ESSAI SUR TA1NE
veilleux de peintre naturaliste, d'artiste quasi païen, à son « imagination violente et charnelle » ! D'une manière générale, Taine n'était certes pas incapable de comprendre l'idéal chrétien ; mais il avait besoin d'un effort pour le bien concevoir entièrement et pour lui rendre pleine justice. Au contraire, avec quelle vibrante et chaude svmpathie il a parlé des anciens, des Grecs surtout, et de ce qu'il a appelé lui-même « la Renaissance païenne » ! Comme il entre de plain-pied dans la vie des hommes de ces temps, et comme parfois il semble regretter, lui, pauvre corps chétif usé par le travail de la pensée, de n'avoir pas été l'un des leurs, de n'avoir pas manié le disque, ou figuré parmi les splendides décorations de A éronèse ! L'idéal antique lui est si familier et si présent que c'est une joie pour lui d'en reproduire et d'en expliquer incessamment les mythes ; tout naturellement, son imagination se peuple des gracieux et poétiques fantômes qui ont habité celle d'un Homère et d'un Eschvle ; et Maurice de Guérin, qu'il aimait tant, n'a pas mieux compris et mieux rendu que lui « le inonde primitif et les vagues instincts sublimes des créatures demi-animales, demi-divines y>1. Ouvrez maintenant la Philosophie de l'art en Italie, aux Pays-Bas et en Grèce : à toutes les pages, vous y verrez reparaître ce goût de la force indomptée, cet amour des belles et puissantes formes librement épanouies, ce culte et cette passion de la nature qui trouve en elle-même sa raison d'être, son objet et sa loi. « Pourvu que l'artiste ait un sentiment profond et passionné, et ne songe qu'à l'exprimer tout entier, tel qu'il l'a, sans hésitation, défaillance ou réserve, cela est bien. » Et dans le traité même de l'Idéal dans l'art où ce dangereux principe a, heureusement, reçu tant de démentis formels et d'involontaires atteintes, tout à côté des pages presque trop
i. Voir, par exemple, dans les Xotes sur la prorince (p. o'iO-SiS) la première ébauche du bel article des Essais sur Sainte-Odile.
austères que je signalais tout à l'heure, on peut lire cet éloge des « nobles morales de la philosophie antique » : « Si les âges postérieurs y ont ajouté quelques développements, ils y ont introduit beaucoup d'erreurs ; et, dans la morale comme dans l'art, c'est toujours chez les anciens qu' il faut chercher nos préceptes * . » — Evidemment, celui qui parle ainsi n'a pas encore compris ce qu'il v a d'unique, de nécessaire et d'irremplaçable dans la morale chrétienne.
Et, en effet, la préoccupation « pratique » est si loin de l'avoir envahi tout entier qu'il s'y dérobe bientôt pour se consacrer — presque exclusivement — à une œuvre de spéculation pure. C'est en 1867, qu'ajournant les projets plus ou moins arrêtés de travaux historiques qu'il avait un moment caressés après la publication de sa Littérature anglaise -, Taine se décide à produire enlin au grand jour, avec tous les développements et toutes les preuves qu'elle comportait, sa théorie de la connaissance. Ce dessein était d'ailleurs de date fort ancienne dans son esprit. Depuis le jour où, professeur de rhétorique à Poitiers, songeant au doctorat, il rédigeait une thèse, — qui devait être trouvée trop hardie, — sur les Sensations, puis envoyait à Paradol le plan d'un Mémoire sur la Connaissance, il n'avait guère, parmi ses autres études et ses autres écrits, cessé de mûrir, de préciser et de « ruminer », comme il disait familièrement, les théories dont s'était enivrée sa jeune pensée. « Le livre sur l Intelligence, a dit très justement
1 . Sur cet article, Sainte-Beuve ne parvenait pas à s'entendre avec Taine. Voir dans la Correspondance de Sainte-Beuve (t. II, p. 22/1-225), une remarquable lettre à Taine, datée justement de cette époque (2 novembre 18G7).
