Estai sur Tite-Live, p. i
qui les domine el qui les soutient. Relisez, par exemple, celle phrase choisie presque au hasard : « Les gens qui ont longtemps causé et correspondu avec M. Guillaume Guizot savent qu'il a à un haut degré l'esprit littéraire, c'ést-à-dire ingénieux, brillant, amoureux, de nuances, de curiosités, de délicatesses, bref, composé des qualités qui, développées et cultivées jusqu'au bout, ont produit un Nodier, un A illemain et l'ancien Sainte-Beuve, je veux dire la délicatesse railinée, la fantaisie chatoyante, la grâce caressante et presque féminine, le tact, l'amour et la possession naturelle de toutes les réussites et de toutes les élégances de style et de sentiment1. » L'écrivain s'y est repris à trois fois pour nous expliquer sa pensée et nous développer sa formule; par trois fois il a, si je puis dire, rouvert sa phrase pour ajouter des traits nouveaux et des définitions nouvelles ; et il ne l'a close que lorsqu'il a jugé son lecteur suffisamment persuadé et suffisamment instruit. On l'a dit avec force : « Scribitur <ul probandum pourrait être l'épigraphe de toute son œuvre 2. »
« Depuis dix ans, écrivait Taine en 18G2, mon idée fondamentale a été : Il faut peindre l'homme à la façon des artistes, et, en même temps, le construire à la façon des raisonneurs : l'idée est vraie, elle produit des effets puissants, je lui dois mon succès, mais elle démoule le cerveau... Je lutte entre les deux tendances, celle d'autrefois et celle d'aujourd'hui3. » Or, « peindre l'homme à la façon des artistes », d nous l'a dit lui-même, c'est noter a les taches que font les objets sur sa rétine », c'est « raconter ses sensations ». Et si l'on veut savoir avec plus de précision encore ce qu'il entend par là, écoutons-le, dans une page
1. Article sur Guillaume Guizot et non cours sur Montaigne ( Déhats «.lu ta janvier 186G).