‹ Essai sur terrains superficiels Vallée du PoChapitre 4 sur 14 · GB · texte numérisé non relu

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un glacier en profitant des cavernes qui se forment à sa base, ou de l’intervalle qui existe quelquefois entre ses côtés et la roche encaissante, on trouve que la glace ne repose pas immédiatement sur la roche ; il existe entre elles une couche de boue, de sable, de cailloux arrondis, ou de fragments encore anguleux. La boue et le sable sont le résultat de l’usure des roches encaissantes, du broïement et de la trituration des fragments qui tombent sous le glacier ou s'engagent entre lui et les parois latérales de la vallée. Il est rare qu’on y rencontre des blocs plus gros que la tête, et l’on comprend qu’ils doivent tôt ou tard être pulvérisés par le puissant EE à

, qui les presse. Tous ces fragments ne sont point en repos, comme ceux qui couvrent la surface supérieure du glacier ; ils sont, au contraire, comprimés, frottés, entraînés, déplacés par le glacier ou roulés jusqu’au-delà de son escarpement terminal par les filets d’eau et les ruisseaux qui circulent partout au-dessous de

lui, et s’échappent à son extrémité sous la forme de torrents. Ainsi donc la mo-

‘raine profonde se compose de boue, de sable, de fragments plusou moins anguleux,

de cailloux arrondis, rayés ou entièrement lisses, suivant la nature de la roche et

les vicissitudes que le fragment a subies pendant son long charriage sous la glace. Imaginons maintenant un glacier en voie de progression : à mesure qu’il s’avance

dans la vallée il entraîne sa moraine profonde avec lui. S’il stationne longtemps,

plusieurs années, par exemple, sur un point donné, 1l y élèvera une moraine

frontale en forme de digue ; mais si, arrivé à sa limite extrême, il fond et recule

aussitôt, alors il ne construit pas de moraine terminale, mais laisse seulement à la

surface du sol sa moraine profonde réunie aux blocs erratiques et aux fragments

qui couvraient la surface de son extrémité inférieure. Le terrain superficiel de

l’espace abandonné par le glacier se composera donc de boue (/ehm), de sable, de

fragments anguleux, de cailloux arrondis, et de blocs erratiques formant une

couche d'épaisseur variable, mais qui ne présente pas la forme de digue des véri-

tables moraines. On conçoit que la proportion des différents matériaux de cette

couche varie singulièrement. Quelques-uns peuvent même manquer tout-à-fait. Aïnsi il est des glaciers dont l’extrémité est recouverte de peu de fragments, et

même ne porte pas de gros blocs erratiques; dans ce cas on ne trouvera que les

matériaux de la moraine profonde. Les gros blocs erratiques et les fragments

| anguleux manqueront complètement. Quand les roches encaissantes du glacier sont tendres, elles sont toutes pulvérisées et réduites à l’état de boue ou lehm : si elles sont dures, cette boue est entremêlée d’un grand nombre de cailloux. N'oublions pas d’ re que, pendant la période de retrait des grands glaciers, ce terrain a été profondément remanié par les eaux résultant de la fusion de la glace, comme l'est encore actuellement celui qui se trouve au-devant du glacier de l’Aar. A cette | action il faut encore ajouter celle des torrents, des eaux, des pluies qui l'ont raviné

4 pendant les milliers d’années qui nous séparent de l'époque g glaciaire.

Ces préliminaires établis, passons à l'examen de la moraine TE de l’ancien

(9) glacier de la vallée de Suse. Elle s’étend jusqu’à Rivalta, Gollegno et Scottina. L'ancien glacier ne s’est pas arrêté longtemps à cette limite extrême, car il n’y a point élevé de moraine frontale; mais il s’est brusquement retiré de quelques kilomètres en arrière, et a ensuite reculé lentement en faisant de longues stations, attestées par les anciennes moraines concentriques qui couvrent Fépide compris entre Rivoli, Sangano et Avigliana. Le terrain glaciaire éparpillé remplit les intervalles ou élites alles qui sépiian les moraines terminales et où se trouvent les

villages de Villarbasse, Buttigliera, Rosta, etc. : il forme ensuite autour de la

moraine terminale une zône circulaire plus ou moins large, qui s'étend de Rivalta au Musinet; sa largeur moyenne est d’un à trois kilomètres (voyez la planche, fig. 1 de a en b); il est légèrement ondulé, et se confond avec la plaine diluvienne &, c) qui. sépare les Ft des collines de Superga. Quand on suit la route de Turin à Chambéry, le sol est parfaitement uni jusqu’à Grugliasco : là les ondulations commencent avec le terrain glaciaire éparpillé, et la route s’élève par une série de pentes et de contrepentes, jusqu’au niveau de Rivoli, Ce terrain se compose de lehm jaunâtre et rougeâtre (boue de glacier) enveloppant des fragments d’un volume très-variable (cailloux glaciaires), et supportant, près de Pianezza, de Scottina et de Villarbasse, des blocs erratiques qui souvent sont enfouis dans le lehm.

Aux environs de Grugliasco on rencontre des amas de sable que nous croyons devoir rapporter encore au terrain glaciaire éparpillé; ils nous paraissent représenter les sables résultant de la trituration des roches par le glacier, et forment cà et là de petits monticules garnis d’une végétation herbacée, maigre et discontinue. Ge sable est Me très-fin, et serait aisément En par les vents, si les graminées qui le recouvrent ne le fixaient pas. Des monticules semblables se retrouvent sur l’ancienne route de France, entre Rivoli et Avigliana, et là ils sont à une élévation telle, qu’il est impossible de supposer, d’après le relief actuel de la contrée, qu’ils aient pu jamais y être amenés par un cours d’eau, fûtil beaucoup plus puissant que celui de la Dora-Riparia. D'ailleurs ces masses de sable ne sont pas stratifiées ; elles ont pu, il est vrai, être remaniées par les vents, comme les monticules des environs de Cambiano, mais elles ne contiennent ni l'argile, ni le limon, ni les cailloux, ni les graviers qui accompagnent toujours les alluvions sableuses des torrents.

Un autre motif nous a engagés à réunir ces monticules de sable au terrain glaciaire ; nous verrons en effet, à propos du terrain glaciaire éparpillé de la colline de Turin, que les dunes des environs de Cambiano, appelées les sakbioni, font suite au lehm amoncelé sur le versant méridional de la colline. Ces sabbioni, qui occupent une surface d'environ deux kilomètres carrés, n'étant pas couverts de végétation, les vents, et particulièrement ceux d'ouest, enlèvent le.sable et le poussent devant eux comme celui des dunes qui hordent le rivage de la mer.

bin

Le terrain que nous venons de décrire contient, comme on le voit, tous les éléments d’une moraine profonde et superficielle réunies. Nous ne nous sommes donc point trompés sur son origine. Îl repose sur Le diluvium alpin que nous décrirons plus loin : c'est ce dont il est facile de s’assurer en pénétrant dans les conduits souterrains d'irrigation que l’on a dérivés de la Doire dans les environs d’Alpignano et de Pianezza. Ces conduits sont ouverts dans le diluvium alpin à 25 ou 30 mètres au-dessous des blocs erratiques gigantesques qui reposent sur le sol environnant. La coupe 1, représente le profil et la superposition des deux terrains, depuis Rivoli jusqu’à Turin : du château de Rivoli jusqu’en a on est sur la moraine frontale; de a en b,on marche sur le terrain erratique éparpillé ; deb en c, sur le diluvium alpin sans fossiles.

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