‹ Essai sur Taine, son uvre et son influenceChapitre 64 sur 85 · ESS \1 M I! T\I\F · texte numérisé non relu

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et tout ce qui réveille l'attention. L'auteur en ceci semble un disciple rie Stendhal... Sans doute, ce dédain est une preuve de force : car on s'oblige par là à ne fournir au lecteur que de petits faits vrais... ; on est contraint d'écrire un morceau do psychologie. Néanmoins, il vaut mieux ajouter a l'exacte exposition des choses les ressources et les embellissements de l'art ; cela donne prise sur le public ; on a tort de n'écrire que pour une élite d'esprits cultivés... »

(Débats du 2 août 1862.)

Auguste Comte, Cours de philosophie positive, 2e édition.

« Cette 2e édition, publiée 22 ans après la 1 ''<■', indique, parmi beaucoup d'autres signes, que la curiosité publique se reporte vers un système qui semblait avoir vécu... » — Pourquoi on ignorait Comte : « un homme ne peut pas tout lire » ; — barbarie de son style ; — bizarrerie de quelques-unes de ses découvertes, sa religinn, son orgueil final. — Renaissance du système. — Infériorités évidentes de Comte : son incompétence et son dogmatisme en métaphysique, en littérature, en histoire, en psychologie. — Mais « il est inventeur, et, si je ne me trompe, une partie de son œuvre restera inébranlable. » — Sa conception de la science ; — importance de cette conception. — « Il suit de là que la théorie des sciences est l'étude du principal organe, et pour ainsi dire du cœur vivant qui alimentera toute la civilisation humaine. La gloire durable de M. Comte est d'avoir le premier esquissé à grands traits cette théorie... » — C'est « un savant qui pense », et non simplement « un savant qui sait ». — Sa Géométrie analytique. — « La véritable logique moderne se trouve dans son ouvrage », et non dans Port-Royal, ni même dans Condillac. « Ce sont de pareils livres qui peuvent nous sortir de notre routine ; j'y en ajoute trois autres : la Logique de M. St. Mill, l'Histoire des sciences inductives de M. Y\ hêwell et le Traité de l'enchaînement des i<léiv fondamentales de M. Cournot. S'ils ne sortent pas de la même école, ils ont été tous deux suscités par la même tendance... Nous ne sommes pas simplement observateurs, nous sommes critiques. On peut affirmer que cette tendance règne maintenant dans toute l'Europe, que la philosophie générale se transforme aussi profondément que

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la littérature générale, et l'on peut, sans trop de présomption, espérer qu'avant la fin du siècle nous atteindrons une nouvelle idée de la nature, comme nous avons atteint une nouvelle idée du beau. »

(Débats du 6 juillet iSC/j.)

M. de Bostaquet, Mémoires inédits et M. Fustel de Coulanges, la Cité antique.

Bostaquet était un gentilhomme normand qui essaya d'échapper à la persécution religieuse en iu85. — « Non seulement on trouvera dans son récit le détail, les progrès, l'elfe t de la persécution religieuse et les circonstances frappantes que les Mémoires privés seuls peuvent conserver ; mais encore, comme la narration est une biographie complète, on y verra une peinture de la vie seigneuriale et campagnarde au xvn'' siècle... Cette peinture est d'autant plus intéressante, qu'on s'aperçoit, en la regardant, que depuis ce temps le caractère humain est profondément changé ; l'homme alors était plus simple, moins exigeant en fait de bonheur..., en tout cas plus borné, mais en même temps et par contre-coup plus ferme..., en un mot, plus capable d'agir. » = « Le second ouvrage, celui de M. Fustel de Coulanges, professeur à la Faculté des Lettres de Strasbourg, est intitulé la Cili- anlii/iir, et contient un exposé des moeurs, du droit, des lois et de la religion des peuples helléniques et latins. Cet exposé est systématique, mérite rare et presque sans exemple en ce temps-ci, où les monographies et les recherches de détail se multiplient à l'infini. Ce n'est point un amas de faits qu'il nous donne, c'est l'idée-mère des faits, la conception originale et particulière d'où est sorti le reste. Selon lui, pour comprendre les institutions, les sentiments et les actions des Grecs et des Romains, il faut considérer la société antique à son origine, y constater les croyances primitives importées de l'Inde, le culte du foyer et des mânes, le plus ancien et le plus enraciné de tous. » — Rapide résumé du livre. — « L'auteur montre, par un raisonnement très simple et très sûr, le développement de ces dogmes et de ces institutions primordiales, leurs ramifications, leur déclin, leur ruine. Son principe est fécond et ses déductions ingénieuses. Nous n'avons qu'une objection à lui faire : il nous semble croire trop fermement aux contes et aux am-

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plifications de Tite-Live, de Plutarque et de Denys d'Halicarnasse. Les documents anciens sont comme un sac de médailles entassées : il y en a un quart de fausses et un autre quart de douteuses; c'est l'office de la critique moderne de les démêler et de leur assigner leur valeur. Au reste, cette objection n'atteint en rien l'idée principale du livre qui promet d'exposer la philosophie de l'histoire grecque et romaine, et qui tient tout ce qu'il promet. »

(Débals du 11 novembre 1864.)

