissable. Il y a un principe assuré de désespoir dans la définition méme de Ja méthode expérimentale, car, en se condamnant A n’atteindre que des faits, elle se condamne du coup au phénoménisme final, autant vaut dire au nihilisme. » (Science et Poésie, dialogue, Ftudes et portraits, « it I, p. 202). Le dialogue est daté de janvier 1883,

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-LINFLUENCE + ; : 199)

. Romanciers, critiques, historiens ', sur la plupart de

ceux qui ont remué des idées au Jendemain de la grande vat erise francaise, l’action de Taine s’est fait sentir. En a-t-il été de méme des philosophes ? A premiére vue, il parait

- difficile de lui attribuer la moindre part. dans Je mouvement idéaliste qui, de plus en plus, semble emporter la See pensée contemporaine. S’il est facile de retrouver sa trace dans les travaux de M. Ribot ct de M. Pierre Janet?, on ne voit pas trés nettement ce que des penseurs tels que M. Lachelier et M. Renouvier, Guyau et Secrétan ont pu lui deyoir. Tout au plus pourrait-on dire que l'ensemble ive des préoccupations qui ont dicté & Taine les Origines de la Sane France contemporaine correspondait trop bien a celles qui agitaient l’esprit de nos philosophes, pour que ceux-ci n’en

1. On ne saurait tout dire, et l’on entend bien que je n’ai pas eu la pretention « d’épuiser » le vaste sujet que j’abordais dans ce dernier chapitre. J’ai seulement voulu étudier avec quelque détail un certain nombre Ge « cas » qui m’ont paru intéressants, significatifs et représen—*

* iatifs dune foule d’autres, Mais l’influence de Taine n’a pas été confinée dans le cercle nécessairemént un peu étroit o& je me suis volontairement enfermé ; son action ne s’est pas exercée que sur les seuls écrivains dont ed il a été question plus haut. Il serait, je crois, assez facile d’en retrouver nthe la trace aisément reconnaissable dans les cuvres de M. Gaston Paris et de M. Georges Perrot, de MM. Alfred et Maurice Croiset, de feu Louis Courajod et de M. Boutmy, de M. Sully Prudhomme et de M. Gebhart, etc. Par exemple, qu’on lise, dans le livre de M. Gebhart sur Jvs ; Origines de la Renaissance en Italie, \e chapitre intitulé Formation ie de Vdme italienne . c’est la un morceau de psychologie historique comme on n’ayait pas Vidée d’en écrire avant Taine; style 4 part, cest lame thode et c’est l'esprit qui ont présidé 4 la conception de |’ Histoire de la littérature anglaise, et Von croirait lire un chapitre d’une Histoire de en la littérature italienne écrite par l'auteur des EHssais de critique et Whistoive. Et j'aurais aimé aussi 4 esquisser lhistoire intellectuelle et. morale du délicat et pénétrant poéte du Zénith et du Bonheur, et a montrer quels intéressants rapports elle présente avec 1’évolution personnelle de Taine.

2. « Le livre de Taine sur 1’ Intelligence, déclarait M. Pierre Janet, a

élé mon livre de chevet quand j’étais éléve 4 Louis-le-Grand, dans la classe de philosophie, et depuis il est resté un des livres que j’ai relus le plus souvent ; c’est vous dire que son influence a été grande sur mon travail. — Je souhaite que cette influence me guide encore et me permette d’écrire, d’une facon que Taine eit approuvée, quelques fragments de ce livre sur Ja volonté qu'il nous avait promis et qu'il n’a malheureusement pas pu nous donner. » (Levue blanche, art. cit.).

