PREFACE DE LA PREMIERE EDITION XI
Je ne m'en suis pas tenu là. Comme tous ceux qui ont beaucoup écrit au jour le jour, Taine, trop difficile pour lui-même, avait laissé mainte page de lui dans les journaux ou Revues auxquels il avait collaboré. En dépouillant avec soin la Revue de l'Instruction publique, le Journal des Débats, le Temps, la Nouvelle Revue de Paris, la Revue des cours littéraires, j'ai retrouvé plus de soixante articles de l'auteur de la Littérature anglaise, — de quoi composer encore deux ou trois volumes d'Essais de critique et d'histoire. Il n'y avait là pas une page banale, pas une qui ne fût de quelque intérêt, et parfois, comme on le verra, d'un intérêt capital; et c'était merveille de voir le grand écrivain, toujours avec la même maîtrise de pensée, toujours — ou presque toujours — avec la même perfection de forme, aborder les^ sujets les plus divers et parler avec une égale compétence de La Rochefoucauld ou de Mendelssohn et la musique allemande, de Léonard de Vinci ou de Fustel de Coulanges, de Stendhal ou de Renan, de l'Esprit moderne en Allemagne ou de Challemel- Lacour, de Cournot ou de Daudet, de M. Renouvier ou d'Auguste Comte... J'ai tiré un très grand parti de ces pages perdues, presque inédites, que Mme Taine, j'ose l'espérer, ne voudra pas condamner à un injuste oubli, et dont elle m'a permis de publier, en appendice à mon livre, les extraits les plus essentiels.
Grâce à ces « documents » de toute première main et, jusqu'à ce jour à peu près inutilisés, j'ai pu reconstituer, avec une assez grande précision, la biograpbie intellectuelle et morale de Taine. J'ai pu refaire, non pas jour par jour, mais presque année par année, l'histoire de sa pensée ; j'ai pu retrouver l'époque exacte à