‹ Essai sur Taine, son œuvre et son influenceChapitre 48 sur 86 · EXTRAITS DE QUARANTE ARTICLES DE TAINE NON RECUEILLIS DANS SES OEUVRES · texte numérisé non relu

EXTRAITS DE QUARANTE ARTICLES DE TAINE NON RECUEILLIS DANS SES OEUVRES

M”* Taine a bien voulu: m’autoriser 4 publier ici des extraits de ces pages perdues, presque inédites, qui, je l’ai dit et je le répéte encore, sielles étaient toutes réunies, formeraient sans doute au moins deux ou trois volumes. d’Essais de critique et dhistoire. Pour éviter les doubles. emplois, je n’ai pas reproduitles passages qui avaient été utilisés au cours de l’étude qu’on a lue plus haut. J’ai relié ces courtes citations par de trés rapides analyses, de maniére 4 ce qu'on put toujours saisir le dessein et le mouvement des divers articles qui les avaient fournies. J’ai essayé de rassembler les morceaux les plus caractéristiques ; mais, n’ayant pu dépouiller tout a loisir les journaux et revues d’ou je les ai tirés, je crains que. mon choix n’ait été parfois un peu arbitraire. Que ceux qui n’ont jazuais di, dans un temps fort limité, dépouiller a la Bibliothéque nationale, jour par jour et numéro par numéro, je ne sais combien d’années du Journal des Débats, du Temps et de la Revue de V’Instruction publique ',

1, M™ Taine et M. Augustin Leger m’ont d’ailleurs bien facilité ce dépouillement par diverses indications qui m’ont été des plus utiles. Kt Yon devra aussi a l’érudite obligeance de M, de Spuwiberch de Loven)ouh une dizaine des fragments qu’on Va lire.

que ceux-la, dis-je, me jettent la premiére pierre! Tels quels, jose espérer que ces fragments suffiront & montrer Vintérét de forme et de fond qui s’attache 4 ces pages, trop aisément dédaignées par le grand écrivain, et & en faire réclamer 4 qui de droit la publication intégrale*.

En attendant, je crois me faire Vinterprete de tous les dravailleurs et de tous les admirateurs d’Hippolyte Taine, en priant sa veuve, pour la si gracieuse libéralité dont elle,a fait preuve a notre égard, de vouloir bien agréer leur reconnaissance et la mienne ?.

C. de Witt, Histoire de Washington, etc., avec une étude sur Washington, par M. Guizot.

« M. Guizot a publié en 1889 l'étude qui forme la rf ‘partie de ce volume. A notre avis, il n’a jamuis rien écrit de plus éloquent. La précision, la male énergie du style, la grandeur des vues, V’élévation morale, l'autorité et l’ascendant de la science et de la conyiction sont en lui des qualités ordinaires. IL y a joint cette fois un élan, une yerve et une ardeur singuliéres. L’ceuvre est comme une statue coulée d’un seul jet. Le discours entier est prononcé d’une haleine, avec une franchise et une fierté de ton, une ‘aisance de style, un enthousiasme contenu et soutenu dont il y a peu d’excmples. IL semble qu’au spectacle d'un grand homme verlueux et heureux, l’Ame. de l’écrivain ait vibré d’une émotion subite et nouvelle. Mais cette étude n’était ni Ja biographie du fondateur de la liberté, ni Vhistoire de la fondation de l'Union

américaine... M. de Witt vient d’achever Il’ceuvre. La construction nouvelle n’est pas indigne de l’ancienne. Si elle n’a pas la

t, La famille de Taine me prie de faire savoir publiquement que toute autre reproduction de ces « extraits » est rigoureusement interdite.

z. J’ai retranché dans cette secondé édition les extraits d’articles qui m’ont paru les moins irnportants et ceux aussi qui ont déja ou seront recucillis au complet dans l’édition définitive des Essais de critique et

Whistoire, Le nombre des extraits a été ainsi réduit de soixante a quawante.