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i 200 . ; “ESSAI SUR TAINE

€t a ‘ - 5 e at fussent pas encouragés, soutenus, et comme affermis dans ~ : 7 . . ?

leurs espérances; et ainsi, en leur préparant des lecteurs, | et peut-ctre des disciples, Taine aurait contribué a « la

“ renaissance de l’idéalisme ». Mais peut-étre pourrait-on A ee ee

aller plus loin encore. N’est-ce-pas M. Fouillée qui, étu-

- diant « les origines du mouvement idéaliste », et rencon-

an - trant sur sa route « le naturalisme doctrinaire » de Taine, ;

observait — bien profondément, selon moi, — qu'll « était | moins dogmatique qu'il ne le paraissait », et qui ajoutait # « Taine devait étre de ceux qui favoristrent le mouvement, :

Be idéaliste, parce qu'il avait en lui-méme préparé la yoie: oe dans son beau livre de UJIntelligence}! » Et M. Boutroux: Ry écrivait a son tour: « Il est probable qu’en métaphysique N : il n’a pas seulement contribué au développement du mou-

- . vement positiviste, mais que, par le mélange de spéculation et d’obseryation qui caractérise son ceuvre, par la disproportion visible de ses prémisses et de ses conclusions, il a amené plus d’un esprit a réagir contre le positivisme, et contribué, indireclement, a la renaissance de Vidéaie lisme?. » On ne saurait dire mieux, et plus juste; et ce sont la des témoignages trop peu suspects pour qu’on ait y le droit d’en priver la mémoire d’Hippolyte Taine... Allons-nous poursuivre? Essaierons-nous de savoir ce que pensent de Taine ceux qui eurent vingt ans vers 1890, ae ou bien ceux qui, peut-étre un peu plus agés, ont com- : mencé a écrire A cette méme époque, en un mot la génération littéraire qui commence & affleurer 4 la lumiére? IL serait sans doute un peu téméraire de vouloir trop préciser. On entrevoit bien que les symbolistes ont da nepas étudier sans profit le style de auteur de la Littérature anglaise. Plus sirement encore, on reconnait son influence, le plus

7 Me A. Fouillée, Ze Mouvement idéaliste et la réaction contre la science positive (Alcan, 1896, p. xvi).

We Hievue blanche, art. cit. — M, Faguet (Politiques et moralistes, ee serie, p. 313) fait une observation analogue,

~ LINFLUENCE 2 : 201 souvent croisée avec celle de M. Brunetiére, sur les derniers venus de la critique, sur E. Hennequin, sur MM. Doumic, Lanson et Texte. Enfin, l’écrivain qui, ily a une dizaine d’annéee, passait pour «le prince de la jeunesse », M. Maurice Barrés, a dit trop souvent, dans les Déracinés, et ailleurs, ce quila dia Taine, pour qu'il n’y ait pas lieu de recueillir son témoignage. « Comme éducateur, a-t-il écrit quelque part, et pour nous communiquer l'ensemble des connaissances au point ot l’observa— tion et l’expérimentation les avaient menées en 1870, M. Taine me semble incomparable. Quelques objections respectueuses que j’oserais adresser a cet honnéte homme ne me viennent qu’aprés que je me suis placé, grace & son aide, au plan dont ses méthodes d’exposition nous ont facilité Pabord!. » Il se pourrait qu’en s’exprimant ainsi M. Barres edt parlé au nom de la plupart des jeunes Fran- ¢ais qui ont maintenant de trente a quarante ans. ,

Certes, quelques-uns d’entre ceux-la sont assez loin d’accepter sur tous les points les solutions que leur a proposées Taine. Is ont lu d’autres livres que les siens, et ils ont réfléchi sur les choses et sur eux-mémes. En politique ou en sociologie, ils sont tentés de trouver que !’individualisme anglo-saxon a peut-Clre trop séduit l’historien des Origines et, plus d’une fois, l’a entrainé un peu au-delade la vérité. Ils n’acceptent, par exemple, qu’avec d’extrémes réserves ses vues décentralisatrices. Ils estiment qu’en pareille matiére on ne saurait procéder avec trop de prudence, et qu’a une époque ou les autres nations de lurope tra-

1. Revue blanche, art. cit. — Dans ce méme article, M. Tarde défi-~ missail en ces termes, qui me paraissent la vérité méme, l'action exercée par Taine sur la pensée de son temps : « On lui doit en granie partie le renouvellement de la critique litléraire, la psychologic physioloyique, Vorientation des études pliilosophiques dans un sens plus scientilique et

lus substantiel, la tendance sociologique méme de l'heure présente » it M. Faguet (Hist. de la langue, etc., p. 397), disait a son torr ; ’« Il a exercé pendant vingt ans environ chez nous l’empire que Spencer la eu dans les pays de langue anglaise. »

