Le Voltaire du 23 janvier 1S
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décliné l'honneur de commenter « l'histoire naturelle » des Rougon-Macquart ; c'était déjà trop pour lui de l'avoir involontairement inspirée.
I [eureusement pour lui et pour sa gloire, il y avait parmi les naturalistes quelques écrivains dont il pouvait sans rougir revendiquer la paternité littéraire. Il y a certainement quelque chose de lui dans Maupassant, dans Emile Pouvillon, dans Ferdinand Fabre, dont les débuts, à vrai dire, — ceux des deux premiers tout au moins, — sont postérieurs à 1870, mais qui, par leur conception de l'art et de la vie, se rattachent plutôt à la génération antérieure. Et il n'est pas douteux non plus qu'il ait été, avec Stendhal, avec les Goncourt, le grand maître d'Alphonse Daudet. A tous ces écrivains, dont quelques-uns ont débuté par des vers et qui, peut-être, auraient pu continuer dans cette voie, il a persuadé que la forme du roman leur fournissait le meilleur et le plus moderne emploi de leur talent ; il les a conviés à travailler, chacun dans sa voie, suivant les ressources de son expérience personnelle, à cette « grande enquête sur l'homme » qu'il poursuivait si activement lui-même ; il leur a enseigné le prix de l'observation directe, attentive des individus et des « milieux » : il leur a appris à regarder autour d'eux et même au-dessous d'eux, à ne rien dédaigner enfin de ce que l'un d'eux a appelé « l'bumble vérité » ; pour tout dire, il les a pénétrés de cette conviction profonde que, dans l'étude sincère, consciencieuse de la prochaine, de l'immédiate réalité, ils trouveraient la matière, singulièrement riche et toujours neuve, d'œuvres d'art qu'il ne tiendrait qu'à eux de faire éclatantes et fortes. Ces leçons ont porté leurs fruits et, comme toujours, ont été dépassées par ceux qui les ont suivies : trop de « documents » et trop de faits, trop de « petits papiers », trop de « notes » furtivement prises et hâtivement entassées telles quelles dans des livres soidisant « vécus » : voilà ce qu'on trouve trop souvent chez
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les plus grands et dans les œuvres les plus accomplies. Taine l'a bien senti, lui qui ne perdait pas une occasion de prodiguer ses encouragements et sa sympathie à ces écrivains dans lesquels il sentait des disciples et des héritiers directs. « L'exécution n'est pas toujours parfaite, disait-il des romans de Ferdinand- Fabre ; il y a des tons heurtés ; on ne trouve pas ici le fondu, la délicatesse exquise, le charme poétique et suprême qui font de Tourgueneff le plus accompli des paysagistes. » Et s'il rendait hommage à la « sensibilité délicate et toujours vibrante » qui lait que « les romans de Daudet ressemblent beaucoup à ceux de Dickens », il ajoutait : « Il y a là un don de premier ordre, mais dont il ne faudrait pas abuser ; car dans cette voie on arrive vite aux bizarreries, aux mièvreries, aux excès de couleur, aux sursauts de la diction nerveuse et saccadée ' . » — Sans doute ; mais des disciples, quelques-unes de ces critiques n'auraient-elles pas pu remonter jusqu'au maître ?
Cependant, les événements de 1870-71 avaient fait surgir une génération nouvelle qui, dès ses débuts, promettait d'être fort différente de celles qui l'avaient précédée dans la vie. Ceux qui eurent vingt ans dans ces années douloureuses, qui, de leurs veux, virent L'invasion, cl les sanglantes tragédies du siège et de la Commune, qui assistèrent bientôt après aux multiples cl tâtonnants efforts pour réorganiser et pour asseoir sur de solides fondements la démocratie française contemporaine, ceuxlà, de tous ces spectacles emportèrent une impression ineffaçable. Ils ont pu, un moment, séduits par les bril-
1. Article sur Alphonse Daudet, Hector Malol, Ferdinand Fabre. (Débats fin 1 1 j février 1875).