St ashe he aera ‘ Pray roe so Ee Byte is ‘oe . 4

méme grandeur, elle a le méme style, et l’on pense, en lisant ces deux écrits réunis dans un méme ouvrage, a ces doctes architectes ~du moyen age qui, de péreen fils, se transmettaient Vinspiration, et la science et travaillaient tour 4 tour a élever le méme monument. ». == « Le premier mérite de ce livre est d’étre vrai etde’ ° le paraitre. » — Eloge de la yéracité et de Vampartialité absolues peu de de Witt. — « Cette qualité est d’autant plus précieuse que 5 Phistoire aujourd’hui, manic¢e par des artistes, se rapproche parfois du roman. Nous voulons gagner et garder l’attention du lec-. teur, lui présenter des scenes émouvantes, des figures en haut ; relief, capables de faire contraste avec la vulgarité et la monotonie des personnes qui l’entourent. Nous grossissons les traits pour Jes mieux faire ressortir; nous effacons les disparates d’un caraciére, de peur d’atténuer !’impression que nous voulons produire, et notre récit devient plus intéressant et moins vrai... M. de hs Witt donne a V’esprit un véritable bonheur, celui de la certi- i. tude. » — Eloge de sa conscience d’érudit. « Saint Francois de ! Sales disait un jour qu'il avait compulsé 14 in-folio pour composer une certaine page sur la grace, Heureusement, nousn’avons | plus aujourd’hui a traiter de Ja grace. Mais le labeur qu’impose A nos écrivains la recherche de la vérité humaine est: encore énorme, et c’est une gloire singulitre que l’accepter tout entier et le soutenir jusqu’au bout. » = « M. de Witt a le gott dé la be politique .. Il est homme d’Etat plutét qu’artiste... En politique, a al a le noble amour des idées générales, et améne fréquemment ~ Vhistoire dans le domaine de la philosophie... » — Ses sympa- ‘thies aristocratiques : « Cette inclination est fréquente dans les esprits distingués, calmes et calculateurs, Leur distinction les éloigne de la foule; leur sang-froid ne s’accommode pas des vio- ns lentes passions du vulgaire, et leurs habitudes de réflexion et ; d’analyse leur font mépriser comme des facultés trompeuses |’ins- ‘tinct et l’enthousiasme qui gouvernent le peuple. Ils le regardent comme une force ayeugle et terrible qui peut tout pour le bien et pour le mal, et qui s’épuise ou se brise si une main prudente ne vient pas la guider... » == « Le style est tel qu’il convient 4 une pareille pensée, solide, parce que toutes les expressions sont des idées; travaillé, parce que toute idée est l’effet d'une réflexion; ’ sobre, parce que 1a ot lesidées sont précises et les réflexions accumulées, il n’y a pas besoin de couleur, Dans chaque phrase, fous les mots portent, et chaque mot est un résumé... » + Exemples. = « Au reste, si l’auteur préfére le style du raisonne- ~ ment ct de l’analyse, c’est qu’il le veut bien; il en a plusieurs ‘autres... Les esprits mesurés et réfléchis se contiennent volonliers. Ils craignent l’emportement de la verve, ils évitent la pas- ‘sion par excés de raison et de bon goiit; ils n’aiment pas 4 donner ‘leur émotion en spectacle; ils mailrisent leurs coléres et leurs

BS}

4 a re . 7. OR pate aw

sympathies de peur de laisser fléchir la droiture de leur jugement; ils Jaissent deviner par ce qu’ils ont fait que!quefois ce qu’ils. “pourraient toujours faire. » — Exemples. = « L’auteur a de esprit, comme de Vimagination, un peu contre son gré: et il en cache plus qu’il n’en montre. Les traits satiriques se présentent & !ai comme les images; mais il réprime son style moqueur pour demeurer grave, comme il tempére sa verve-pour demeurer équitable. Il reste cependant ¢a et la assez de phrases piquantes pour montrer qu’il en sait faire, et que si parfois elles manquent, c’est qu'il a pris soin de les effacer..La satire est courte, jelée en passant a la dérobée, avec une discrétion qui Ja rend plus pergante ; la malice grave est le meilleur des sarcasmes. » — Exemples. = « Ces citations en disent plus que toutes nos remarques, et le lecteur peut voir maintenant ce que promet ce livre qui est un début. Beaucoup de science, un parfait équilibre de jugement, une intelhigence élevée et sérieuse, une réflexion attentive, un grand sens politique, un style serré, exact et sobre; toutes les facultés qui donnent 4 Vhistoire la vérité, et & Vhistorien la clairvoyance : telles sont les qualités \que l’auteur a cultivées dans son esprit de préférence 4 d'autres plus populaires, qui ne demandent qu’a naitre, qui déja se levent & demi, aimables et brillantes, et qui demain, s'il le permet, s’épanouiront dans toute leur fleur. » (Revue de l’Insiruction publique, 12 avril 1855.)

