‹ Essai sur Taine, son uvre et son influenceChapitre 62 sur 85 · ESSAI SUB TAISE · texte numérisé non relu

ESSAI SUB TAISE

sis. in-8° à un petit volume; ùtez tout ce qui serait pédant et scientifique ; au lieu de décrire anatomiquement les sentiments et les caractères , montrez-les en action ; que ces peintures de mœurs arrivent sans qu'on s'en cloute . à l'improviste, dans une épitliète maligne, dans un dialogue; que partout on sente l'air libre, le soleil italien, la grande ville poétique, la large et imposante campagne qui l'entoure; écrivez l'histoire dans ce style net, vif, simple, spirituel, le plus français qu'on ait vu depuis longtemps, et que la Grèce contemporaine a fait connaître au public ; vous saurez pourquoi le livre de M. Ed. About est amusant et vivant, et pourquoi nous n'en rendons pas compte au lecteur. » (Revue de l'Instruction publique, 3 mai i855.)

Guillaume Guizot, Ménandre, élude sur la comédie et la société grecque.

« Le lecteur se rappellc-t-il un conte indien où tout d'un coup une vieille dame, de noble figure, au front pensif, apparaît à deux voyageurs curieux qui veulent franchir le seuil de son palais magique ? Enveloppée de longs voiles, avec un geste sérieux et d'une voix calme, elle raconte l'histoire des anciens jours, et développe aux yeux les mœurs et les actions des nations évanouies. Elle sait les plus minces détails, comme les plus grands événements ; il semble qu'elle ait vécu dans l'intérieur du foyer domestique comme dans le cabinet des savants et sur la place publique ; à entendre ses récits, on croirait qu'ils sont des souvenirs, et on est prêt à s'incliner devant elle avec respect comme devant une créature d'un autre âge, contemporaine des héros morts il y a a ooo ans, lorsque tout d'un coup elle sourit, et l'on reconnaît le visage d'une jeune fille. » = « Telle est la première impression que laisse le livre... L'on se figure volontiers un savant de 5o ans, assis comme Faust, dans une haute chambre gothique, éclairée par des vitraux coloriés, devant un pupitre d'ébène. sur un fauteuil de cuir antique, pendant qu'autour de lui, du plancher jusqu'au plafond, des bibliothèques garnies montent le long des murailles, et que des files d'auteurs vénérables le regardent fraternellement du haut des rayons, comme pour lui indiquer d'avance le casier où dormiront ses œuvres dans leur reliure et leur sépulture de maroquin noirci...»

Mais hientût, « à son ton, à son aisance heureuse, on a reconnu un homme du monde et un jeune homme de 20 ans. » — Sa science d'helléniste : développement et preuves. = « Ce jeune Grec est Français, et s'en souvient à chaque page. » — Nombreux rapprochements avec les auteurs français ou étrangers. — « Et ces citations ne sont point des compilations de commentateur. Elles intéressent, parce qu'en montrant en un même sujet les difTérences de sentiment et de pensée, elles révèlent la diversité des civilisations et les changements de l'âme humaine. L'auteur ne rapproche pas des phrases, mais des idées ; il est historien du cœur et non professeur de style... Ce rapide défilé de vingt grands hommes illustres, qui passent en un instant sous nos yeux avec tous leurs contrastes, éblouit et anime l'imagination ; l'homme se sent maître du temps en voyant la puissance qu'il possède pour ressusciter ensemble, et rendre contemporains dans sa pensée les personnages que l'espace et les siècles semblent avoir condamnés à une séparation éternelle. Gœthe parle, quelque part, de ces royaumes du passé où les pâles fantômes des morts flottent en multitudes innombrables, environnant de leur vapeur indistincte la scène brillante où s'agite la vie présente, où se déploie la jeunesse des choses, où palpitent des corps vivants sous la lumière empourprée qui les colore. Cette demeure fantastique des ombres est notre pensée C'est en nous que la vie éteinte retrouve quelque apparence de sa consistance première. L'historien et le poêle sont les rénovateurs qui font rentrer le souille de la vie dans ces froids simulacres ; et nous aimons ceux qui, aujourd'hui, à l'exemple de Gœthe, portant à la fois les deux mains aux deux extrémités de l'histoire, parcourent en un instant la série des siècles et la suite des âmes. Sur ce clavier sonore, partout où ils touchent un nom, une voix s'élève, voix humaine et vibrante qui, en se mariant ou en s'opposant aux autres, produit tout à coup d'harmonieux et de nouveaux accords. » = « Les idées générales abondent dans ce livre comme les connaissances de détail. » — Développement <'t preuves. = « Celle richesse d'analyse cl d'exemples n'a-t-elle pas un inconvénient ? » — Nécessité pour tout auteur d'une composition serrée et rigoureuse : « Après quoi, il doit condenser son idée dans une formule portative, et ajouter : Voilà toute ma pensée en abrégé ; elle n'est pas pesante, elle ne vous gênera pas. Ayez la bonté de me donner une toute petite place dans votre mémoire; je vais l'y déposer et elle y restera sans que vous y songiez. A ces conditions seulement, le lecteur apprend et retient quelque chose ; si vous n'avez pas soin de lui éviter toute peine, et de lui offrir deux ans de recherches résumées en une phrase de deux lignes, il laissera là vos recherches et s'en ira trouver la première bagatelle amusante. Il est comme un enfant qu'on chargerait de pièces d'argent, el qui, incommodé par le poids de sa richesse, viderait ses poches

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