2. « Cette œuvre achevée..., il traça le plan d'un livre sur les Lois de V Histoire, puis d'un autre sur la Religion et la Société en France au XIX" siècle. » (G. Monod, op. cit., p. i i>s). Il voulait écrire ce dernier livre « à la manière de Machiavel, sans incliner dans un sens ou dans un autre, traitant la chose comme un état physiologique » : ce sont les expressions mêmes de Taine rapportées par M. Sorel (Discours de réception).
M. Monod, n'est pas autre chose que le remaniement vingt fois pris et repris de sa thèse de i852 sur les Sensations et de ce Mémoire sur la Connaissance. » Entre temps, il avait, à plus d'une reprise, exprimé ou indiqué les idées qu'il s'était faites sur ces questions, notamment dans les éditions successives des Philosophes classiques, et dans l'étude sur Stuart Mill l. Il avait fait mieux encore. Car à la bien prendre, ou, si l'on préfère, à la prendre comme il voulait qu'on la prit, — qu'était-ce que son œuvre tout entière, essais de critique et d'histoire, travaux d'histoire littéraire, notes de voyage, études d'esthétique, sinon des applications successives à des objets divers d'une même méthode psychologique, des expériences multiples destinées à vérifier et à justifier à ses propres yeux, — je voudrais pouvoir dire à contrôler véritablement, — certaines vues préalables sur la nature et sur le mécanisme de l'âme humaine, en un mot des études de psychologie appliquée? De telle sorte que, si l'on voulait faire pour lui ce qu'il a fait par exemple pour Shakspeare, j'entends extraire et dégager de son œuvre non philosophique la « psychologie » qu'elle implique et qu'elle recouvre, on y retrouverait, à bien peu près, le fond de doctrine qu'il devait développer dans l 'Intelligence, et cette œuvre nous apparaîtrait, à proprement parler, comme l'illustration littéraire, esthétique ou historique des théories dont le livre de l'Intelligence nous offre l'expression abstraite. En un certain sens, c'est à l'Intelligence qu'aboutit toute l'œuvre de Taine, toute son œuvre antérieure du moins ; s'il était mort à cette date, ce livre eût été comme son testament intellectuel; et, à la joie qu'il éprouva à l'écrire, au soin qu'il mit à en retoucher, à en augmenter — jus-
i . C'est Taine lui-même qui nous le rappelle dans une intéressante note de l'Intelligence (Préface de la 3° édition, p. 8), et il nous avertit en même temps que ces diverses publications ont « précédé les vues concordantes de Stuart Mill sur le même sujet >>.
niSTOIRE DE SV PENSÉE ET DE SES LIVRES 8l
qu'à la lin ' — les éditions successives, on devine que celte œuvre était bien son œuvre de secrète prédilection, celle à laquelle, à la veille même de sa mort, il eût peutêtre sacrifié sans hésiter, s'il l'avait fallu, tout le reste, et la Littérature anglaise et les Origines elles-mêmes. « J'ai contribué pendant quinze ans à ces psychologics particulières ; j'aborde aujourd'bui la psychologie générale. » Celte simple ligne de la Préface nous révèle le lien étroit qui rattache l'Intelligence aux quinze volumes que Taine avait déjà publiés, et l'unité intime et profonde de son œuvre. El en dédiant ce livre à « l'ami qu'il avait le plus respecté », à Franz Woepke, il pouvait se rendre ce témoignage que, fie tous ses ouvrages, c'était celui « auquel il avait le plus réfléchi ».
Mais il n'était pas de ces philosophes qui, ne se fiant qu'à leur réflexion personnelle, négligent d'enrichir leur pensée de celle d'autrui et reconstruisent le monde sur les simples données de leur raison abstraite. Il était trop épris de recherches érudiles, de réalité positivé, trop persuadé ({n'en philosophie comme ailleurs, la science ne progresse que par la collaboration des intelligences. De tout temps d'ailleurs, il s'était tenu très au courant du mouvement philosophique 2 : c'est lui, comme chacun sait, qui a « révélé » Stuart Mill :! aux lecteurs français ; mais sait-on assez qu'il fut l'un des premiers à reconnaître et à saluer publiquement la vigoureuse originalité de Gournot, —
r. Les dernières pages qu'il ait écrites, ces Notes .sur les éléments derniers des choses qu'a publiées la Revue philosophique en juillet 1895, étaient vraisemblablement destinées à une réédition de l'Intelligence.