PRN Oty Wate oad See Tk ROPE Sain ae nse eae “ Ps aX ae / ~ ¢ i.

yvaillent si activement &constituer ou & achever leur unité, s’enferment sijalousement dans leurs frontiéres 1 espectives, se resserrent en quelque sorte sur elles-mémes, la France se doit de ne pas défaire avec une légtreté coupable Vceuvre pour laquelle tant de générations ont dépensé sans compter le plus clair de leur or et le meilleur de leur sang ; la patrie francaise valait bien tous ces sacrifices : ne la détruisons pas de nos propres mams {9 — Et de mémce, dans son horreur légitime du jacobinisme, Taine n’a-t-il pas restreint outre mesure les droits de l’Etat 22 Des droits, i dire vrai, il ne lui en reconnait aucun : il ne luiattribue que des devoirs. Cela est assurément excessif. Quand l’Etat représente vraiment la nation, ila tous les droits de la collectivité. Il est telle et telle réforme que lui seul peut accomplir, et, parmi cette « poussiére d’hommes » que sont devenues les sociétés modernes, il est la seule sauvegarde des faibles contre les forts, le seul régulateur de la « concurrence vitale ». Quel est le « citoyen » qui ne renoncerait & une minime partie desses prétendus « droits » pour diminuer autour de lui Ja misére, et rendre un, peu moins illusoire ce mot de justice sociale que tout le monde aujourd’hui prononce, et que si peu ont réellement gravé dans le cceur

Mais de toutes les théories de Taine, celle quw il parait le plus difficile d’admettre, c’est sans aucun doute sa con-

1. A mon avis, sur cette question si délicate et si complexe dg la décentralisation, on ne saurait rien lire de plus fort et de plus précis que Vadmirable étude de M. Faguet intitulée Décentralisateurs et Fédéralistes dans ses Questions politiques (A. Colin, 1899). Ce morceau, comme du reste la plupart de ceux qui composent le volume, — et celui qui l’a suivi, sous le titre de Problémes politiques du temps présent- (Colin, 1901) — me parait un chef-d’ceuvre de bon sens vigoureux eb lucide. Je ne crois pas qu'on puisse apporter a l’étude de ces difficiles pro-| hlémesun esprit plus libre, plus dégagé de tout parti pris, et en méme temps un sentiment plus fin et plus juste duréel, du possible et du souhaitable.

2, Voir la-dessus la fin de l’étude de M. Boutmy sur Laboulaye. Il y ala deux pages qui, avec quelques autres de M. Faguet, sont peut-étre:

. ce que l’on a écrit de plus ferme et de plus juste contre l’individualisme: en matiére politique et sociale,

- ception de'la science. D’abord, la Science n’existe pas: il ; n’y a que des « sciences » particuliéres, qui peuvent bien, sur certains points, communiquer entre elles, mais qui, a Yordinaire, different les unes des autres par leurs méthodes: comme par leur objet. Voit-on beaucoup de points de contact entre Tanalyse mathématique et, la physiologie? es sciences spé Sciales se rejoindront-elles d’ailleurs un jour? Formeront-elles comme un corps inébranlable de certitudes ou Vhumanité future trouvera Vexplication totale de l’univers? Bien hardi qui oserait l’affirmer. Bien ‘plus hardi encore celui qui youdrait induire des données. actuelles ce que pourra étre cette explication derniére. — Des groupes de faits reliés par des séries d’ hypotheses aux- - quelles les vrais savants n’attribuent qu'une valeur toute conyentionnelle et toute. provisoire’, cest & quoi se- réduisent les plus avancées de nos sciences actuelles. Des : hypotheses échafaudées sur ces hypothéses, voila notre philosophie des sciences. Ployable aux théories métaphysiques Tes plus opposées, cette philosophie, bien loin d’étre un corps de certitudes, n’est pas méme un corps de probabilifés?. Supposons méme achevée, constiluée in xternum la 1. Voir P. Duhem, Quelques réflerions au sujet de la physique expérvimentale (Revue des questions scientifiques, juillet 1894), et peut-étre surtout les études si décisives ct si hardies qu'un jeune savant doublé d’un vrai philosophe, M. Edouard Le Roy a publiées dans la Revue de Métaphysique en 1899, 1900 et 1901 sous ce titre; Seéence et philosophie et Un positivsme nouveau. Voir aussi du méme éerivain la Science positive et les philosophies de la liberté dans la Bibliotheque du Congrés international de philosophie de 1900. Renan disait avec raison de M. Lachelier qu'il était « ’inventeur du mouvement tournant, philosophique le plus surprenant des temps modernes depuis Kant ». On dira peut-éire un jour ve M. La fioy qu’ilest avec — M. Bergson et. M. Blondel — l’inventeur du mouvement tournant philosophique le plus, surprenant qn’il F ait ea depuis M. Lac'elier ct M. Boutroux, 2. Cette idée n’a pas été entiérement étrangére 4 Taine: « J'ai sauté / dun bond, écrivait-il un jour, par-dessus le sceplicisme. Le voila qui " revendique sa part, et qui me dit que, hors les mathématiques, nos sciences ne sont que des probabilités. » (Lettre inédite 4 Edouard de —Suckau, 8 mai 1854). On peut d’ailleurs se demander si c’est bien Ja du