Camille Selden, l'Esprit des femmes de noire temps.

Dans Daniel 1 lady, on a trouvé « un personnage principal entièrement neuf et tout à fait moderne, arrière-petit-fils de René et de Werther..., apprenant sans amollissement sentimental, sans illumination mystique, par la simple intelligence de lui-même et des choses..., à s'élever jusqu'à ce développement complet de soimême cpie son compatriote, le grand Gœthe, présentait comme but unique et suprême à tout homme digne de ce nom. » = « Aujourd'hui, l'auteur aborde la critique... Les deux genres se sont si bien transformés depuis trente ans, qu'en partant de points très éloignés, ils sont venus se rencontrer sur le même terrain. » — Esquisse de L'évolution du roman jusqu'à Balzac et à ses successeurs, qui en ont fait « une grande enquête sur l'homme » ; — évolution parallèle de la critique. — « On peut blâmer une pareille tendance, mais on ne peut nier qu'elle ne soit dominante, ni contester qu'au bout d'un ou deux siècles, l'enquête poursuivie sur tous les points du présent et du passé, ordonnée en système, assurée par des vérifications constantes, ne doive renouveler les conceptions les plus importantes de l'esprit humain. » = « Le livre se compose de biographies, et non de préceptes. C'est ici que se présente le grand reproche qu'on adresse à la critique moderne. On veut bien accorder qu'elle est instructive; mais on nie qu'elle soit morale... On la blâme de ne pas conclure, et de laisser le cœur abandonné à lui-même sans lui indiquer un modèle parmi tant d'exemples qui se contredisent, sans lui marquer une voie parmi tant de sentiers qui s'entre-croisent. On peut répondre, ce me semble, qu'avant de bâtir une grande route, il convient d'explorer le pays. .. Jusqu'à présent, les hommes ont marché dans les chemins

anciens, vénérables sentiers frayés par la tradition et la routine, non par le calcul et la science, tortueux, divergents... Aujourd'hui, plusieurs de ces sentiers, défoncés par le long usage, sont devenus impraticables... En de pareils moments, il n'est pas raisonnable de jeter des pierres aux ingénieurs et aux pionniers qui sondent et jalonnent la plaine... En attendant, ils ne détournent pas les voyageurs de l'ancienne; comme autrefois, la foule doit la suivre; il n'y a point encore d'autre passage; tout au plus quelques perches dressées, quelques ponts bâtis indiquent la direction nouvelle. Leur seule hardiesse est de considérer les \ieux sentiers comme provisoires, et c'est cette hardiesse qui leur Aaut tant d'injures... » Mais « ils affirment, appuyés sur toute l'autorité de l'expérience, que si la grande enquête instituée sur l'homme peut conduire à mal les imprudents qui tirent d'une science incomplète des conclusions prématurées, cette même enquête doit conduire à bien les esprits patients et réfléchis qui, avertis de notre ignorance présente, n'étendent pas les applications au-delà des théories prouvées... »

(Débats du 26 janvier 18G0.)

Joseph Bertrand, les Fondateurs de l'astronomie moderne.

Eloge de l'auteur et du livre qui est « très digne d'être lu à côté du Discours préliminaire de W. Ilerschell et de ['Histoire des sciences inductives de M. W hewell », et forme une excellente contribution à « une branche nouvelle dans les sciences historiques », « celte grande histoire philosophique des sciences qui n'existe pas encore, qui apparaîtra sans doute la dernière, mais qui, certainement, sera la première de toutes, et viendra, à son tour, occuper, enorgueillir et guider nos descendants». — Cette histoire « n'est qu'ébauchée, elle en est au point où en était l'histoire des religions et des littératures, il y a cinquante ans. Elle est restée entre les mains d'hommes spéciaux : on l'a faite isolément; on n'y a marqué que la filiation qui rattache une découverte à une découverte ; on n'a point rapproché le développement scientifique des autres, cherché comment il se lie aux transformations philosophiques, littéraires et sociales, et comment toutes ensemble dépendent de certaines évolutions générales de l'esprit humain. Et pourtant, un

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savant n'est pas plus un être abstrait qu'un théologien, un philosophe, un artiste ou un porte, il est plongé dans sou temps... » — Ses découvertes dépendent de son esprit, de sa vie tout entière, de lui-même, et lui-même de son milieu. — « C'est pourquoi, à nuire avis, cette considération du milieu moral doit renouveler l'histoire des sciences comme elle renouvelle aujourd'hui l'histoire des religions et des littératures. »

(Débats du 26 avril i8(ij.)