■2. Les articles de Taine qui n'ont pas été recueillis ne nous laissent aucun doute à cet égard. C'est ainsi que, sur cinq de ces articles qui s'espacent sur les années 1860, 1861, 1862, j'en relève trois qui sont uniquement consacrés à des ouvrages philosophiques. Plus tard, la proportion sera beaucoup moins forte, surtout à partir de 1870.
3. Et même Carlyle, malgré les travaux antérieurs d'Emile Montent.
qu'il a révélé à M. Tarde ', — et celle aussi de M. Renouvier? « Celui-là, écrivait-il, est un philosophe de la grande espèce, je veux dire indépendant, solitaire, créateur systématique, et par conséquent inconnu, sauf de quelques curieux. » Et il le définissait: « un Kant républicain ». Toutefois, le mouvement naturel de sa pensée l'entraînait dans une tout autre voie, et chaque jour le positivisme anglais exerçait sur lui une séduction plus impérieuse. « A notre sens, disait-il en 1869, la seule philosophie originale cl vivante en Europe se trouve aujourd'hui en Angleterre ; M. Bain, M. Herbert Spencer et surtout M. Stuart Mill en sont les principaux représentants. » Et il ajoutait à propos de l'ouvrage de Stuart Mill sur la Philosophie de Hamilton : « Si, en pareille matière, il était permis de se nommer soi-même, je dirais que c'est le livre que depuis deux ans j'ai le plus étudié 2. » Ces sympathies, ces affinités et ces études devaient prendre corps et laisser leur trace dans l' Intelligence ; et lui-même, dans la Préface de son livre et ailleurs, avec cette probité scrupuleuse cjui fut peut-être sa plus grande vertu, il a pris soin de noter tous les emprunts qu'il avait faits à Stuart Mill, à Bain, à Herbert Spencer. Enfin, pour ne rien dire ici des autres travaux de moindre importance, en particulier des nombreux ouvrages de pbysiologie, qu'il
1 Voir aux Appendices les extraits des articles de Taine sur Cournot et sur M. Henouvier, et dans la Revue blanche du i5 août 1897 la lettre de M. Tarde sur Taine.
2. Débais du 12 octobre 1869. — Dans un autre article du i3 mars 1870 sur la Psychologie anglaise contemporaine de M. Ribot, Taine donne le pas à la psychologie des Anglais sur celle des Français, « trop scolastique et trop oratoire », et sur celle des Allemands, « trop générale et trop préoccupée de l'absolu ». u En France, ajoule-t-il, un seul livre important et instructif a été publié depuis trente ans. celui de M. Maury, sur le Sommeil et les Rêves ». Ce mot, me semble-t-il, achève de donner raison à ceux qui ont voulu, dans ces dernières années, faire d'Alfred Maury un des précurseurs de Taine (voir Y Introduction mise par M. Bréal en tète d'une réédition des Croyances et Légendes du moyen âge d'A. Maury (1 vol., Paris, Champion, îScjli).