® scepticisme »; et le mot de Pascal me revient A Vesprit : « Il faut

savoir douter ou il faut, assurer ou il faut en se soumeltant ott il faut. ». :

science de la nature : restera & constituer la science de ; Yhomme; et entre les deux, on peut dés maintenant affirmer qu iln’y a aucune commune mesure. Quels rapports Vavenir pourra-t-il bién découvrir entre la géométrie et l’exégese? ~ Et méme, comme on a tort de parler de « science » de homme et de « sciences » morales‘! Réservons donc ce nom de « science » a la science positive®. Ne laissons pas croire que nous confondons sous le méme vocable deux « ordres » différents. Taine est la pour nous mettre en garde contre celte « confusion des genres » et pour nous avertir qu’ « il n’y a pas de pire confusion ». Surtout, ne —daissons pas croire que nous n’usons de la science que pour authentiquer nos conjectures, nos désirs ou nos: réyes; gardons-nous de paraitre lui vouer un culte intéressé, et, par respect pour elle, ne lui demandens pas de projeter sur nos préférences ...élaphysiques l’ombre de ses certitudes. La science est toute-puissante dans son domaine, et ce domaine est immense. Mais qu'elle s’y tienne; qu'elle en défende jalousement les approches:; qu’elle ne permette pas aux esprils .prévenus ou chimériques d’anticiper, d’escompter et de confisquer ses conclusions. Surtout,

1. Je trouve celle idée exprimée avec une force et une concision saisis- rsantes dans une page récente de M, Kaguel, précisément sur Taine: « IL est possible, il est probable méme que la critique est, comme toutes les selences qui sappliquent & Vhumanité, une science loujours en partie conjecturale, cest-d-dire wn savoir pluldt quune science, ane connais-— sanve incouipléte qui est mélée d’art et de science ; qui sait Jusqu’a un certain point ; ensuite a des intuitions ; ensuite suppose ; ensuite imagine; et enfin est destinée A se rapprocher toujours de la science sans l’atteindre jamais. » (Histoire dela langue et de la littérature francaise, A. Colin, 1goo, t. VII, p. 395). 7

2. Répondant au discours de réception de M..Gaston Paris A l’Académie frangaise (28 janvier 1897), M. Joseph Bertrand se refusait A dési-gner du méme mot la méthode usitée dans les sciences de Ja nature et’ celle qui est employée par la critique historique et philosophique; l’une est vraiment scientifique, disait-il ; autre est simplement savante, et ce mest pas précisément la méme chose. Et il ajoutait bien finement: « La Jangue {rangaise est assez riche pour ne pas imposer le méme nom & des Senies opposes, ou tout au moins a des aspirations dissemblables, »

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qu'elle n’écoute pas ses flatteurs; qu’elle ne se croie pas appelée a fonder une morale; qu'elle n’ait pas l’enfantillage de se transformer en religion : « cela est impossible, et d’un autre ordre », comme disait Pascal. Et c’est. Pascal qui disait encore: « De tous les corps ensemble, on ne saurait en faire réussir une petite pensée... De tous les. corps et esprits, on n’en saurait tirer un mouvement de yraie charité. » Rien de plus profond et rien de plus vrai.