O. Millier, Histoire de In littérature grecque, traduction Hillebrand.

«... Nul n'est mieux placé que M. Hillebrand pour faire entrer chez nous les découvertes entassées depuis cinquante ans dans les grands magasins de la science germanique, et tout le monde sait aujourd'hui qu'en fait de recherches historiques, et surtout de philologie classique, c'est au-delà du Rhin que nous devons aller chercher nos documents. » — Millier : « 11 est le rénovateur de la philologie hellénique au xixe siècle. Ce fut un érudit, mais un ërudit de génie. » — Sa conception de l'histoire. — « L'histoire n'est devenue scientifique, organisée et positive, qu'en sortant de la philosophie vague et des dissertations éparpillées pour reconnaître dans chaque nation une personne morale qui se développe par ellemême, et comme une plante, à travers les modifications que lui impriment les circonstances et le dehors. » — Mais Miïllcr n'est pas un écrivain. — ■ « C'est d'hier seulement, dans des ouvrages en cours de publication, dans l'Histoire grecque de Curtius, dans l'Histoire nii/aiine de Mommsen, que l'Allemagne commence non plus à professer, mais à parler, et bien des Allemands de vieille roche se défient encore du nouveau style. » — C'est pourtant « le stylé littéraire » qui « rend visibles les sentiments des hommes dont nous faisons le portrait ou l'histoire. Un grand historien me disait : Je rassemble, je contrôle et j'ordonne d'abord mes matériaux, comme je ferais pour un Mémoire de l'Académie dis Inscriptions; ensuite, j'écris mon livre comme un roman... A mon avis, c'est là une lacune à combler dans l'histoire grecque... On aurait, besoin d'un connaisseur d'hommes, d'un observateur passionné et délicat de toutes les singularités morales, d'un lettré

élevé dans la poésie, le roman, la critique, d'un esprit ayant emmagasiné en soi les innombrables formes changeantes et les profonds mécanismes compliqués qui constituent et distinguent parmi tous les autres le moindre individu humain, en un mot d'un Sainte-Beuve... Mais après cent hommes de talent, on voit ordinairement venir un homme de génie; Mommsen a paru dans l'histoire romaine, et nous pouvons espérer qu'un jour l'histoire grecque aura son Mommsen. »

(Débuts du 6 novembre i8G5.)

Hector Malot, les Amours de Jactjues et les Victimes d'amour.

Comment il a découvert les livres du romancier. — Mérites de ces deux romans. — « Ils n'ont rien d'énorme... Us sont simplement une œuvre de bon aloi, celle d'un esprit attentif et sincère, qui, ayant vu de près, avec un coup d'œil juste, les sentiments et les actions humaines, les raconte sans s'astreindre à un plan trop systématique, sans se ménager des effets trop calculés... « La pari de la forme , disait Stendhal , devient plus mince de jour en jour... Le public en se faisant plus nombreux, moins mouton, veut un plus grand nombre de petits faits vrais sur une passion, une situation de la vie. » Ainsi compris, te roman est une suite de renseignements, non pas sur les habits, les meubles et les détails infiniment minces d'une profession et d'un métier, mais sur les diverses façons de sentir, de penser et de vouloir des hommes. Il s'agit de donner le plus grand nombre possible de ces renseignements coordonnés et exacts, sans s'attarder dans la description, sans s'égarer dans l'éloquence... )> — ■ « Par tous ces traits, ses livres (de Malot) ressemblent aux romans anglais contemporains ; un autre trait les en distingue », la hardiesse dans la peinture de la passion. — De quelques imperfections de ces livres : « un manque d'artifice qui est parfois un manque d'art » ; — mais Taine n'en éprouve pas moins « un plaisir vif et neuf pour un critique, celui île saluer un talent précoce, original et solide dans un homme que je ne connais pas et que je n'ai jamais vu. »

(Débuts du 19 décembre i8(>.">.)

Guillaume Guizot et son cours sur Montaigne.

« ... M. Guillaume Guizot a choisi Montaigne pour sujet de ses leçons, et tout en faisant avec détail la biographie et la critique de son auteur, il a pris, pour le mieux expliquer, un point de vue élevé du haut duquel il embrasse un ensemble. Cet ensemble est l'histoire ancienne des idées nouvelles. Beaucoup de gens croient que tout date de soixante ans, ou tout au plus de cent ans en France; il n'en est rien. Plusieurs siècles avant nous, les grands esprits ont vu les vérités qui, aujourd'hui, nous éclairent; placés sur les cimes, ils apercevaient et proclamaient déjà la lumière, tandis que la foule restait plongée dans les obscurités des basfonds et des profondeurs. C'est un vif plaisir pour un historien et pour un moraliste que de voir naître dans un recoin, dans un esprit isolé, sur une page d'un vieux livre, une idée scandaleuse ou étrange pour les contemporains, mais destinée plus tard à s'implanter si bien dans l'esprit des hommes que, de l'état de paradoxe, elle passera au rôle de lieu commun. M, G. Guizot s'est donné la satisfaction de faire sur Montaigne cette curieuse recherche. 11 l'a considéré aujourd'hui comme magistrat et légiste. » = Résumé de sa leçon ; — son succès. — Sa manière : ce sont des citations intéressantes habilement enchâssées; c'est une causerie, non une pièce d'éloquence. — « Il semble que M. Guizot n'ait maintenant qu'à oser davantage et à se livrer à lui-même, comme il l'a fait en finissant. Si l'on se hasardait à suggérer un conseil, c'est celui-là qu'on lui donnerait en toutes choses. Ceux qui ont lu son Ménandre et ses articles de journal connaissent de lui un homme fort instruit, érudit même, ayant étudié dans le détail et dans les finesses quatre ou cinq littératures, écrivain ferme et expérimenté, bon dialecticien et habile critique. Mais flans ses écrits trop rares, il n'a montré qu'une partie de lui-même , et c'est l'autre face que, sous l'influence du temps et de la parole publique, nous espérons, peu à peu, voir se dégager... C'est une plante de jardin élevée dans le rude terrain, dans l'air âpre de la philosophie et de la politique. Elle s'y est fortifiée, endurcie, elle a montré qu'elle y pouvait vivre ; mais elle n'a point encore déplové l'abondance heureuse de ses formes sinueuses et flexibles, les teintes variées et nuancées de ses corolles et de sa fleur. Elle

