ESSAI SUB TAINE
Stuart Mill, Philosophie de Hamilton, traduction Cazelles.
Eloge du livre. ■ — « Sauf le talent littéraire, je ne crois pas avoir lu. depuis les Provinciales de Pascal, un livre de polémique plus puissante, une œuvre d'analvse et de logique plus serrée, plus obstinée, plus capable d'emporter les convictions, et en même temps plus loyale et mieux pénétrée de l'amour de la vérité pure... »
(Débuts du 12 octobre 186g.)
Paul de Saint- Victor, les Femmes de Gœthe.
w ... M. de SaintA ictor a le goût de la grandeur, et il aime Gœthe ; son instinct le porte vers les figures idéales et vers les plus hautes... A cet égard, son sh le est le meilleur indice; cbacjue écrivain montre jiar le sien les préférences les plus secrètes et les plus impérieuses de son esprit ; c'est surtout dans les finales qu'on se trabit. Les uns accumulent les images, leur idée ne leur parait complète que lorsqu'elle s'est entourée d'une draperie abondante et multicolore. Les autres ont besoin d'un résumé court, d'une formule abréviative et précise. Quelques-uns terminent toujours par un mol piquant, un trait d'esprit; d'autres ne terminent pas, cl croient qu'il faui laisser dans l'esprit du lecteur un contour fuyant, une émotion indistincte, une simple impression d'ensemble... » — Manière toute sculpturale de Saint- Victor. (Débats du 2 4 décembre 18O0.)
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Pour une statue à Hegel1.
Éloge de Hegel. — « On peut comparer son œuvre à un grand modèle de cathédrale en bois, qu'on tâchera plus tard de construire en pierre. Les lignes générales en sont admirables ; mais certaines parties ne seront peut-être jamais réalisées. En t'ait d'indication provisoire, c'est encore ce que nous avons de meilleur et de plus grand. » = «En politique, Hegel fut de cette école dont le sort est d'avoir éternellement raison (et, ce semble, d'être éternellement battue), qui veut tenir compte à la t'ois des nécessités contradictoires inhérentes à la nature des choses. Il fournit des arguments à la démocratie et au droit divin; des royalistes et des républicains sortirent de lui. Il fut, en tout cas, le seul Allemand qui ait jamais compris la Révolution française. Sa vaste tête, où tout était à l'aise, embrassait les manifestations les plus opposées de l'esprit, ne cherchait pas à les concilier, s'intéressait à leur guerre, les légitimait tour à tour... Si Hegel vivait encore, plusieurs faits de notre plus récente histoire lui auraient peut-être suggéré cette formule : « Le Français, dans une œuvre, voit moins l'œuvre en elle-même que la manifestation à laquelle cette œuvre sert de prétexte. » Nous craignons que cette tendance ne nuise un peu chez nous à la statue que les philosophes de Berlin veulent élever à leur illustre maître. Que manifesteront, en effet, ceux qui souscriront à ce monument? Ils ne manifesteront rien du tout, si ce n'est leur estime ou leur admiration pour un penseur éminent. Ils ne feront acte d'adhésion ni àun parti philosophique, ni à un programme politique; ils témoigneront simplement qu'ils veulent honorer l'humanité dans un des plus grands esprits qui ont le mieux montré à quelle hauteur elle peut s'élever. L'initiative de la société de Berlin est dégagée de toute attache officielle. Le gouvernement n'y est absolument pour rien; loin de là ; une des raisons qui font désirer aux auteurs de la souscription une participation internationale à leur œuvre est l'opposition haineuse que témoigne, selon eux, le gouvernement prussien contre la philosophie spéculative... »
(Débats du 20 janvier 1870.)
1. Quoique cette lettre soit signée par Tainc et par Renan, il semble au style qu'elle soit plutôt l'oeuvre de ce dernier.
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Lettre au Directeur du Temps.
