‹ Essai sur Théophile GautierChapitre 2 sur 10 · JEUNESSE ET DÉBUTS · texte numérisé non relu

JEUNESSE ET DÉBUTS

Théophile Gautier, d'une famille originaire d'Avignon, naquit le 30 août 1811, k Tarbes, dans cet heureux Midi où le don du verbe semble l'attribut naturel de la vie, comme si la spontanéité de floraison de son sol s'étendait d'elle-même à tout ce qui y vient au jour. Cette double provenance le marqua d'un trait indélébile, et il serait aussi impossible de se représenter cet amoureux des belles formes lumineuses comme un fils du Nord, que d'attribuer une extraction méridionale à Walter Scott ou à Lessing.

Il fut l'enfant expansif, mobile, épris d'aventures lointaines, l'adolescent généreux, prompt aux enthousiasmes, hanté de visions d'amour, appelant la gloire. Ardemment sollicité par les splendeurs du monde extérieur, il rêvait les destinées d'un Véronèse, et travailla quelque temps dans un atelier de peintre. Puis, sa vocation prit corps, sans doute dans ses entretiens avec quelques débutants de lettres, Gé-

rard de -Nerval entre autres, engagés fort avant dans la cause romantique, et qui ne négligèrent pas une si précieuse recrue. Il fut des combattants de la première à''Hernani^ et, si on doit le croire innocent du fameux cri : « A la guillotine, les genoux! » jeté aux placides vieillards de l'orchestre, il fit du moins scandale par la pourpre de son gilet^ où les classiques apeurés virent tout un manifeste terroriste. Le gilet, d'ailleurs, était rose, rectifie doucement Gautier, dans ces Souvenirs interrompus qui occupèrent ses derniers jours.

Ses services d'assidu claqueur, trente représentations durant, lui valurent l'insigne honneur d'une présentation en règle à Victor Hugo. Avec quelles transes de néophyte il s'y rendit! oh ! l'escalier oîi les genoux défaillent, oh ! la terrifiante sonnette et la fuite tentée trop tard!... Oh! l'accueil simple, bon enfant, qui lui mit des larmes dans la gorge! Il sortit de l'appartement de la rue Jean-Goujon fanatisé, envoûté pour la vie, et, quelques mois après, il faisait profession de poète, pourrait-on dire, par la publication d'un volume de vers que sa malechance commençante fit tomber en pleines journées de Juillet.

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