Anatole France, H. Taine {Temps du 12 mars
3. Paul Leroy-Beaulieu, Hippolyte Taine (l'Economiste français du 11 mars 1898).
1~6 ESSAI SLU TAIXE
ainsi : « On lui reconnaît généralement une faculté assez notable d'analyser les idées générales et les tendances générales d'un auteur et de les systématiser ensuite avec vigueur et clarté ; et si ce ne sont pas là des portraits, du moins ce sont des squelettes bien « préparés », bien ajustés et qui se tiennent debout. Moins le pittoresque, il est ici évidemment l'élève de Taine, qui, du reste, s'en aperçut1. » — En fait, la plupart de ceux sur lesquels Taine a eu quelque action ont été amenés à parler publiquement de lui, et, sans qu'on les en priât, lui ont noblement pavé leur dette. 11 n'y a qu'à recueillir ces aveux pour suivre comme à la trace le large et profond sillon qu'il a creusé dans l'histoire de la pensée contemporaine. Mais, d'autre part, ceux qui l'ont combattu, eux aussi, se sont expliqués sur son compte ; ils ont dit au public les raisons qu'ils avaient de se séparer de lui, de repousser les rudes assauts de cette pensée si prenante et si forte. Ceux-là aussi, il faut les entendre. En combinant toutes ces données, on pourra voir avec quelle vigueur Taine a marqué certains esprits de son empreinte, on se rendra compte de la vraie nature et de la portée de son action, on la verra croître, forcer et user des résistances qu'on aurait pu croire invincibles, s'imposer enfin de plus en plus impérieuse aux générations successives : alors on pourra mesurer le degré de pénétration de cette doctrine et de cet art. Depuis cinquante ans bientôt, l'histoire de la critique en tant qu'elle s'est appliquée à Taine se confond presque avec l'histoire de son influence.
Quand Taine publia ses premiers livres, la génération
i. E. Fagiu't, Histoire de la langue et de la littérature française (A. Colin, Hjoo), t. VIII, p. 420.