Article cité, Temps du 12 mars i8(j
l88 ESSAI sur taise
on peut aisément imaginer l'effet que durent produire les livres du maître écrivain, je ne dis pas sur les inintelligents Goncourt, — car il n'est pas sur qu'ils les aient lus1, — mais sur l'épais et fumeux cerveau de M. Emile Zola. « Rein ? étudier l'homme tel qu'il est, non plus leur pantin métaphvsique, mais l'homme physique, déterminé par le milieu, agissant sous le ieu de tous ses organes. » M. Zola a lu Taine, et il s'en est assez vanté : « J'ai suhi trois influences, celle de Musset, celle de Flaubert, celle de Taine. C'est vers l'âge de vingt-cinq ans que j'ai lu ce dernier, et en le lisant, le théoricien, le positiviste qui est en moi s'est développé'-. » Et ailleurs: « Je me souviens du grand coup que nous porta la lecture des premières œuvres de cet écrivain... Ce cjui nous enthousiasmait, c'était son étude sur Stendhal... ; c'était sa longue étude sur Balzac, si puissante, si complète, si hardie... ; c'était encore toute cette Histoire de In littérature anglaise, où déborde la passion de l'originalité et de la force, où l'on voit à chaque page le critique mettre la vie avant l'art et considérer les œuvres comme les filles vivantes des grands esprits... » On peut dire que le naturalisme français contemporain, théories et procédés, formules et recettes, est sorti tout entier des œuvres de Taine mal lues et mal comprises par l'inventeur du « roman expérimental ». Et l'auteur des Origines n'eut qu'un tort aux yeux de ce dernier: ce fut, dans les vingt dernières années de sa vie, de « s'enfermer dans des questions spéciales et dont il ne tirait même plus des conclusions bien nettes » : « Nous attendions, je le dis encore, un homme d'audace et de science, qui affirmerait très haut le naturalisme contemporain, qui continuerait sa guerre aux théoriciens et aux hypocrites, qui serait à la tête de l'évolution moderne3. » On conçoit sans peine que Taine ait
i. Voyez la singulière façon dont ils ont parlé tle Taine dans leur Journal.