devait largement mettre à contribution dans son œuvre, il faut signaler ce que, de son propre aveu, il a dû aussi à l'un de ses premiers maîtres, à Condillac : car c'est bien de Condillac que lui vient cette théorie, l'une des pièces maîtresses de son système, que « toutes nos idées générales se réduisent à des signes ». Et c'est ainsi muni et ainsi informé que Taine put enfin satisfaire à son tour à « cette tendance toujours croissante aujourd'hui, et visible dans toutes les parties de l'observation et de la spéculation humaine, et qui consiste dans un sentiment plus vif des faits, dans un besoin plus grand de la preuve, dans une attaclic plus étroite à l'expérience, dans un contrôle plus minutieux et plus continu de toutes les affirmations antérieures, et surtout dans la résolution d'évaluer rigoureusement, coûte que coûte, non seulement l'objet connu, mais encore l'instrument de la connaissance l. »
Condillac et Stuart Mill, Bain et Spencer : il semble qu'en pareille compagnie nous voilà bien loin de Spinoza et de Hegel. Mais c'est d'abord une question de savoir si Spinoza et Hegel eussent profondément répugné à cette psychologie méthodique, minutieuse, quasi « scientifique », et si même quelques-uns de leurs principes et certaines de leurs formules n'y pouvaient pas conduire un esprit quelque peu prévenu. Et puis, quelle erreur de croire que psychologie et métaphysique soient deux ennemies irréconciliables, comme si l'une n'aboutissait pas nécessairement à l'autre, et, comme si, par exemple, le problème en apparence tout psychologique de la liberté était susceptible d'une autre solution que d'une solution métaphysique ! En tout cas, Taine, lui, avait trop lu Spinoza et Hegel pour ne pas — à son insu — s'en souvenir à toutes les pages de son livre. « La pure spéculation philosophique,
i Article sur le Cours de philosophie positive de Comte {Débats du G juillet i864).
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écrivait-il naïvement, n'occupe guère ici que cinq ou six pages », et cette affirmation a fait justement sourire et Stuart Mil! et M. Ribot. En réalité, son objet, à peine conscient, c'est d' « aboutir à des vues d'ensemble sur la nature et sur la science », et tout son art, toute son ingéniosité et toute sa dialectique lui ont servi à entourer et à illustrer d'un imposant cortège de preuves l'idée de la nature et de la science qu'il avait trouvée et admirée dans Spinoza et dans Hegel. « La nature, considérée dans son fond subsistant, apparaît à nos conjectures comme une pure loi abstraite qui, se développant en lois subordonnée, aboutit sur tous les points de l'étendue et de la durée à l'éclosion incessante des individus et au flot inépuisable des événements. » « Tout est explicable, et l'existence ellemême ». Le philosophe qui a écrit ces deux phrases est bien le même que celui qui, à la fin des Philosophes classiques, « sentant naître en lui la notion de la Nature », composait en l'honneur de la divinité nouvelle un hvmne d'une si poétique et si mystique adoration qu'un chrétien pourrait presque lui en envier et lui en ravir les effusions pour son Dieu. Cet t audacieux briseur des idoles de la métaphvsique officielle » n'est rien moins que le positiviste timoré et circonspect qu'on a imaginé, et qu'on imagine encore quelquefois. Quelque désir qu'il en ait, il ne peut rester cantonné dans ce qu'on est convenu d'appeler le réel. Et comme s'il sentait que la connaissance rationnelle et « scientifique » n'est pas la seule dont l'homme soit capable, qu'elle est impuissante à « remplir tous nos besoins », et qu'elle ne peut nous fournir une satisfaction provisoire qu'autant qu'elle s'épuise en quelque sorte ellemême en reconnaissant lovalement ses limites et ses insuffisances, et en allant jusqu'au bout de son effort, sa pensée, toujours avide de « vues sur l'ensemble et sur le fond des choses », s'élève incessamment d'un vigoureux coup d'aile jusque sur les confins de 1' « ordre » de la nature*
hauts sommets où déjà se découvrent à elle les vastes et infinies perspectives de 1' « ordre » esthétique et de 1' « ordre » moral ' .
Publiée au mois d'avril 1870, rééditée en juin, saluée par Renan, par Stuart Mill, plus tard par M. Ribot comme une œuvre philosophique de tout premier ordre, l'Intelligence mettait le sceau à la réputation d'Hippolyte ïaine. Un mois après, la guerre éclatait.