La Rochcfoucauld, Mazimes morales.

Eloge de l’édition, du préfacier (Sainte-Beuve), de l’annota- teur (M. Duplessis) : « Il s’est montré historien, et point pédant ; il n’a point prétendu venger la morale; il n’a point cherché & prémunir l’d4me innocente du lecteur contre le yenin. de l’ouvrage ; il indique, avec un demi-sourire, pour ceux qui goutent ce genre d’éloquence, la critique, bruyante et vertueuse de M. Aimé Martin, Il veut étre éditeur et rien de plus. » — Les commentaires contemporains sur les Maximes, rassemblés par M. Duplessis, et leur intérét : les Maximes sont nées dans les salons. = « Le chevalier de Méré est de ce cercle; c’est l’honméte homme de profession. Il tient école de bon gout, de hon Jesprit et de bonnes maniéres, un peu doctoralement, mais avec mesure ef en termeg excellents. Il est-dans un coin de chambre avec M. de La Rochefoucauld, téte-a-tdte Hs dissertent ensemble

il iain iad E

auites

APPENDICE 1” Belg oe oT sur "homme. sur les vices, sur les vertus, sur le bonheur Le chevalier, qui professe volontiers, améne dans la conversation une théorie de Vhonneur et du savoir-vivre. M. de La Rochefoucauld tourne & l’instant sa pensée en sentence; son esprit avait pris le pli: « Je serais assez, de l’avis d’Epicure, dit-il, et je crois qu’on pourrait faire une maxime que la vertu mal entendue n’est guctre moins incommode que le vice bien aménagé n’est agréable. — Ah! Monsieur. s’écrie le chevalier, il s’en faut bien garder. Ces termes sont si scandaleux, quils feraient condamner la chose du monde la plus honnéte et la plus sainte. » Et’ M. de La Rochefoucauld se corrige; sa parole a dépassé sa pensce; dla été trop vif comme d’ordinaire; Vagrément du paradoxe Va emporteé; il voulait rendre la vérité piquante, il l’a rendue cho-

uante. Nous assistons & la premiére édilion d’une maxime. Elles sont toutes nées ainsi... »» — Composé dans les salons, , le livre fut lancé par eux. — « Ainsi lancé, le livre fit son chemin dans le monde, Il en était digne et, au bout de deux siécles, apres tant d’éloges et tant d’études, on peut encore louer et étudier Vauteur. » = « Il était grand seigneur et cavalier, et yeut le paraitre. » — Développement et preu'ves. = « Il est chrélien, et tout grand seigneur qu'il est, il ouvre son livre en jetant un regard inquiet vers la Sorbonne. Il ne veut pas avoir les devots contre lai... Au xvue® siecle, toutes les fois qu’on entamait -un sujet de philosophie ou de morale, on se tournait vers l’Mglise, on demandait la permission de parler, on faisait une révérence respectueuse, et l'on entrait en matiére, en examinant de temps en temps les quatre coins de Vhorizon pour voir & temps sil ne s'amassait pas en quelque endroit un orage théologique... » = « Hl avait certainement le cceur généreux... Il ne réclame pour lui ni Ja vertu philosophique, ni la vertu chrétienne, mais la bonté naturelle qui est une passion, et le sentiment de Vhonneur qui est

un orgueil. » = « Ces deux inclinations remplissent son livre de pensées fires et délicates... » == « Il sentait son mérite », et le . disait. — Sa réelle délicatesse. == « D’out vient que son livre est

si triste, et pourquoi n’a-t-il vu dans VYhomme que les vilains cétés ? IL était fort mélancolique.,. Il se rephiait sur lui-méme... Les gens concentrés sont des juges sévéres; l’analyse n’améne pas Vindulgence; la réflexion enlaidit les objets, et les souvenirs de La Rochefoucauld n’étaient pas faits pour le réconcilier avec les hommes, » — Ses expériences de la vie. = « On fit devenu misanthrope 4 moins, Dira-t-on qu’il lest trop? Que parfois il ait exagéré le mal, on l’accorde ; mais songeons que, dans une sentence, la forme emporte le fond, que dans ce genre de style, on incline vers le paradoxe pour atteindre a l’art, que des maximes sur le cceur ne sont pas des théoreémes de géométrie, et que des vérités littéraires ont le droit d’étre des demi-faussetés. Apres