— Au deli et au—dessus de |’ « ordre » de la nature’

qu’étudient la, ou plutét les sciences positives, séléve et s'étend Y «ordre » proprement humain : dans ce domaine de la psychologie et de histoire, de l’art et de la sociologie, de la philosophie enfin, les méthodes positives, Taine est la pour le prouver, sont foncitrement inefficaces; on peut les y transporter ; elles auront quelque prise sur ce par quoi l'homme rentre dans la nature, non sur ce par quoi il s’en distingue, c’est-a-dire sur ce qui fait homme. Enfin, au-dessus de |’ « ordre » humain, le complétant et le couronnant en quelque sorte, lui donnant tout son

* é ee sens et tout son prix, I’ « ordre » moral et religieux. .

« Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob, non des. philosophes et des savants. » Ici, la méthode expérimentale et la méthode déductive n’ont plus leur raison d’étre!.

1. « Qu’est-ce qu’une religion, a dit admirablement M. Gaston Paris,

qu’est-ce qu’une religion qui n’admet pas l’intervention de Dieu dans la ~ vie, qui, par conséquent, ignore la priere et qui ne promet pas une vie; future pour réparer les injustices de celle-ci? Lant quit y aura des dmes qui ne pourront pas se contenter de la science ou plutot de Vignorance humaine, qui ne pourront pas se résigner 4 naitre pour mourir ef 4 mourir sans savoir pourquoi, elles n’appelleront religion que ce qui leur donnera une explication du monde et une promesse de bonheur infini. En mettant fin au messianisme terrestre, en proclamant que son royaume n’est pas de ce monde, Je christianisme a détaché & tout jamais la religion de la science et de Ja politique; i lui a créé un domaine propre qui existe désormais en dehors et au-dessus, des autres, et le seul ot eile soit vraiment elle-méme. » (Penseurs eb poetes, p. 82-33). M. Faguet a bien raison de vouloir placer cetle page en note a quelques-unes des Pensées de Pascal,

Et ceux qui, aa nom d’une science qui n’est pas faite encore, mélant les genres, confondant Jes ordres, brouillant —

~ les points de vue, persisteraient & vouloir « introduire la

religion dans la science », ou inversement, « la science

’ dans la religion », faudrait-il, aujourd'hui surtout, apres ‘tant de mécomptes successifs, hésiter avec Pasteur a les ~appeler « des esprits faux »?

Voila done quelques points, entre autres, sur lesquels il semble malaisé d’accepter les enseignements de Taine. Mais en revanche, sur combien d’autres, il nous a prodigué des lecons fécondes, et des exemples qui ne seront pas

' perdus! Je ne parle pas de sa noble vie consacrée tout

entiére 4 la recherche implacable du vrai, de son patient et infatigable labeur, de sa douceur stoique a suppor-

ter des critiques qui, plus d’une fois, l’ont fait souffrir,

enfin de la croissante préoccupation morale et sociale qui,

> au dire de ceux qui l’ont bien connu, se trahissait dans les

dernitres années de sa vie par des angoisses intérieures

rappelant de trés prés celles de Pascal, et qui, apres le lui ‘avoir inspiré, a si souyent percé dans son dernier livre.

Car on’ peut tirer de son ceuvre des lecons plus précises

~ encore. Nous ne croyons guére avec lui qu'on puisse expli-

quer par les « grandes pressions environnantes », par la « race », le « milieu » et « lemoment » la supériorité des

» grandes ceuvres de l’art et dela civilisation humaine. Néan-

moins, nous tenons un grand compte de ces données quila mises si fortement en lumitre; nous ne nous flattons plus maintenant de penser uniquement par nous-mémes, et,

~ aprésl’avoir lu, nous sourions des prétentions de ceux qui, a

lexemple de Descartes, s'imaginent pouvoir faire table rase de tout ce que leurs ptres ont pensé avant eux; nous lui savons eré de nous avoir montré que les grands hommes ne sont pas des « superhommes », quils ne sont pas des isolés dans leur temps et dans la longue série des généralions successives, et que, bien loin de ressembler au

