‹ Essai sur Taine, son œuvre et son influenceChapitre 50 sur 86 · C. Selden, Daniel Vlady · texte numérisé non relu

C. Selden, Daniel Vlady

L’4me du héros « est marquée d’une empreinte si distincte et si moderne que plusieurs personnes m’ont dit qu'il y a cu certainement un original, et que cet original est Chopin. » — « Ilyaeu trois sortes de musique depuis un siecle, comme aussi trois sortes de littérature : celle des gens calmes, celle des gens passionnés, celle des gens malades; avant la fievre, pendant la fiévre, aprés la fievre. Ecoutez Chopin : il diflére de Beethoven autant que Beethoven différe de Haydn. Apres la destruction de la société et de la. religion antiques, est venu I’élan généreux et douloureux de la: recherche et de l’espérance ; aprés cet élan, labattement des nerfsi détraqués et lassés. On n’écrirait plus Werther ni Manfred aujour-: d’hui; Goethe et Byron eux-mémes sont allés au-dela dans leurs derniéres ceuvres; l’esprit a fait un pas et dépassé son premier point de vue: il faut qu'il ait de nouvelles figures appropriees au { expérience acquise et aux besoins nouveaux... En yoici une. », == Analyse du roman ; — quelques défauls : « une partialité visible pour l Allemagne, une antipathie trop visible pour PAn4 gleterre..., mais surtout un dédain trop grand pour les procédés) ordinaires des romanciers..., eflets dramaliques, surprises, allentes

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et tout ce qui réveille l’attention. L’auteur en ceci semble un dis-, ciple de Stendhal... Sans doute, ce dédain est une preuve de force ; car on s’oblige par la a ne fournir au lecteur que de petits’

faits vrais...; on est contraint d’écrire un morceau de psychologie.

‘Néanmoins, il vaut mieux ajouter a l’exacte exposition des choses: ‘les ressources et les embellissements de l’art; cela donne prise sur le puolic; on a tort de n’écrire que pour une élite d’esprits cultivés... »

(Débats du 2 aout 1862.)

Auguste Comte, Cours de philosophie positive, 2° édition.

« Cette 2° édition, publiée 22 ans aprés la 1°¢, indique, parmi ‘beaucoup d’autres signes, que la curiosité publique se reporte vers un systéme qui semblait avoir vécu... » — Pourquoi on ignorait, Comte : « un homme ne peut pas tout lire »; — barbarie de son ‘style ; — bizarrerie de quelques-unes de ses découvertes, sa religion, son orgueil final.— Renaissance du systeme, — Infériorités évidentes de Comte : son incompétence et son dogmatisme en métaphysique, en littérature, en histoire, ea psychologie. — Mais « il est inventeur, et, si je ne me trompe, une partie de son ceuyre restera inébranlable. » — Sa conception de la science; — importance de cette conception. — « Il suit de la que la théorie des sciences est létude du principal organe, et pour ainsi dire du cceur vivant qui alimenlera toute la civilisation humaine. La gioire durable de

M. Comte est d’avoir le premier esquissé & grands traits cette

théorie... » — C’est « un savant qui pense », et non simplement «un savant qui sait ». — Sa Géométrie analytique. — « La véritable logique moderne se trouve dans son ouvrage », et non dans Port-Royal, ni méme dans Condillac. « Ce sont de pareils livres qui peuvent nous sortir de notre routine ; jy en ajoute trois autres : la Logique de M. St. Mill, l'\Hisloire des sciences inductives, de M. Whewell et le Traité de l’enchainement des idées fondamen-. tales du M. Cournot. S’ils ne sortent pas de la méme école, ils ont; été tous deux suscilés par la méme tendance... Nous ne sommes! pas simplement observateurs, nous sommes critiques, On peut! affirmer que cette tendance régne maintenant dans toute PEurope, © que la philosophic générale se transtorme aussi profondément que

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la Jittéralure générale, et l'on peut, sans trop de présomption, espérer qu’avant la fin du siécle nous atteindrons une nouvelle idée de la nature, comme nous avons alteint une nouvelle idée du beau. »

- (Débats du 6 juillet 1864.)

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M. de Bostaquet, Mémoires inédits et M. Fustel de Coulanges, la Cité antique.