t “Rae

wn —

222 , ESSAI SUR TAINE ‘ a2 tout, que dit-il de si. immoral? Que l’intérét, Yorgueil, la vanité, Vamour de soi, le tempérament, la coutume sont nos ressorts ordinaires, et qu’on retrouve le plus souvent des passions ou de Végoisme dans-ce que nous appelons nos vertus. Cela est évident de soi-méme, et on n’a besoin que de regarder autour de soi et en soi pour savoir que de dix mille actions, le pur sentiment du devoir n’en produit pas deux. Un honnéte homme refuse de voler, mais par orgueil bien placé, et parce qu'il ne veut pas se mépriser

‘Pidée de son mal qu’a V’idée du mal de son enfant. Nous avons de . belles passions et de nobles mouvements d’amour-propre, mais la

‘vertu véritable, telle que la définissaient les stoiciens, n’est guere

que dans les livres et ne peut guére étre que 1a. Enfin, a Page

qu’avait La Rochefoucauld, ce gout pour la satire est excusable,

parce qu’il est naturel. Dans tout homme d’esprit, l’imaginatiom

est d’abord artiste; on suppose volontiers, en entrant dans le

monde, que le monde est beau et que les hommes sont bons. Le

monde el les hommes contribuent 4 l’illusion et jouent la comédie; au bout de quelques années, on est détrompé; on sait ce qu’il y a derriére les bienséances et les apparences; on s’attache par coniraste a déméler les vérités cachées sous Ja représentation officielle; on aime 4 trainer sur la scéne les acteurs dépouillés de leur masque; on a besoin d’exposer au public le secret des coulisses. Ce gout du vrai devient préoccupation; on n’apercoit plus qu’um edté des choses; on se venge d’avoir été crédule en devenant sceptique. On croit au mal avec excés, aprés avoir cru au bien -avec excts. On devient artiste et homme d’imagination, mais en sens inyerse. Hst-ce un danger pour le lecteur?... » = « Son style porte ’empreinte de la société ov il est né; il est d’une exactitude parfaite... » == « Ce dessin si pur n’admet qu’une couleur modeérée, » — Rareté des métaphores : « elles se cachent volontiers dans les verbes. L’auteur. est plutét un homme d’esprit. .qu’un artiste... Aujourd’hui la domination de la société et des. convenances est amoindrie; on parle a un public plus vaste et plus mélé, Souvent méme, on pense tout haut, et l’on se parle a soi-méme. L’imagination plus libre se répand en métaphores plus. riches; on peint a plus gros trails: 1a ou l’écrivain du xvire siécle posait une légére teinte demi-grise, V’artiste du xrx@ sidcle applique rudement une large plaque de pourpre éclatante : le moyen sur de bien comprertlre la différence des deux mondes est. de lire tour 4 tour une page des Magimes et une page de M. de Balzac. » = « Si Ja loi des bienséances mondaines demandait un style modéré, le besoin de plaire exigeait un style fin et piquant... La Rochefoucauld tombe parfois dans le joli... La littérature classique, fruit de la société la plus polie et la plus parfaite, finit ainsi par des‘gentillesses de style, des pompons. et des colifichets. |

jlui-méme; une mére se dévoue parce qu’elle souffre moins a é

ma, 4s": * ANG Be ee oe : Dae veers a APPENDICE I 4 g 223:

La forme était exquise, et le fond stérile; on disait si joliment les choses, qu’on ne disait plus rien; il fallut’ une révolution dans. f esprit de ’homme pour ramener sur la scéne la pensée et l’invention, toutes deux grossiéres, mais puissantes; de Malherbe & Delille, esprit de Phomme a fourni sa premiére course; depuis. cinquante ans, il en fournit une seconde, et ]’on ne sait encore ou, “ea cette fois, ils’arrétera. » == « Les livres comme celui-ci sont des. 2 pages d’histoire. Les détails littéraires y sont des peintures de ieee meeurs et la forme du style explique l’esprit du temps. S’il est ea agréable de lire une description du cceur et la trouver vraie 200 ans aprés qu’on I’a faite, il y a plus de plaisir peut-étre a reyoir d’imagination un salon du xvir® sitcle, les physionomies. diverses des personnages, le genre et le ton de la conversation,

leurs répliques et leurs gestes, et par-dessus tout la figure d’un ie

grand seigneur, chrétien par conyenances , hommes de lettres par ie occasion, cavalier et gentilhomme dans ses préfaces , rédacteur ou ag es correcteur d’articles dans son cabinet, moraliste par souvenirs et par ay tristesse, d’un coeur éleyé et sincere, d’un esprit pénétrant et pro- "Tan fond, qui prit ses maximes dans les actions qu'il avait vues, son i in

style dans:la société quil fréquentait, qui fut penseur et écrivain

parce qu’il fut homme d’action et homme du monde, et qui nous. jee a laissé, en peignant Ja nature humaine, un portrait de la société, oes et de son temps. » Re

(Revue de l’Instruction publique, 19 avril 1855.)

Edmond About, Tolla.

« La Revue n’a pas coutume de rendre comple des romans, et, if) faut bien V’avouer, Tolla est un roman. Nous n’avons donc pas la; prétention d’en parler au Jecteur. » = « Cependant, s’il venait de; paraitre un docte ouvrage en 3 volumes in-8%, ayant pour titre His-| me toire des meurs romaines au XIX sitele », qui aurait tels et tels mé-i rites, ne devrait-on pas en rendre compte ? == « Supposons maintenant un autre ouvrage également en 3 volumes, trés docte aussi,. tres psychologique, ayant pour but de raconter une histoire au-| i thentique et morale, et de peindre aux yeux toute la folie du| coeur... Si les lettres de Mile de L’Espinasse sont un document de: psychologie, notre in-8¢ en 3 volumes doit avoir place parmi les: monuments de |’histoire du coeur. » = « Maintenant, réduisez ces-

six in-8° & un petit volume; dtez tout ce qui serait ae . scientifique; au lieu de décrire anatomiquement les sen —

et les caractéres, montrez-les en action ; que ces peintures de meurs arrivent sans qu’on s’en doute, a limproviste, dans ts épithete maligne, dans un dialogue ; que. partout on sente air libre, le soleil italien, la grande ville potlique, la large et imposante campagne qui l’entoure ; écrivez Vhistoire dans ce ae net, vif, simple, spirituel, le plus frangais qu’on ait vu depuis ong temps, et que la Gréce contemporaine a fait connaitre au public ; vous saurez pourquoi le livre de M. Ed. About est amusant et vivant, et pourquoi nous neh rendons pas compte au lecteur. »

(Revue de UVInstruction publique, 3 mai 1859.)

Guillaume Guizot, Ménandre, étude sur la comédie et la société grecque. !

« Le lecteur se rappelle-t-il un conte indien ow tout d’un coup ane vieille dame, de noble figure, au front pensif, apparait & deux Voyageurs curieux qui veulent franchir le seuil de son palais magique > Enveloppée de longs voiles, avec un geste sérieux et d’une voix calme, elle raconte l’histoire des anciens jours, et développe aux yeux les mceurs et les actions des nations éyanouies, Elle sait les plus minces détails, comme les plus. grands événements ; il semble qu’elle ait vécu dans l’intérieur du foyer domestique comme dans le cabinet des savants et sur la place publique; a entendre. ses récils, on croirait quwils sont des souvenirs, et on est pret a sincliner devant elle avec respect comme devant une créature d’un autre age, contemporaine des héros morts il y a 2 000 ans, lorsque tout d'un coup elle sourit, et l’on reconnait le visage d’une jeune fille. » = « Telle est la premiére impression que laisse le livre... L’on se figure volontiers un savant de 50 ans, assis comme Faust, dans une haute chambre gothique, éclairée par des vitraux coloriés, devant un pupitre d’ébéne, sur un fauteuil de cuir antique, pendant qu’autour de lui, du plancher jusqu’au platond, des bi-

bliothéques garnies montent le long des murailles, et que des files

a auteurs venérables le regardent fraternellement du haut des Tayons, corame pour lui indiquer d’avance je casier ou dormiront ses ceuyres dans leur reliure et leur sépulture de maroquin noirci.,.»