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‘ Moise de Vigny, au héros « puissant et solitaire 3, ils ne “sont grands que de toutes les velléités diffuses qu'ils syn- -thétisent et qu ils expriment, que de tous les avortements “obscurs qui ont précédé leur naissance, que de tous les efforts aveugles des « ouvriers innombrables qui travaillent sourdement et tissent la irame infinie de l’histoire ». « Tels que des flots dans un orand fleuve, nous avons chacun “un petit mouvement, et nous faisons un peu de bruit dans Je large courant qui nous emporte; mais nous allons avec ‘les autres et nous n’avancons ‘que poussés par eux. »

Comme Pasteur en physiologie', Taine nous a fait com-.

prendre le role des « infiniment petits » en histoire; dans le présent, il nous a fait voir la survivance du passé, et la préparation lente et laborieuse de l’avenir. C’était restau— rer la tradition sur ses vraies bases, et nous donner par les faits la plus éclatante lecon de solidarité sociale.

Mais son cuyvre comporte un autre enscignement, Tron ©

moins précieux, non moins fécond, et qui, ce semble, est en voie de porter ses fruits. Se défier des idées toutes faites et des formules retentissantes, étudier les faits avec conscience, avec méthode, passer toutes ses conceplions abstraites au crible de l’expérience, éviter les conclusions trop hatives et les jugements précipités, étre modeste, navoir qu'une confiance limitée en son sens propre, croire que les questions spéciales exigent des études et une compétence spéciales, qu'on ne s’improvise pas plus homme d’Etat que chimiste; mais pour’cela, ne pas se croire tenu ‘dabdiquer toute pensée, toute initiative et toute chaleur d’Ame; au contraire, ces faits que l’on rassemble et que

Von étudie curieusement, en rechercher le sens intime et '

tacher d’en dégager la loi générale, ne-s’arréter que lors-

1. Voir la belle étude que M. E.-M. de Vogiié, dans son livre Denant

de siécle (A. Colin, 1896), a intitulée 4e Legs philosophique de Pastemr, et aux Appendices, admirable fragment du polypier.

Re ate PR ery er ee ee

qu'on Tana découverte; mais races cette Aerie une Cee )trouvée, l’embrasser avec ardeur, s’ y livrer avec enthou— siasme, la répandre avec passion; travailler, en un mot,.

de toute son activité et de tout son pouvoir a faire sortir “y Vidéal du réel ; si c’est bien 1a limpression derniére que’ Yon emporte d’un. long contact avec Taine, on ne yoit -

pas de conseil qui soit mieux adapté aux besoins et aux

aspirations des générations nouvelles. Et c'est sans doute — pourquoi elles. reconnaissent en lui un maitre dont la pen- 7 sée, dont le souvenir et dont la gloire ne les quitteront — pas de sitét.

CONCLUSION .-

«.Penser, surtout penser vite, est une féte. L’esprit y trouve une sorte de bal; jugez de quel empressement il sy porie‘. » Ce mot de Taine me parait si caractéristique, il rend si bien compte de la nature et des limites de son génie, des mérites et des lacunes de son ceuvre, qu il me suffira presque de le rappeler pour résumer. les pages qu’on vient de lire.

Comme le lui avait prédit Vacherot, dés V’Ecole normale, Taine a vécu pour penser. « J’ai besoin de penser, disait-il, comme mon estomac a besoin de manger®. » Peu d’esprits, certes, ont plus joui des idées, ont pris plus grand plaisir a les inventer, 4 Jes manier, a les enchainer, & les suivre ou elles le conduisaient, & en composer de

subtils et puissants assemblages. Mais, a la différence de quelques autres, il voyait dans ce jeu non seulement le plus noble emploi de l’intelligence, miais encore, mais surtout le plus utile pour ses semblables et pour lui-méme. Il était le contraire d’un dilettante ou d’un sceptique. Il avait littéralement une dme de croyant. « Si l’on veut

comprendre une ceuvre d'art, éerivait-il, il faul y croure*, »

1. Histoire de la littérature anglaise, éd. actuelles, t. III, p. 273.

2, Lettre inédite du 3 juillet 1870.

