‹ Essai sur Taine, son uvre et son influenceChapitre 38 sur 85 · LE LOGICIEN I I J · texte numérisé non relu

LE LOGICIEN I I J

on eux, et ils se dérivent d'elle. Toute vie est un de ses moments, tout être est une de ses formes ; et les séries des choses descendent d'elle, reliées par les divins anneaux de sa chaîne d'or. L'indifférente, l'immobile, la toute-puissante, l'éternelle, la créatrice, aucun nom ne l'épuisé, et quand se dévoile sa face sereine et sublime, il n'est point d'homme qui ne ploie, consterné d'admiration et d'horreur. Au même instant cet esprit se relève; il oublie sa mortalité et sa petitesse: il jouit par sympathie de cette infinité qu'il pense, et participe à sa grandeur ' . »

11 fallait citer toute cette page. Evidemment, et à son insu, c'est pour l'écrire que Taine a « pensé » tout le reste ; il l'avait dans l'esprit quand il élaborait son système ; bien loin d'en être la conclusion, elle lui en avait fourni les prémisses. Son déterminisme, sa méthode, sa morale, sa théorie de la science, en un mot tous les postulais de sa doctrine lui ont été dictés par sa conception panthéistique de l'univers. « Elle n'est point comprise en eux, et ils se dérivent d'elle. » Et l'admirable page qu'elle lui a inspirée est la meilleure et la plus complète justification du mot déjà cité de M. de Vogué sur Taine : « c'est la pensée de Spinoza projetée à travers l'imagination de Shakspeare. »

i. Philosophes classiques, iTe éd., p. 3Gi-3lJ2. Ce n'est nullement un anachronisme que de rapporter à r 85 1 cette page qui fut publiée pour la première fois en 1KJ7 (elle ne figurait pas dans la Revue de l'Instruction publique, où parurent d'abord les Philosophes classiques). Car, d'abord, les idées qu'elle exprime, il est plus que probable que Taine les a eues dès sa première lecture de Spinoza. Et, depuis, elles formaient si bien le fond de sa pensée, et de celle de son ami et quasi disciple Prévost- Paradol, qu'on les retrouve, à plus d'une reprise, dans la correspondance des deux amis. Voir notamment dans le Prévost-P aradol de M. Gréard une lettre datée précisément du 7 novembre i85i (p. 177- 178). Paradol, dans un bel élan de « poétique intempérance », écrivait à sa manière la page de Taine qu'on vient de lire, et essavait « d'établir sur le panthéisme un mysticisme raisonnable ».

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