a te

APPENDICE ~ rie) sno

science d’helléniste : développement et preuves. = « Ce jeune Grec est Francais, et s’en souvient & chaque page. » — Nombreux rapprochements avec les auteurs francais ou étrangers. — « Et ces citations ne sont point des compilations de commentateur. Elles intéressent, parce qu’en montrant en un méme sujet les différendées de sentiment et de pensée, elles révélent la diversité des civilisations et les changements de l’Ame humaine. L’auteur ne rapproche pas des phrases, mais des idées; il est historien du cceur et non professeur de style... Ce rapide défilé de vingt grands hommes illustres, qui passent en un instant sous nos yeux avec tous leurs contrasies, éblouit et anime Pimagination ; Vhomme se sent maitre du temps en yoyant la puissance quwil posséde pour ressusciter ensemble, et rendre contemporains dans sa pensée les personnages que l’espace et les siécles semblent avoir condamnés 2 une sépara- ‘hon éternelle. Gathe parle, quelque part, de ces royaumes du passé ow les pales fantémes des morts flottent en multitudes innom- brables, enyironnant de leur vapeur indistincle la scéne brillante ou s'agite la vie présente, ou se déploie la jeunesse des choses, ou palpitent des corps vivants sous la lumiére empourprée qui les colore. Cette demeure fantastique des ombres est notre pensée. C’est en nous que la vie éteinte retrouve quelque apparence de sa consistance premiére. L’historien et le poele sont les rénovateurs qui font rentrer le souffle de la vie dans ces froids simulacres ; et nous aimons ceux qui, aujourd’hui, 4l’exemple de Geethe, portant a la fois les deux mains aux deux extrémités de l’histoire, pareoureat en un instant la serie des siécles et la suite des Ames. Sur ce clayier sonore, partout ow ils touchent un nom, une voix s’éléve, yoix humaine et vibrante qui, en se mariant ou en s’opposant aux autres, produit tout 4 coup d’harmorieux et de nouveaux accords. » == « Les idées générales abondent dans ce livre comme les connaissances de détail. » — Développement et preuves, = « Cette richesse d’analyse et d’exemples n’a-t-elle pas un inconvénient ? » — Nécessité pour tout auteur d’une composition serrée et rigoureuse : « Aprés quoi, il doit condenser son idée dans une -formule portative, et ajouter : Voila toute ma pensée en abrégé ; elle n’est pas pesante, elle ne vous génera pas. Ayez la bonte de me donner une toute petite place dans votre mémoire; je vais l’y déposer el elle y restera sans que yous y songiez. A ces conditions seulement, le lecteur apprend et relient quelque chose ; si vous

n’ayvez pas soin de lui eviter toute peine, et de lui offrir deux, ans - de recherches résumées en une phrase de deux lignes, il laissera Ja vos recherches et sen ira trouver la prewiére bagatelle amusante. Il est comme un enfant qu’on chargerait de piéces d’argent, et qui, incommode par le poids de sa richesse, viderait ses poches

IJ

apt oat : ; io a Mais bientét, « & son ton, & son aisance heureuse, on a reconnu - un homme du monde et un jeune homme de 20 ans. » — Sa.

~essaie de refaire sa conscience ; des

A Y ‘ 1 y ’ . ae a ‘ 4 ; , a vee

et jetterait bien loin cette vilaine monnaie ; il faut, a la fin du livre, changer tous ces écus que certainement il dédaigne en un diamant qu’il daignera peut-étre accepter. » = « Deux mots encore sur le style. L’auteur a pris 4 Ménandre quelque chose du sien, la grace et la familiarité aimable, Il semble écrire sans ardeur etsans passion violenté, mais avec un demi-sourire tranquille et une sorte d’abandon aisé. Il aime les traits ingénieux et les rencontre sans effort; il indique des délicatesses de pensée par des délicatesses d’expression. Il choisit avec intention les sens et les alliances des mots, et nuance son style de couleurs fines ; il n’aime pas les contrastes brusques, les phrases tranchantes, |’élan impétueux de ja logique intraitable. Il caresse avec complaisance et d’une main légére les élégantes pensées qui s’élévent en essaims devant ses

yeux; -il aime 4 plaire et cueille volontiers des fleurs. La séve de

la jeunesse s’est déployée en lui par l’excés de l’érudition et par la prodigalité des idées générales; le naturel heureux et aimable s épanouit dans le style ingénieux ef souriant, et l’on ne trouve rien de mieux pour peindre ce Grec né- 2000 ans trop tard que ces vers du plus grand poéte de la Gréce... »

(Revue de VInsiruction publique, 10 mai 1855.)