« Permettez-moi de soumettre à vos lecteurs une idée très simple, et, je crois, utile. Plusieurs personnes à qui j'en ai parlé la trouvent opportune et pratique ; entre autres avantages, elle a ce mérite, qu'elle peut être mise à exécution par chacun de nous, dans son petit cercle, et sans qu'il lui en coule rien. » — Un jour, dans un cale de province, il n'a pu trouver que des journaux révolutionnaires : ils étaient envoyés gratis, et dispensaient d'un abonnement. — « Ces petits faits .. montrent la force de propagande qui est propre aux opinions radicales. Etant violentes, elles sont contagieuses. L'utopiste, le sectaire, les hommes à principes abstraits, les déclassés qui sont aigris contre la société, les rêveurs qui ont découvert une recette certaine pour établir sur la terre la justice et le bonheur parfaits, ont besoin de communiquer leurs idées ; ils colportent leurs petits livres, ils prêtent ou donnent leurs gazettes, et, à la fin, la balance penche de leur côté, parce que de l'autre côté il n'y a pas de contrepoids. » — Autres faits analogues ; — raisons diverses qui expliquent la rapidité de diffusion des opinions violentes et la lenteur de diffusion des idées modérées parmi les ouvriers et les villageois. — « Ainsi formés, on comprend qu'ils votent au hasard, ou mal, ou point du tout. » = « Il ne tient qu'à nous de leur fournir un meilleur pain quotidien, celui que nous mangeons nous-mêmes, et pour cela il suffit de leur donner nos journaux après que nous les avons lus. Chacun de nous reçoit le sien, celui qu'il juge le plus sensé, le plus instructif, le plus honnête; rien ne l'empêche, après en avoir profité, d'en faire profiter autrui... Votre domestique est un homme, un citoyen actif; son vole au scrutin compte autant que le vôtre. Il n'est ni humain, ni même prudent de le traiter en étranger, en mercenaire; par delà son respect officiel, sa bienveillance intime a du prix. Elle n'est pas difficile à gagner; de petites attentions y suffisent, et c'en est une que de lui donner régulièrement tous les jours votre journal lu. » — Bons etfets de cette habitude. = Les gens riches et aisés qui habitent la campagne devraient envoyer leurs journaux au maître d'école, au curé, les faire porter au cabaret, les faire circuler à tour de rôle parmi leurs fournisseurs ; — « et je ne doute pas qu'au bout de deux ou trois années vous ne retrouviez dans les votes plus nombreux et plus sensés de votre
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commune l'action lente, l'infiltration sûre de votre journal. » = « Presque tout homme qui en emploie d'autres » devrait agir ainsi ; « sept ou huit personnes pourraient s'entendre pour faire cette distribution à hon escient et éviter les doubles emplois. » — « D'ailleurs, toute association, toute réunion d'hommes qui veulent ensemble une même chose, est salutaire aux associés... Cela est utile partout, et serait plus que partout utile en France, où non seulement les classes, mais les individus sont séparés, où, sauf la proche famille et quelques amis anciens, personne ne tient à personne, où les hommes ne se touchent que par les liens lâches du monde et de la politesse banale. » — Réformes et institutions qu'il faudrait souhaiter dans cet ordre d'idées. — « N'allons pas si loin ; en toute chose, le commencement est le plus difficile; mais ce sera déjà un commencement bien beau et bien gros d'avenir, si quelques milliers de personnes en France veulent s'entendre pour donner à leurs voisins plus ignorants et plus pauvres le journal de la veille dont elles n'ont que faire et qu'elles jettent au rebut avec les vieux papiers. »
(Temps du 5 février 187a.)
Lettre aux Débats.
« 11 faut que d'ici à deux ans nous payions 3 milliards, et même 3 milliards 1/3 ; il le faut, car nous avons la baïonnette sur la gorge, et si nous ne sommes pas prêts aux échéances, la baïonnette s'enfoncera. — Pour fournir cette énorme rançon, deux sortes de moyens sont proposés, et font appel à des sentiments très différents. » = « Le premier est l'emprunt ordinaire rémission de
rente par souscription publique... Il est certain qu'elle sera efficace, car l'an dernier, au lieu de 3 milliards qu'on lui demandait, elle a offert \ milliards, 800 millions. Il n'est pas moins certain qu'elle sera seule efficace, et que les offrandes volontaires ne fourniront jamais une somme qui puisse dispenser d'y avoir recours. Sur ce point, il ne faut pas nous faire d'illusions; la taxe volontaire peut procurer des millions, mais jamais des milliards; en Italie, dans un cas semblable, elle a donné 7 millions de francs ; aux Etats-Unis, où l'esprit public est si fort, 5 ou 6 millions de dollars. Quand même la nécessité plus urgente et le caractère plus enthousiaste rendraient chez nous l'élan plus fort, la distance entre