‹ Essai sur Taine, son uvre et son influenceChapitre 13 sur 85 · PREFACE DE LA PREMIERE EDITION \\\II · texte numérisé non relu

PREFACE DE LA PREMIERE EDITION \\\II

avant tout de m'oublier moi-même, de m'effacer derrière l'écrivain dont je leur présente le portrait, c'est d'entrer assez intimement dans la familiarité de son œuvre et de son génie pour leur en offrir une image épurée, plus nette et peut-être plus claire que celle qu'ils pourraient se former eux-mêmes en lisant ses livres. Il ne faudrait pas que ïaine revenant au monde pût dire de son historien ce que Socrate, paraît-il, disait de Platon : Que de choses me fait dire ce jeune homme auxquelles je n'ai jamais songé !

N'ayant pas les excuses que pouvait alléguer Platon, je me suis tenu le plus près possible de mon modèle. Le plus que j'ai pu, je l'ai laissé parler, se raconter et se peindre lui-même. Il fallait à tout prix que le lecteur entendit sa voix, vît son geste, et reconnût son accent. Et puis, c'était sa méthode. Et puis, qui sait si la critique, comme le voulait déjà Sainte-Beuve, ne consiste pas essentiellement à savoir lire, et à conduire son public aux bons endroits des livres qu'on a lus? Au risque de me faire accuser d'érudition facile et même de pédantisme, j'ai multiplié les citations, les notes et les références. Là encore cependant, nos maîtres nous ont donné l'exemple. Voit-on le Port-Royal, les Origines de la France contemporaine , sans notes au bas des pages? Ignore-t-on que ces notes, si succulentes et si précises, sont parfois plus instructives que le texte? Il y avait là, d'ailleurs, un moyen pour ceux qui me liront de vérifier mes dires et de pousser plus loin leur enquête, et pour moi d'élargir quelque peu l'horizon et le cadre de cette étude. J'aimerais que ce livre pût être lu sans trop d'ennui du grand public, et en même temps put servir d'instrument de travail aux

Page 1