le peut à présent; la sympathie publique est toute prête; il no lui reste qu'à laisser épanouir sous ce souille tiède les facultés aimables et délicates que seuls quelques amis goûtent depuis dix ans. » (Débats du 12 janvier 1866.)

E. Renan, les Apôtres.

« ... Il serait superflu d'indiquer l'importance d'un ouvrage qui remue et renouvelle une question de cet ordre. Le public en a décidé ; en deux ans, il a aclicté de la 1 ie de Jésus cent mille exemplaires, et les revues anglaises disaient qu'aucun livre religieux n'a eu « celte popularité depuis le temps de Luther. » — (je tome second comprend l'histoire du christianisme depuis la mort de Jésus jusqu'aux grandes missions de saint Paul, de l'an 33 à l'an 45. A notre avis, il est encore supérieur au premier, et la raison en est que l'auteur n'écrit plus la biographie d'un personnage, mais l'histoire d'une croyance. Pour la vie de Jésus, comme pour celle des apôtres, les documents sont rares, incomplets et souvent légendaires ; mais cet inconvénient est bien moins grave dans le second cas que dans le premier. Un individu ne peut être bien peint que par des traits propres et précis; le détail authentique est nécessaire à son portrait; il est presque indispensable d'avoir ses Mémoires, ses lettres, ses discours attestés, les petites circonstances de son éducation et de sa jeunesse; sinon, on court risque de rester dans le vague ou de tomber dans l'arbitraire. Au contraire, une mission, une époque, la situation et la transformation d'un groupe humain considérable, le développement d'une doctrine et d'une institution peuvent être exposés à grands traits; le menu détail n'y a qu'une importance secondaire; on y voit aisément le point de départ et le point d'arrivée ; on s'y meut parmi des choses générales, bien plus visibles et bien plus certaines que les choses particulières; on marche sur un terrain solide que les accidents de l'histoire no peuvent effondrer, que les lacunes des textes n'empêchent pas de suivre...; et voilà pourquoi, avec le même talent, les mêmes recherches et des documents de même nature, l'auteur des Apôtres nous semble avoir surpassé l'auteur delà Vie de Jésus. » = « Quant au mérite propre de l'ouvrage, il est aisé à voir. L'exégèse chrétienne avait été poussée, en Allemagne, jusqu'à sa limite ; on avait contrôlé l'ori-

gme, fâge et la valeur des documents ; on avait fixé le sens, la filiation et le progrès de toutes les croyances; on avait fait la critique et la philosophie complète de l'histoire évangéJique. La dernière 1 ie de Jésus, par M. Strauss, peut donner au lecteur une idée de ce vaste et consciencieux travail. Mais ce même ouvrage peut lui donner en même temps l'idée de ce que M. Renan ajoute à ses devanciers. D'une exposition sèche, d'une simple dissertation ahstraite. il a fait une œuvre vivante ; avec une érudition aussi personnelle, avec une compétence égale, avec des informations plus multipliées, a^ec une expérience plus grande et plus récente du pays, du climat et des races, il a repris L'œuvre pour la transformer. Par delà les pures idées, il a vu des passions, des émotions, des hommes; il les a mis en scène, il a suivi pas à pas, en témoin, les métamorphoses et les progrès de leurs sentiments. Il a changé une science d'Université et de cahinet en un récit dramatique et complet, où les délicatesses de la parole reproduisent les agitations et les variétés des âmes. » = « Ce n'est point là, comme les adversaires l'ont dit, un simple mérite de style. Par lui-même, le style n'est rien ; une phrase élégante et hien ronde n'est un chef-d'œuvre qu'aux yeux d'un versificateur ou d'un menuisier. Le véritable style est celui qui rend sensible aux yeux et à l'âme ce que la simple langue philosophique et érudite ne peut atteindre, je veux dire l'homme sentant et agissant avec les particularités de son caractère, la complexité de ses émotions, l'enchevêtrement de ses idées , les nuances innombrables et changeantes de ses joies et de ses tristesses, de ses abattements et de ses exaltations, de sa grandeur et de sa faiblesse. Un pareil style change une ébauche en un tableau ; il n'est pas l'ornement, mais l'achèvement de l'histoire. Il est le don propre de notre pays : instruits par nos romanciers et par nos critiques, habitués par la conversation et les salons à démêler les motifs des actions, à distinguer les degrés des talents, à exprimer toutes les variétés des sentiments et des caractères, nous sommes mieux préparés qu'un solide raisonneur anglais ou qu'un docte théologien allemand à comprendre et à expliquer le jeu des idées et des passions qui composent la vie de l'âme , et l'on peut dire qu'entre les mains de M. Renan la science allemande, vivifiée par l'éducation française, a pénétré plus avant et pins finiment dans l'histoire du christianisme que jamais elle n'avait fait auparavant. » = « Le public lira avec une curiosité plus vive les premiers chapitres. Les amateurs d'histoire étudieront avec un intérêt particulier les trois derniers chapitres , qui exposent l'état du monde romain vers le milieu du premier siècle et les circonstances générales qui donnèrent accès dans les esprits à la nouvelle foi. Les adversaires, les orthodoxes, les politiques chercheront les principes de l'auteur dans la grande introduction qu'il