Bostaquet était un gentilhomme normand qui essayad’échapper a la persécution religieuse en 1685. — « Non seulement on trouvera dans son récit le détail, les progrés, l’effet de la persécution religieuse et Jes circonstances frappantes que les Mémoires privés seuls peuvent conseryer; mais encore, comme la narration est une biographie compléte,on y verra une peinture de la vie seigneuriale et campagnarde au xvii® siécle... Cetle peinture est d’autant plus intéressante, qu’on s’apergoit, en la regardant, que depuis ce temps le caractére humain est profondément changé; l'homme alors était plus simple, moins exigeant en fait de bonheur..., en tout cas plus borné, mais en méme temps et par contre-coup plus ferme...,

en un mot, plus capable d’agir. » == « Le second ouvrage, celui de M. Fustel de Coulanges, professeur & la Faculté des Lettres de Strasbourg, est intitule la Cilé antique, et contient un exposé des meurs, du droit, des lois et de la religion des peuples helléniques et latins. Cet exposé est systémalique, mérite rare et presque sans .exemple en ce temps-ci, ou les mouographies et les recherches de détail se multiplient 4 Vinfini. Ce nest point un amas de faits qu’il nous donne, c est Vidée-mére des faits, la conception originale et particuliére d’ou est sorti le reste. Selon lui, pour comrendre les institutions, les sentiments et les actions des Grees’ et des Romains, il faut considérer la société antique 4 son origine, y -constater les cruyances primilives importées de l’inde, le culle du foyer et des manes, le plus ancien et le plus enraciné de tous. » — Rapide résumé du livre. « L’auteur montre, par un raisonnement trés simple et trés sur, le développement de ces dognts et de ces institutions primordiales, leurs ramifications, leur déclin, leur ruine, Son principe est fécond et ses déductions ingénieuses. Nous n’avons qu'une objection 4 lui faire :

il nous semble croire trop fermement aux conles el aux am-

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plifications de Tite-Live, de Plutarque et de Denys d’Halicar nasse. Les documents anciens sont comme un sac de médailles entassées : il y en a un quart de fausses et un autre quart de douteuses; c’est l’office de la critique moderne de les déméler et de leur assigner leur valeur. Au reste, cette objection n’atteint en rien l’idée principale du livre qui promet d’exposer la philosophie de Vhistoire grecque et romaine, et qui tient tout ce. qu'il promet. »

(Débats du 11 novembre 1864.)

Camille Selden, [Esprit des femmes de notre temps.

Dans Daniel Vlady, on a trouvé « un personnage principal

~ entiérement neuf et tout a fait moderne, arriére-petit-fils de René

et de Werther..., apprenant sans amollissement sentimental, sans illumination mystique, par Ja simple intelligence de ]ui-méme et des choses..., 4 s’élever jusqu’a ce développement complet de soiméme que son compatriote, le grand Goethe, présentait comme but unique et supréme a tout homme digne de ce nom. » = « Aujourd’hui, |’auteur aborde Ja critique... Les deux genres se sont si bien transformés depuis trente ans, qu’en partant de points trés éloignés, ils sont venus se rencontrer sur le méme ter: rain. » — Esquisse de ]’évolution du roman jusqu’é Balzac et & ses successeurs, quien ont fait « une grande enquéte sur homme » ; — évolution paralléle de la critique. — « On peut blimer une pareille tendance, mais on ne peut nier quelle ne soit dorinante, ni contester qu’au bout d’un ou deux siécles, l’enquéte poursuivie sur tous les points du présent et du passé, ordonnée en systtme, assurée par des vérifications constantes, ne doive renouveler les conceptions les plus importantes de l’esprit humain. » = « Le livre se compose de biographies, et non de préceptes. C’est ici que se présente le erand reproche qu’on adresse ala critique moderne, On veut bien accorder qu'elle est instructive; mais on nie quelle soit morale.., On la blame de ne pas conclure, et de laisser le cceur abandonné & lui-méme sans lui.indiquer un modéle parmi tant d’exemples qui se contredisent, sans lui marquer une voie parmi tant de sentiers qui s’entre-croisent. On peut répondre, ce me semble, qu’avant de batir une grande route, il convient d’explorer ‘le pays... Jusqu’’ présent, les hommes ont marché dans les chemins

ea - APPENDICE ae 935

anciens, yénérables sentiers frayés par la tradition et la routine, non par le calcul et la science, tortueux, divergents... Aujour- @ hui, plusieurs de ces sentiers, défoncés par le long usage, sont devenus impraticables... En de pareils moments, il n’est pas raison-

nable de jeter des pierres aux ingénieurs et aux Pionniers qui

sondent et jalonnent la plaine... En attendant, ils ne détournent. .

pas les voyageurs de l’ancienne; comme autrefois, la foule doit la suivre; il n’y a point encore d’autre passage; tout au plus quel-: ques perches dressées, quelques ponts batis indiquent la direction: nouvelle. Leur seule hardiesse est de considérer les vieux sentiers comme provisoires, et c’est cette hardiesse qui leur vaut tant d’in-'

jures... » Mais « ils affirment, appuyés sur toute l’autorité de |

Vexpérience, que si la grande enquéte instituée sur l’homme peut tonduire a mal les imprudents qui tirent d’une science incomplete des conclusions prématurées, cette méme enquéte doit conduire a

ien les esprits patients et réfléchis qui, avertis de notre ignorance

présente, n’étendent pas les applications au-dela des théories prou-—

vées... »

(Bébats du 26 janvier 1865.)