3. Introduction au livre The Hundred greatest men, vol. Il (Londres, 1879).

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210 Me “ESSAI SUR TAINE

Voila pourquoi il a cru & la Science, & sa compétence ab-

solue, A son efficacité sbuveraine, avec une candeur, avec

une ferveur mystique qui sont vraiment touchantes de la

part de ce haut et ferme esprit. — « Et ensuite? » de-

mande un des héros de M. Bourget, croyant sincere et

candide, 4 un dilettante qui vient de lui exposer sa con~

ception de la vie, son besoin et sa passion de tout com-— prendre. — « Il n’y a pas d’ensuite & la pensée », répondit

le jeune homme, « c’est une débauche comme une autre, et

c'est la mienne. » Il faut dire & ’honneur de Taine que ce

singulier état d’dme lui fut toujours étranger, et lui eit

été justement odieux.

~ Seulement, il a pensé trop vite. Il a été trop pressé

d’avoir un systéme, et de trop bonne heure, avant que

des réflexions, des lectures suffisantes, avant surtout que

l’expérience de la vie et des hommes n’eut fait son ceuvre,

il en a arrété, il en a acceplé plutét d’autrui les lignes

directrices et les theses fondamentales; et, ces postulats de

sa doctrine une fois fixés, jamais plus depuis il n’en a sé-

rieusement vérifié les titres. Dans son ardeur juvénile et. dans sa noble impatience 4 se former des convictions doc-

trinales et A se créer une « croyance », il avait embrassé

comme « évidentes » des idées dont la clarté n’était faite

que de leur excessive simplicité. Les idées trop simples risquent fort d’étre des idées étroites ou des idées fausses :

da réalité n’est pas simple; il faut pour lui arracher son

secret plus d’une méthode; il y faut une complexité d’es—

prit et une fertilité d’imagination qui puissent rivaliser de ressources avec ce Protée insaisissable, aux formes changeantes et ondoyantes, qu'il s’agit d’étreindre et d'ex-

pliquer. Croyance & Ieniversel déterminisme, a la parfaite « adéquation » de'‘la philosophie et de la science, a l’opposition absolue, irréductible entre Vidée religieuse sous sa forme catholique et la science moderne, voi quelques-

uns des principes que, sous Vempire de Spinoza et de —

CONCLUSION

Hegel, Taine, & vingt ans, avait acceptés conime si évidents, quil ne s’est plus guére soucié d’en controler le - bien fondé. Le mal n’ett pas été grand si son génie lavait porté vers les sciences de la nature: un savant, dans son laboratoire, peut avoir telles théories spéculatives qu’il lui

plaira; ses expériences et, partant, ses découvertes n’en

seront nullement compromises; et méme, l’on peut soute-

nir que des convictions résolument déterministes l’aide—

ront plutét qu’elles ne lui nuiront, a trouver les lois’ des phénoménes qu'il étudie. Mais en art, en critique, en histoire, il n’en va plus tout & fait ainsi. A l’entrée de ce nouveau domaine, les pouvoirs de la méthode expérimentale, de esprit géomeétrique expirent; cest ici le régne de la contingence et de Vesprit de finesse. Et si Taine avait pu tenir l’audacieuse gageure qu'il avait faite avec luiméme, sil avait appliqué 1a sa méthode inexorable, son inflexible déterminisme, il n’etit été que le plus paradoxal des esprits systématiques. Il ne sy est, du reste, que trop longtemps efforcé.

-Et cependant, « il est trés grand ». Ce mot de M. Jules Lemaitre restera, je crois, sur l’auteur de la Littérature anglaise et des Origines, le jugement méme de la postérité. Cela tient d’abord a ce qu'il fut un des maitres les plus incontestés de la langue. La forme d’art qu’il s’est créée pour y couler sa pensée est si personnelle, il y a si bien mis sa marque propre, qu’on la reconnait entre mille autres : une page de Taine n’a pas plus besoin d’étre signée qu'une page

de Voltaire ou qu’une page de Chateaubriand. C’est peutétre 4 cela, quand on y songe, qu’on reconnait un grand écrivain. Certes, il y a en frangais des styles plus aisés, plus séduisants, plus spontanés peut-étre que le sien. Mais iln’y en pas de plus éclatant, de plus dominateur, de plus pressant. Il nous prend, a la fois, par les yeux et par Vesprit. Je ne connais, peut-ttre, en notre langue que Pascal pour parler mieux et avec plus de succ’s 4 Vintelligence et a