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met en léle de son livre ; cette introduction est une sorte de profession de foi religieuse et historique. A ce titre, nous en détachons la conclusion si élevée, si large et, au fond, si conciliante et nous la présentons au lecteur. »

(Débats du 10 avril 1866.)

Camille Selden, Mendelssohn et lu musique allemande.

Mendclssohn. — « Ses lettres et sa vie sont précieuses parce qu'elles nous font entrevoir les habitudes et le caractère d'une nation qui, depuis un siècle, s'élève en Europe au premier rang... Au premier aspect, on admire surtout la minutie île leur attention, l'cnormité de leur savoir, leur talent d'abstraire, leur aptitude métaphysique pour les vues d'ensemble. Au second regard, on remarque que si ces facultés ont pu donner leurs fruits, c'est cpie la conscience, la patience, l'abnégation, la sobriété, une quantité de vertus morales y étaient jointes. Il s'est fait chez eux un travail prodigieux, et qui s'est fait à peu près gratis; les travailleurs ont dû pâtir et se priver à proportion, car les grandes œuvres ne se font que par les longs sacrifices, et la seule voie qui mène à la puissance, c'est de consommer peu en produisant beaucoup... » — Exemples et faits à l'appui. — « Je crains bien qu'en France la science, la philosophie, les arts et le reste ne soient aimés que pour leurs accessoires, et le principal de ces accessoires est la façon fine et jolie dont on parle. On peutavoir de l'esprit partout, même en législation et en économie' politique ; c'est par ce moyen que Montesquieu et Baslial se sont fait lire; mais une exigence pareille réduit beaucoup la fécondité et la liberté dé l'intelligence, et bien des oeuvres d'art ou de science deviennent impossibles lorsque le savant et l'artiste se sentent obligés d'être lus avec plaisir et compris du premier coup. Le public, en France, met sur les épaules de l'écrivain et de l'inventeur un poids que le public en Allemagne prend à sa propre charge... » (Débats du 4 mars 1867.)

Titien, leçon de l'Ecole des beaux arts.