Joseph Bertrand, les Fondalteurs de Vastronomie moderne.

Eloge de l’auteur et du livre qui est « trés digne d’étre lu & cdté du Discours préliminaire de W. Herschell et de l’Histoire des sciences inductives de M. Whewell », et forme une excellente contribution 4 « une branche nouvelle dans les sciences historiques », « cette grande histoire philosophique des sciences qui n’existe pas encore, qui apparaitra sans doute la derniére, mais qui, certainement, sera la premiére de toutes, et viendra, 4 son tour, occuper, | enorgueillir et guider nos descendants ». — Cette histoire « n’est qu’ébauchée, elle enest au point ot en était histoire des religions et des littératures, il y a cinquante ans, Elle est restée entre les mains d’hommes spéciaux : on l’a faite isolément; on n'y a mar: qué que la filiation qui rattache une découverte 4 une découverte ; on n’a point rapproché le développement scientifique des autres,

cherché comment il se lie aux transformations philosophiques, littéraires et sociales, et comment’ toutes ensemble dépendent de certaines évolutions générales de l'esprit humain. Et pourtant, un

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savant n'est pas plus un étre abstrait qu’un théologien, un philo- . Sophe, un artiste ou un poete, il est plongé dans son temps... »— Ses découvertes dépendent de son esprit, de sa vie tout entiére, de lui-méme, et lui-méme de son milieu. — « C’est pourquoi, a notre avis, cette considération du milieu moral doit renouveler histoire des sciences comme elle renouvelle aujourd’hui lhistoire des religions et des littératures. »

(Débais du 26 avril 1865.)

O. Miller, Histoire de Ia littérature grecque, traduction Hillebrand.

« ... Nul n’est mieux placé que M. Hillebrand pour faire entrer chez nous les découvertes entassées depuis cinquante ans dans les grands magasins de la science germanique, et tout le monde sait aujourd’hui qu’en fait de recherches historiques, et surtout de philologie classique, c’est au-dela du Khin que nous deyons aller chercher nos documents. » — Miller : « ll est le rénovateur de la philologie hellenique au xx siecle. Ce fut un érudit, mais un érudit de génie. » — Sa conception-de l’histoire. — « L’histoire n’est devenue scientifique, organisée et positive, qu’en sortant de la philosophie vague et des dissertations éparpillées pour reconnaitre dans chaque nation une personne morale qui se développe par elleméme, et comme une plante, a travers les modifications que lui impriment les circonstances et le dehors. » — Mais Miiller n’est pas: un écrivain. — « C’est d’hier seulement, dans des ouvrages en cours: de publication, dans |’ Histoire grecque de Curtius, dans |’ Histoire romaine de Mommsen, que Allemagne commence non plus & professer, mais a parler, et bien des Allemands de vieille roche: se défient encore du nouveau style. » — C’est pourtant « le style: littéraire » qui « rend visibles les sentiments des hommes dont: nous faisons le portrait ou Vhistoire. Un grand historien me disait : Je rassemble, je contréle et j’ordonne d’abord mes matériaux, comme je ferais pour un Mémoire de |’Académie des Inscriplions; ensuile, )’écris mon livre comme un roman .. A mon avis, c'est la une lacune & combler dans |’histoire grecque... On aurait besoin d’un connaisseur d’hommes, d’un observateur passionné et délicat de toutes les singularités morales, d’un lettré

és

APPENDICE Ie

élevé dans la poésie, le roman, la critique, d’un esprit ayant

“emmagasiné en soi les innombrables formes changeantes et les

profonds mécanismes compliqués qui constituent et distinguent

parmi tous les autres le moindre individu humain, en un mot 3 a4 - 5 on 5D d’un Sainte-Beuve... Mais aprés cent hommes de talent, on voit

ordinairement venir un hommeé de génie; Mommsen a paru dans

Phistoire romaine, et nous pouvons espérer qu’un jour Vhistoire '

grecque aura son Mommsen. » ?

(Débais du 6 novembre 1865.)

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