‹ Essai sur Taine, son uvre et son influenceChapitre 12 sur 85 · PREFACE DE LA PREMIERE EDITION XXV · texte numérisé non relu

PREFACE DE LA PREMIERE EDITION XXV

ans, — et peut-être plus tôt, — enfermé dans un système clos dont il n'avait pas suffisamment vérifié et éprouvé les principes, dont il n'est depuis jamais sorti qu'à son corps défendant et qui, à son insu, lui fournissait des réponses toutes faites aux questions qu'il renouvelait clans le détail par son patient et dur labeur. J'ai donc marqué respectueusement, mais librement, les points principaux sur lesquels il m'était impossible d'accepter les conclusions de Taine. Et pourtant, on ne trouvera pas dans ce livre une critique détaillée, une discussion en règle des doctrines de Fauteur de l'Intelligence. Quelques mots en passant, de rapides indications au détour d'un développement, çà et là de courtes notes au bas des pages, voilà tout ce à quoi j'ai cru devoir réduire mon intervention personnelle. Et \oici très simplement les raisons de cette extrême réserve et de cette volontaire sobriété de critique.

Quoi qu'on pense de Taine et de sa philosophie, il est incontestable qu'il a eu sur les idées de son temps une vaste, une profonde influence. « La machine à penser et à raisonner qu'il avait construite, a dit justement M. Boutmy, est celle dont deux générations de suite se sont servies ; pendant quarante ans, toutes les idées dominantes ont porté la même marque d'origine, la sienne. La troisième génération commence à tenter d'autres voies. » Et si cela est vrai, ne serait-il pas quelque peu téméraire de vouloir, dès aujourd'hui, indiquer avec une trop grande précision ce qu'il y a d'éphémère et d'illusoire dans cette œuvre considérable, si proche de nous, si vivante encore, et qui, sans doute, n'a pas encore déroulé sous nos yeux toute la suite ininterrompue de ses effets? Il faut laisser le temps faire

son œuvre, saper définitivement les parties caduques, mettre en valeur les parties solides et saines, distribuer sur toutes ce mélange d'ombre et de lumière qui donne tout leur prix aux monuments du passé. — D'autre part, il ne suffit pas de critiquer, il faut reconstruire. Ruineux ou non, l'édifice intellectuel que Taine a bâti de ses fortes mains a abrité deux et presque trois générations. Cela seul suffirait à le rendre respectable. Mais quand on en a mesuré les larges assises, quand on en a visité les multiples et vastes dépendances, quand on s'y est reposé quelques heures, quand on en a longuement contemplé les puissantes proportions et la majestueuse harmonie, on est comme effrayé à l'idée qu'on pourrait vous prier de le rebâtir. On consulte ses forces, et on les sent insuffisantes. On veut bien signaler quelques vices de construction, quelques détails manques, quelques aménagements qu'on eût souhaités plus confortables ; on consent à préparer quelques matériaux, à donner quelques modestes conseils de bon sens et d'expérience personnelle à l'architecte de l'avenir; tout au plus, plus tard, beaucoup plus tard, mettra-t-on à son service une sincère bonne volonté et un ardent désir d'être utile et, sous sa direction, essaiera-t-on de travailler à l'une des ailes du nouveau monument. — Enfin, quand j'aurais eu en métaphysique et en psychologie, en esthétique et en histoire, en sociologie et en critique des idées plus originales et plus intéressantes que celles que je découvre en moi, ce n'est pas de moi qu'il s'agit ici, mais de Taine; ce n'est pas de mes vues personnelles apparemment qu'on sera curieux, mais des siennes. Ce que me demanderont ceux qui ouvriront ce livre, c'est

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