Sa vie, son caractère et son œuvre. — « Quand on essaye de se

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figurer Titien, on aperçoit un homme heureux entre tous et qui n'a reçu du ciel que des faveurs et des félicités. » — « A ces chances heureuses s'ajoutent des dons exceptionnels, une facilité extrême à peindre et une inépuisable fécondité d'imagination. » — Son caractère facile, habile à se faire bien venir de tous, même de l'Arétin. — « Cette figure de l'Arétin mérite d'être décrite. C'est un type curieux d'aventurier, en qui se trouvent réunis, exagérés, étalés avec la plus audacieuse impudeur tous les vices du siècle. » — Son portrait. = Conception que Titien s'est faite de l'homme. — « Les dieux de Titien sont des hommes vulgaires qui ne seront jamais des hommes intelligents. Ce sont d'admirables animaux ; pour l'âme, la pensée. Titien ne s'en préoccupe pas ; ce qu'il voit, et ce qu'il exprime, c'est l'épanouissement de la vie physique, la solidité et la vitalité de la structure humaine. C'est ainsi que Rubens a compris et représenté l'homme avec cette différence que, vivant sous un ciel blafard, au milieu d'une race plus molle et plus blanche que celle des marins de l'Adriatique, et prenant ses modèles autour de lui, il a donné à la beauté animale un type plus sanguin et plus lymphatique, une chair plus surabondante, un rythme moins harmonieux que Titien. » = « Le dessin, le crayon ne donnent que la forme extérieure, la limite, le contour ; la couleur seule rend la vie. Il y a là tout un monde où Titien est le premier. C'est à Londres, à Naples, dans ses grandes compositions, que l'on sent ce cpie c'est que la chair, à quel point on peut faire entrer la vie dans un contour, et combien sont imparfaites les représentations du corps humain qui n'en donnent que les lignes et l'enveloppe. Peindre la chair vivante, c'est la suprême difficulté de l'art, car la vie est une chose profonde et infinie. La chair vivante et sentante est une pulpe molle, sanguine, essentiellement fluide, vaguement bleuie, jaunie, striée, ombrée par le réseau des veinules, des artérioles, qui aflleurent sous la peau transparente, par le hérissement des papilles, par les tons ocreux des aponévroses, par les taches claires et sombres qui suivent les saillies et les contours des muscles. Uniquement frappé et préoccupé de la forme vivante, Titien la saisie et reproduite tout entière... Son œuvre, comme celle de Rubens, est une image en raccourci, mais complète, du monde dans lequel il a vécu. » = « L'idéal de cette conception de l'homme abandonné, agissant et jouissant, c'est l'Hercule, le colosse. Titien a eu ce don unique de faire des colosses qui sont des hommes réels. » — Preuves et exemples. — « Ces héros gigantesques ne tiendraient pas dans un cadre étroit; il leur faut le ciel libre, le plein soleil, les grands paysages, des colonnades, des portiques, des architectures colossales, des arbres, des plans de collines et de montagnes. Le monde idéal et abstrait des Florentins ne leur conviendrait pas. La réalité des personnages

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entraîne et nécessité la réalité des lieux. De là, chez Titien, la représentation fidèle de la nature entière, de la vie humaine avec toutes ses circonstances, qu'il reproduit en les embellissant, sans en rien supprimer. » = « De la conception de l'homme particulière à Titien dérivent ainsi les traits caractéristiques de son talent : la puissante réalité de son coloris, la variété de ses types, l'énergie extrême de ses personnages, l'impétuosité de leurs mouvements, la réalité et la variété de leurs mouvements, la variété et la réalité des milieux dans lesquels il les place. S'il lui manque quelque chose, c'est ce qui ne s'accorde pas avec ce goût dominant de la force, de l'ampleur, des formes saines et vivantes, c'est-à-dire l'élévation religieuse, l'élégance et la finesse aristocratiques. »

(Revue des cours littéraires, o mars 18G7.)

MM. Saigey, Cournot, Whewell, Bain, H. Spencer, St. Mill et Renouvier, De quelques ouvrages philosophiques récents.

Il ne vent que signaler ces travaux d'un mérite rare, et constater, « en dehors de toute doctrine officielle, des tentatives d'accord entre la métaphysique et les sciences positives ». ■ — « Nous sommes peut-être à la veille de quelque grand mouvement philosophique pareil à celui qui ébranla l'Allemagne au commencement du siècle, mais moins hasardeux et mieux dirigé. » — Détails sur ces divers auteurs. — « Cependant, à travers le bourdonnement continu de la philosophie officielle et le grand silence de la spéculation libre en France, on peut distinguer un philosophe, celui-là de la grande espèce, je veux dire indépendant, solitaire, créateur systématique, et, par conséquent, inconnu ; je parle de M. Renouvier. S'il était Allemand, il aurait aujourd'hui une école ; on l'aurait expliqué et réfuté dans cinquante journaux ; vingt brochures l'auraient commenté ; trois ou quatre disciples auraient publié une exposition populaire de ses idées ; plusieurs privat-docenls auraient fait des cours sur son système.; et nous entendrions un écho d'outre-Rhin nous apporter un mot nouveau, le renouvieranisme. Mais il vit en France, où on lit un livre de philosophie lorsqu'il conclut visiblement en politique ou en

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religion... Depuis le siècle dernier, aucune pensée plus originale et complète ne s'est, chez nous, produite au jour, et ne s'est nourrie avant de paraître d'une érudition plus encyclopédique... » — Il continue et reprend l'œuyre de Rant ; sa doctrine se rapproche de celle de Leibnitz, « pourvu qu'on retranche à Leibnitz sa monade supérieure et ordonnatrice... L'auteur achève son œuvre en ouvrant les perspectives de l'ordre moral, et sa conclusion, aussi originale que sa méthode, fait entrevoir une immortalité, une palingénésie, des intermittences d'organismes, des peines et des récompenses, des personnes divines, le tout au moins comme possible. Ce sont les conjectures morales d'un Kant républicain... »

(Débats du 27 juin 1867.)

Camille Selden, l'Esprit moderne en Allemagne.