Ce fut un dur et triste réveil. Pour lui comme pour Renan, l'Allemagne avait été la grande éducatrice intellectuelle ; pour lui, plus peut-être que pour tout autre, elle avait été comme une seconde patrie. Depuis plus de quinze ans, il n'avait cessé de rendre hommage à « son
1. Il peut sembler que, pour employer le langage de Pascal en parlant de Taine, il faut n'avoir qu'un bien médiocre souci do la <( couleur locale ». Qu'on lise donc cette note, qui ne figure, il est vrai, que dans la troisième édition de Y Intelligence (1878) : « Ceci est le point de vue scientifique. Il en est deux autres qu'il est inutile de présenter ici, le point de vue estbétique et le point de vue moral. On y considère non plus les éléments, mais la direction des choses ; on y regarde l'effet final comme un but primordial, et ce nouveau point de vue est aussi légitime que l'autre. » (T. I, p. i3.) On a reconnu là, je pense, la théorie des « trois ordres », chère à Pascal — et à M. Lachelier. Et il est assurément regrettable qu'elle soit ici seulement indiquée. Mais il ne faut pas oublier que le point de vue esthétique avait été développé dans la Philosophie de l'art. Et quant au point de vue moral, sans parler des aperçus sur la question que Taine a, çà et là, parsemés dans son oeuvre, il est comme impliqué dans la conception des Origines de la France contemporaine, et surtout dans les nombreux et sévères jugements qui y sont formulés ; même, à plus d'une reprise, par exemple dans les belles pages sur la conscience et sur l'honneur, il s'y trouve développé directement et pour lui-même, comme il l'eût été sans aucun doute dans ce traité de la Volonté que ïaine méditait et qu'il n'a pu nous donner. Enfin, « au temps où l'avenir semblait lui promettre le repos après la moisson, Taine avait projeté de résumer en quelques pages un manuel de morale pratique qui eût été l'achèvement de sa doctrine et sa réponse A quelques critiques dont il avait la bonté de s'affliger ». (G. Deschamps, Débats du 8 mars i8cj.3). « Si j'avais eu le loisir nécessaire, écrivait à
génie, si pliant, si large, si prompt aux métamorphoses1 »r aux admirables « vertus morales, conscience, patience, abnégation, sobriété », qui en étaient le vrai fondement. « Dans les sciences et dans les lettres, dans la philosophie et dans l'érudition, les Allemands sont les initiateurs et peut-être les maîtres de l'esprit moderne, et, quand on cherche les causes qui ont produit chez eux une si abondante sève d'invention et une si étonnante floraison de découvertes, on trouve que dans cette œuvre le caractère a été aussi efficace cjue l'esprit2. » C'est en 1867 qu'il parlait ainsi, et six mois avant la guerre, il s'unissait, nous l'avons vu, à Renan pour proclamer Hegel « le premier penseur du xix*" siècle » et pour recueillir des souscriptions françaises en faveur du monument que voulait lui ériger la Société philosophique de Berlin. Son Intelligence terminée, il méditait un livre sur l'Allemagne et — ironique coïncidence — ce fut en Allemagne même que la déclaration de guerre le surprit. — Si jamais lutte dut lui paraître fratricide, ce fut bien celle qui, mettant aux prises « deux nations, dont l'une a tant fait et dont l'autre fait tant pour la culture humaine, allait retarder d'un siècle la civilisation 3 ».
ce propos Taine à M. A. Fouillée,... j'aurais traité la morale comme j'ai traité l'esthétique, expérimentalement, en analysant et comparant les principaux systèmes de morale pratiqués (et non pas seulement professés) en Chine, chez les bouddhistes, chez les Grecs du temps de Cimon et les Romains du temps de Galon l'Ancien, dans le christianisme primitif, en France sous Saint Louis, dans l'Italie de i5oo,dans l'Espagne de iCoo. etc. : et j'aurais tâché de finir par un chapitre intitulé : De l'Idéal dans la vie, analogue à celui que j'ai écrit sur l'Idéal dans l'art. » (Lettre du A novembre iS83, citée par M. Fouillée dans les Débats du j3 mars 1 1 1 ( . 1 . — Je ne veux pas dire d'ailleurs que cette morale eût été celle de Pascal, ni même qu'elle aurait eu l'entière approbation de l'auteur des Pensées.