‹ Essai sur Taine, son œuvre et son influenceChapitre 56 sur 86 · H. Paine; ele., t. Ill, p · texte numérisé non relu

H. Paine; ele., t. Ill, p

308 s ESSAI SUR TAINE

et aucune d’elles ne pourra étre publiée que sur une auto-

risation donnée par mes héritiers, et aprés les susdits retranchements opérés par eux*. » Le pote des Montreurs n’aurait pas mieux dit,

Dans ces conditions, la liberté des éditeurs de la Correspondance devenait singuliérement restreinte, et si, a

certains égards, on peut le regretter, on sexplique qu’ils”

n’aient point publié toutes les lettres, méme intéressantes, quwils avaient en leur possession, et qu’ils aient, dans celles qu’ils imprimaient, supprimé bien des passages qu ils jugeaient trop intimes pour étre mis sous les yeux du public. Il est possible, ou il est probable qu’a la prendre dans son ensemble, la Correspondance, telle que nous l'avons, ne donne pas une idée complétement adéquate de Vhomme qui s’y laisse voir; d’aucuns la trouveront sans doute,”et avec raison peut-étre, trop exclusivement intel- lectuelle, trop impersonnelle aussi; ils y eussent souhaité plus d’intimité, plus de familiarité, plus d’abandon. Hs auraient tort d’ailleurs d’en conclure que l’auteur de ces lettres fut incapable d’intimité et d’abandon ; il-doivent se résigner & prendre ces quatre volumes pour ce qu’ils sont en réalité: des documents pour servir a l’histoire d’une pensée. Considérée sous cet aspect, la Correspondance remplit admirablement son objet, le seul du reste qu’on ait voulu poursuivre ; et il semble bien qu’a cet égard on nous ait livré tous les faits, tous les textes essentiels. Les amateurs de psychologie indiscréte, les collectionneurs d’anecdotes peuvent étre décus ; les historiens de la pensée de Taine donneront toutes les « curiosités » qu’on a cru devoir nous dérober pour les pages sur la Destinée humaine, pour la lettre sur le Disciple, pour tel fragment d’examen de conscience littéraire, pour quelques-unes des notes personnelles ot, ala suite d'une conversation intéressante,

1, Journal des Débals du 16 mars 1893.

a RI Re Bee A Chee ny pee ae i nae aie cana eh

APPENDICE IV Bi

Vécrivain des Origines résumait son impression toute spontanée sur les hommes et sur les choses. Voici, par exemple, un joli crayon de Flaubert : ;

Un grand vigoureux homme un peu carré, & grosses moustaches, Yair assez lourd, l’apparence d’un capitaine de cavalerie déja fatigué et qui aurait pris des petits verres. De la force et de la lourdeur, voila le trait dominant de sa conversation, de sonton,deses gestes. Rien de fin, mais de la franchise et du naturel; c’est un — va 4 homme primitif, « un réveur ef un sauvage. » Ila dit lui-méme ; ees deux derniers mots. C’est un piocheur obstiné, qui force son imagination et qui en subit les accidents’.

Voici maintenant un portrait de Sainte-Beuve :

L’impression dominante, quand on le voit, c’est qu'il est timide ; il parle doucement, bas, avec insinuation et nuances, ayalant certaines syllabes trop franches. Il a quelque chose dun chanoine ou d’un gros chat méticuleux, prudent. Une téte irréguliére, blafarde, un peu chinoise, crane nu, avec de petits yeux’ matins, ef un sourire doucereux, fin. Positivement, ily a un fond ecclésiastique, homme du monde. Puis, des éclats et des éclairs, me la franchise, la force de croyance font explosion?. \

Et voici Renan ason tour :

Avant tout, c’est un homme passionné, obsédé de ses idées, obsédé nervyeusement. Il marchait dans ma chambre comme dans une cage, avec le geste, le ton bref, saccadé de Vinyention sursautante... ‘

Renan est parfaitement incapable de formules précises, ilne va pas d’une vérité précisée a une autre. Il tate, palpe. Tl a des im* pressions, ce mot dit tout... Les généralisations ne sont pour lui que le retentissement, l’écho des choses en lui. Il n’a pas de systeme, mais des apercus, des sensations... ;

Renan n’est pas du monde... C’est avant tout un homme plein oa de son idée, un prétre plein de son Dieu. I s’estime & ce titre et , autant qu'il faut... %

es

Si importants ou curieux qu’ils soient, ces documents et Pe

Page 1