«... L'Allemagne est un monde très vaste, très mêlé, en voie de transformation, et ce serait une trop grande tàcbe que de le décrire et de l'exprimer tout entier; l'auteur n'y prétend pas; il apporte seulement des matériaux et des idées ; mais les matériaux sont bien choisis et les idées dignes d'attention... » — « M. Selden a un style, un style énergique, concentré, avec des éclats imprévus, parfois avec des bizarreries, de la gène ou des obscurités ; la sève est étrangère, mais elle est toujours forte et souvent riche ; le ton, la pensée, tout est original ; voilà pourquoi nous en parlons. » = « H y a une idée sur laquelle l'auteur insiste beaucoup dans sa préface, et à la vérité, c'est la plus importante, celle de Dieu. Selon lui, l'idée de Dieu est tout autre on Allemagne que chez nous : de là une infinité de conséquences toutes très vastes. 11 a raison. De race à race, toutes les conceptions, entre autres celle-là. diffèrent... » — Exemples. — - « De même God, Gott, ne trouvent point leur équivalent dans notre mot Dieu. Quand il s'agit d'idées si importantes, la nuance est tout ; et, pour comprendre toute la valeur d'un mot pareil chez nos voisins, il faut se risquer jusque dans la psychologie. Je vais essayer de le faire, en m'aidant de mon auteur. » = « Tout le monde a lu le passage de Goethe où Marguerite demande à Faust s'il croit en Dieu... » — « Beaucoup de Français disent, après avoir lu ceci : Voilà un homme embarrassé : il fait dos phrases, lis se trompent,

APPENDICE t 2/|J

Faust est sincère, très religieux ; seulement, c'est de cette façon qu il comprend Dieu ; plusieurs théologiens allemands le trouveraient orthodoxe. En effet, voici une définition de la religion par le célèbre Schleiermacher qui ressemble beaucoup à la sienne : » citation. — « On retrouve ce sentiment partout en Allemagne ; le voici dans un contemporain, le poète dramatique Hebbel : » citation. — ce On dira que c'est là une conception de grands esprits, de poètes, de philosophes ; non pas ; chez les gens ordinaires, même dans le peuple, se trouve un instinct qui lui fait écho. » — Exemples. = « Là-dessus, le lecteur français prononce tout de suite les mots mysticisme ou panthéisme ; ce sont deux compartiments commodes où l'on met, pour s'en débarrasser, les idées qu'on ne prend point la peine d'examiner ou qui s'éloignent trop des formules communes. La vérité est qu'il faut trop d'attention pour comprendre des sentiments comme ceux qu'on vient de voir. Ils ont une racine profonde qui est l'aptitude aux idées générales ; à mon avis, c'est là le don particulier et supérieur de l'esprit allemand. On s'en aperçoit d'abord à la langue si remplie de mots abstraits qui nous semblent vagues parce qu'ils sont trop compréhensifs ; même aujourd'hui, après tous les efforts qu'ils font pour prendre dans leurs livres le ton de la conversation courante, nous avons peine à les traduire ; il nous semble qu ils se tiennent dans une région supérieure, celle du vide et des brouillards. La philosopbie leur est naturelle ; chez eux, on la rencontre partout ; toujours ils ont besoin de vues universelles. Je lisais dernièrement quantité de leurs écrits sur l'art et sur l'histoire de l'art ; il n'y en a pas un, le plus sec, le plus technique, le plus dépourvu d'originalité et de génie, qui n'essaie de relier entre elles toutes les parties d'une époque et toutes les époques successives. Ouel que soit l'objet, bistoire de détail ou histoire générale, événements humains ou phénomènes physiques, ils cherchent à composer un ensemble ; ils sentent l'être comme une chose qui, incessamment, devient et se transforme, qui dérive d'un au-delà et aboutit à un au-delà, qui est un moment dans une série, et qui, toujours imprégnée du passé, toujours grosse de l'avenir, toujours enveloppée et pressée par ses alentours, ne fait que manifester par sa dhersilé et son écoulement intarissable la force mystérieuse qui la produit et l'entretient. Cette force, dont nous sentons la présence et l'opération en tout objet et en tout événement, quelle est-elle ? Ici, chacun répond tout bas selon sa tournure d'esprit, ses sourds instincts, ses facultés innées ou acquises ; on la devine et on la conçoit tantôt comme une puissance immuable et fatale, tantôt comme une bonté universelle et protectrice, tantôt comme une beauté ineffable et sublime, tantôt comme une justice inévitable et rigide. Tantôt la tradition théologique vient la formuler ; tantôt un système philosophique

