‹ Essai sur Taine, son uvre et son influenceChapitre 57 sur 85 · IM M T\<:F. TQT · texte numérisé non relu

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lants paradoxes de quelques-uns de leurs devanciers, s'enivrer de science et d'art pur, s'oublier dans « le culte du Moi », se faire les théoriciens amusés et ingénus du « dilettantisme » et de la « décadence » : tôt ou tard, ils devaient se ressaisir avec une généreuse vigueur, assumer bravement, résolument les graves responsabilités de l'action. « Aux âmes généreuses, écrivait récemment l'un d'eux1, le dilettantisme n'est qu'une élape. Lue vie d'homme, pour être intéressante et pleine, veut de grands partis pris d'affirmation. » De trop bonne heure, la vie réelle les avait marqués de sa rude empreinte ; aux beurcs anxieuses et troublées, ils avaient dû prendre leur part de la commune angoisse, et la préoccupation morale et sociale était entrée dans leur âme pour n'en plus sortir.

Justement, en ce moment même, sous l'action des mêmes causes, évoluant avec son temps, réagissant contre lui-même, contre une partie de son œuvre antérieure, Tainc était là qui s'offrait à eux pour les aider de ses conseils et les précéder dans la voie où ils voulaient entrer2. Plusieurs, à son exemple, allèrent demander au passé des leçons pour le présent et des indications pour l'avenir. Parmi toute cette brillante pléiade d'historiens, dont l'œuvre formera un jour l'une des parties les plus neuves et les plus durables de la littérature contemporaine, j'en vois bien peu qui n'aient dû quelque chose à l'auteur des Origines. M. Lavisse, par exemple, serait-il l'écrivain alerte et vivant, Je réaliste pénétrant (pie nous connaissons, et en même temps définirait-il « la science, religion en espérance », s'il n'avait pas lu et médité les livres de

i . M. Jules Lemaître.

2. Voir à cl- sujet les premières pn^es de ï Echéance par M. Paul Bourget. On n'a jamais mieux: ni plus fortement analysé l'état d'esprit de (die K étrange jeunesse », comme i\ l'appelle lui-même, et l'action que Taine a eue sur elle.

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Taine ? Sans Taine, qui sait si nous aurions le premier volume de cette belle Histoire du cardinal de Richelieu, par M. Hanotaux. où la théorie de la « race », du « milieu » et du « moment » est appliquée avec tant d'ampleur et de conscience qu'on est bien près, en le lisant, d'en oublier le principal acteur du drame qu'on nous a promis ? Quelques divergences de vues qu'il puisse v avoir aussi entre l'écrivain des Origines, et l'auteur de V Europe et la Révolution française, M. Albert Sorel serait assurément le dernier à nier la parenté non fortuite qui existe entre les deux œuvres : il a, si l'on peut dire, « européanisé » le sujet traité par Taine, mais le sujet est bien toujours le même ; et, à certains détails de composition, à la manière d'enchaîner les faits et de présenter les idées, à l'identité de certaines thèses et de certaines conclusions, on sent un disciple original et de grand talent qui rectifie, complète ou précise la pensée d'un maître qui lui est toujours présente. Enfin, et sans parler du désir d'émulation qui, sans doute, n'a pas été étranger à la conception de leurs beaux livres d'histoire, il suffit de lire quelques pages de M. Chuquet et de M. Henry Houssaye pour reconnaître la méthode d'exposition inaugurée par Taine, et parfois, disons-le, maniée avec plus d'art et d'habileté (pie par Taine lui-même : des séries de petits faits, souvent exposes dans la langue des documents contemporains, et qui, se renforçant et s'éclairant les uns les autres, finissent par produire la conviction dans l'esprit du lecteur et par évoquer devant ses yeux l'image vivante et fidèle du passé. — Il semble qu'à tous ces divers écrivains Tainc ait enseigné le souci scrupuleux des faits, l'étude consciencieuse des documents originaux, la nécessité aussi de transformer ces matériaux « en émotions et en images », l'obligation enfin de rechercher le sens de tous ces faits et d'en pénétrer les lois. Pour eux comme pour lui, l'histoire n'est pas seulement une science ; elle est un art aussi, et

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