Jules Simon, la Liberté de conscience.

« Ce volume est un ouvrage de fonds qui devient, aujourd’hui, un livre de circonstance. Qu’est-ce, que le droit de croire, de publier et de propager sa croyance, quels principes le fondent, quelles raisons l’autorisent ? Quelles difficultés a-t-il rencontrées, quelles lois le réglent ou l’altérent & Vétranger et en France, quels

-conflits il peut amener entre les pouvoirs spirituel et temporel,

voila des questions anciennes qui, tout d’un coup, sont devenues nouvelles. Il y a en matiére religieuse comme une renaissance de Vattention et de ’émotion publique, et non pas depuis six mois, ainsi qu'on le dit, mais depuis dix ans. L’interruption des débats politiques a ramené les esprits sur eux-mémes ; ils sinquiétent de philosophie et de religion comme sous le premier Empire, et pour les mémes raisons, Dans cette tranquillité de lopinion, chacun idées la préparent, et aussi des res de M. Simon en fournissent la preuve avec » — Leur succ’s, — « On peut done conclure que.

convictions. Les liv la matiére. >

APPENDICE I *, aaa

tous les gens capables de penser ont lu ces livres: cela prouve que le public intelligent se préoccupe, aujourd’hui, des questions morales, qu’il ne se rebute pas des fines déductions qui les enchainent, et qu'il sent le noble style qui les colore. Cela prouve aussi qua ja grande curiosité du cceur n’est pas plus éteinte aujourd’ hui quelle ne l’éiait du temps de Chateaubriand et de Mme de Staél. »

(Débais du re février 1860.) t

Letire i M. Alloury.

« Cette lettre, cher Monsieur, a pour sujet Varticle que vous yenez de publier sur les Philosophes francais... Non, mon cher maitre, je ne suis point un matérialiste. Je croyais avoir dit assez souvent et assez haut 4 quelle école j’appartiens pour n’étre pas mis dans une école 4 laquelle je n’appartiens pas. Je ne pensais pas que quelqu’un, aujourd’hui, pit confondre Hobbes et Hegel, Helyétius et Spinoza. Ce sont les deux extrémes; et ordinairement quand on Jes assemble, c’est de force, de parti pris, par politique, pour jeter sur les uns le discrédit qu’ont encouru les autres... Les deux philosophies qu’on veut brouiller en une se contredisent par Vesprit et la méthode, par la métaphysique et la morale, par le sentiment et le style. Qu’est-ce au fond que le matérialisme> Une sorte de bon sens négatif et destructeur qui consiste principalement 4 supprimer les yérilés fines et & rabaisser les choses nobles. Dire avec Hobbes ou Helvétius que tous les étres sont des corps ; que ces corps sont des amas de boules ou de dés & jouer diversement accrochés les uns aux autres ; que le sentiment est le trémoussement d’un petit filet blanchatre; que la pensée est la sécrétion d'un petit tube mollasse; que le bien, comme le droit supréme, est la conservation de notre vie et de nos membres, voila de grosses idées bien palpables qui réduisent les grandeurs et les délicatesses de Ja nature humaine a des ordures analomiques, comme elles réduisent la magnificence et l’harmonie de la nature éternclle au péle-méle d’un amas de billes secouées dans un panier. Mais, sérieusement, est-ce qu’on peut attribuer aux stoiciens, 4 Spinoza, 4 Hegel, des vulgarités semblables? J’ai exposé ici méme la doc- ' trine d’un stoicien, Marc-Auréle; quelqu’un peut-il nier qu il ait considéré la raison comme l’ame et l’ordonnatrice du monde, comme la substance et la souveraine de l’homme? JI suffit d’avoir feuilleté Spinoza pour savoir qu’il regarde la pensée divine comme absolument distincte de l’étendue infinie qu’elle représente, et la

Page 1