Vimagination tout ensemble. Renan s’insinue davantage; ae. du premier coup, s “empare de son lecteur. Mame

quand on lui résiste, on ne peut s *empécher d’admirer ce

riche déploiement de pensées fortement liées et d’images sans cesse jaillissantes, ce mouvement rapide et continu qui soultve et emporte tout, ce souffle puissant, large, élevé qui semble résonner a travers un clairon d airain, cette fécondité inépuisable dinvention verbale, et, par dessus tout, cet enthousiasme, cette verve poétique, ce besoin passionné de persuader, de convaincre, de ravir Vadhésion de Vintelligence et d’obtenir l’assentiment de la volonté. Penseur vigoureux et hardi, pour la force, l’originalité et lampleur de la pensée abstraite, il a eu chez nous, cela est certain, des égaux et des maitres. Ecrivain, il a eu des egaux sans aucun doute; je ne crois pas quil ait. eu des supérieurs. ; Mais, plus encore que son style, ce qui fait la vraie grandeur de Taine, c'est qu'il eut une ame tres noble, ét, quelque effort qu il ait fait pour ne pas méler sa personne a son ceuyre, on sent sa personne a trayers ses livres. Ils sont rares céux qui laissent une ceuvre considérable et justement admirée, et dont on peut dire que les écrits donnent une idée insuffisante et imparfaite de l’'dme qu’ils recouvrent et qui les fait vivre. Taine fut du petit nombre de ceux-la. Chez lui, ’ homme fut supérieur a leeuvre. Et heureusement, homme s'est involontairement trahi dans son cuvre. Il y a mis son incomparable sincérité,

celle. sincérité qu’on sent si entitre et si absolue, qu’on ©

lui-pardonne jusqu’it ses plus graves erreurs. Il y a mis sa touchante et sorupuleuse probité, cette probité qui fut si

parfaite en lui qu'on a voulu en faire sa « faculté mai-

tresse », et qu’en tout cas’ elle a fini par effacer presque tous les inconvénients du systeme qu'il avait concu.

En. effet, s’asservissant tout le premier a la méthode

d'observation minutieuse et précise dont il n’a cessé de

mak - ase wt x Ps X PaAg era nem cn Prats CONCLUSION“ a3 récher l’observance, il a laissé, — moins complétement P P

que d’autres, mais aussi complétement que sa nature d’es-

prit et que son systéme le lui permettaient, — il a laissé, ©

nous l’avons vu, Tes faits qu'il étudiait déposer en lui, st Yon. peut dire, le fond de vérité objective quils comportent; par ce biais, la réalité a fait comme irruption dans: le systéme; le systéme était brisé, et avant que. le philosophe n’eut le temps de reforger sur elle les « nceuds d’ai-

rain » dont il avait chargé sa pensée, celle-ci, reprenant

contact avec le réel, s’enrichissait de mille apercus nouveaux et féconds, s’aflinait, se précisait et s’élargissait en. tous sens. Et cest ainsi que ce dur logicien a pu étre, presque malgré lui, un critique, un historien, un esthéticien et un eectinis de trés haute valeur. D’autre part, la vie, la réflexion, l’étude opéraient en lui cette lente et subtile transformation intime qu’elles opérent chez tous les hommes. Trop consciencieux pour ne pas tenir compte

de ces progrés de l’expérience, il évoluait donc: il évoluait

Pros P | 3 pour ainsi parler a l’intérieur de son systéme; et quand: celui-ci, décidément trop étroit, finit par éclater sous la

poussée du dedans et sous la pression croissante du dehors, sans doute, Taine y était attaché de trop longue date pour’ nen pas conserver quelques débris qu'il jugeait encore solides; mais, de plus en plus, il laissa sa pensée s’en éva-

der pour aller ressaisir la plupart des vérités « utiles, sa-

lutaires ou nécessaires » qu'il avait trop légérement dé- 4 daignées jadis. Et, réparant d’un coté ce qu 'L avait détruit

probité morale avait donnés a sa logique abstraite, dé voir.

# son cuvre rejoindre celle des « es prits véritablement bienfai-

sants » qui éclairent pour nous la route obscure de l’avenir.

de r autre, il méritait, par Jes démentis successifs que sa

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