essaie de la définir. En tout cas, la conception qu'on s'en fait est toujours accompagnée d'un trouble ou d'un élan de l'âme, admiration, attendrissement, espérance ou terreur vague, sentiment d'accablement ou d'exaltation, d'abnégation ou d'enthousiasme. Il est clair qu'une telle aptitude à concevoir l'universel, une telle faculté de le deviner et de le sentir à travers les choses et dans les choses, renouvelle et transforme l'idée de Dieu. » = « En premier lieu, cette notion étant spontanée devient vivante. Chez nous, elle est d'ordinaire un article de catéchisme que, pendant l'adolescence, on dépose dans un coin de sa mémoire ; on le reprend vers la vingtième année pour le rédiger un peu autrement, d'après Voltaire ou Rousseau. Après cela, on n'y pense plus; elle repose dans un cabinet obscur où l'on n'entre presque jamais ; on se garde bien de la briser ; mais on se garde presque autant d'y toucher. En Allemagne, elle est un hôte assidu, familier ; on la retrouve en soi à chaque moment, dans une promenade, une conversation, une lecture ; elle n'est pas un simple sujet de curiosité spéculative ; elle rentre fréquemment dans l'homme, avec son cortège d'émotions, avec tout son ascendant, aux divers tournants de la vie, à la naissance d'un enfant, à la mort d'un ami, aux changements des saisons, à l'aspect de la campagne, dans les préoccupations de la politique, au contact de la poésie et de la musique. Si je voulais citer en France des esprits de cette trempe, j'en trouverais trois : George Sand, Michelet et M. Renan : ils passent pour les plus irréligieux de la France, et, au fond, ce sont les plus religieux ; il n'y a pas un roman où l'auteur de Mlle île In Quintinie n'introduise le sentiment du divin et de 1 infini ; les auteurs de la 1 ie de Jésus et du Prêtre laissent incessamment percer dans leurs écrits ce fonds de poésie et de philosophie qui fait les mvstiques ; c'est justement parce qu'ils sont très préoccupés de la religion qu'ils se sont mis en guerre avec l'orthodoxie. — En second lieu, l'idée de Dieu, ainsi comprise, perd la précision que nous aimons tant. Lu Allemand aura de la peine d'accepter le Louis XIV agrandi que Bossuet fait régner dans le ciel, l'habile mécanicien dont Voltaire a besoin pour ajuster les rouages de l'horloge universelle, le personnage considérable et bienveillant que Béranger traite en camarade et qu'il salue sans lui demander rien ; les contours d'une pareille figure sont trop arrêtés pour lui ; il la trouve un peu idolàtrique ; la piété qu'elle excite lui parait presque semblable à celle d'un Italien devant sa madone ou son saint favori... Même s'il est orthodoxe, il s'échappe du côté de la poésie et de l'émotion : le dogme se fond sous sa main ; les formules et les confessions de foi, sollicitées, amollies par la pression imperceptible et incessante du sentiment intérieur, laissent passer l'interprétation et l'exégèse ; cette puissance

universelle qu'il entrevoit dans l'histoire, clans la nature et jusque dans les palpitations de son propre cœur, déborde du moule étroit où l'autorité veut l'enfermer, et parce qu'il la sent infinie, épandue partout, hors de proportion avec toute forme, il ne peut la définir par une forme. A cet égard, toutes leurs théologies sont instructives. Quand ils prononcent les mots scolastiques, ils les entendent dans un autre sens. — D'autre part enfin, comme l'idée de Dieu, en Allemagne, n'est pas un dogme appris, mais une œuvre personnelle, elle est diverse selon les divers esprits; chacun se la fait d'après son expérience propre ; j'oserais dire que toute àme bien douée doit avoir la sienne. D'homme à homme, sa nuance et son expression varient. A parler exactement, elle est toujours une hérésie (airesis), c'est-à-dire une opinion préférée, librement et sérieusement choisie ; à ce titre, elle est respectable et respectée, car elle traduit 1 état et les facultés d'une àme, comme le timbre d'un instrument annonce sa structure et ses matériaux. On tolère et même on écoute celui du voisin ; les dissonances semblent naturelles ; on n'en conclut point, comme en France, que le voisin est un athée, un impie ou tout au moins une cervelle trouble attardée dans les phrases nuageuses et les inconséquences ; on ne le somme pas de choisir entre l'orthodoxie officielle et la négation pure, en le condamnant, s'il refuse, à manquer de logique ou à manquer de bonne foi. Dès lors, il y a place dans le christianisme pour une infinité de croyances ; si l'enceinte est commune, tous les sièges sont distincts; mais aucun mur ne les sépare. Le docteur Strauss et M. Bunsen peuvent donner la main aux orthodoxes rigides ; Schleiermacher l'avait déjà donnée à Spinoza ; tous admettent que Jésus fut un homme divin ; quant au mot divin, chacun se le définit à soimême, selon le degré de sa science positive, selon l'espèce de ses vues philosophiques, selon la vivacité de son sentiment poétique, selon l'élévation et la pureté de ses idées morales, avec les métaphores et les formules qui lui paraissent le moins impropres à exprimer l'émotion et la vénération qu'il éprouve, lorsque, jetant son regard sur notre petit monde, il tâche de concevoir sur ce faible indice la source profonde, le développement grandiose et l'accablante infinité de l'univers. » = Retour au livre de C. Selden. — « Entre cinq ou six esquisses..., j'en choisis une très courte, et qui me semble un petit chef-d'œuvre. Sobriété,- précision, simplicité de style, noblesse d'âme, tout y est. Que l'auteur nous en donne souvent de pareilles; l'invention vaut mieux que la critique ; même en fait d'histoire et d'analyse, un artiste voit plus loin et plus au fond qu'un historien. » — Longue citation. (Débats du 7 février 1869.)

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