TL, I 207; II
IT-iii LES CONFIDENTS 107
lement social avec la modeste activité du bonheur. Plus habile que le misanthrope chagrin, le misanthrope jovial a rompu avec le milieu détesté. Du moins, peut-on railler avec lui « l'endroit stupide et sordide » 21, les caricatures universitaires, et même le reste des hommes. Gray trouva en Wharton le plus intime des confidents. Wharton devint un peu sa conscience.
- Wharton fut pour les manuscrits de Gray un lecteur sans réactions pédantes ni secrètes envies, plus indulgent que sévère, plus admirateur que critique. Il fut le lecteur idéal des tentatives hésitantes et des hardiesses qui cherchent un encouragement : « Tout en tenant compte de votre amabilité et de votre partialité pour moi, je suis content de la bonne opinion que vous semblez avoir » #2, I] comprenait un Franck le Vieux où un Palma, mais assez imparfaitement pour permettre à Gray sa docte mise au point *%, Il cultiva le gothique assez pratiquement pour que Gray lui expédiât de Londres du « papier stuc à trois pence le yard » et l’engageât à la discrétion dans le choix de ses vitres de couleur 234. I1 fut assez entomologiste pour classer les fourmis de Old Park et assez météorologiste pour envoyer à Cambridge des bulletins réguliers de la température, de l’état du ciel et de la direction des vents dans le comté de Durham ?%%5. Wharton aimait aussi la nature grandiose ?%6, et ils échafaudaient le rêve « d’aller tous deux au pied du Skiddaw » 237, Ce rêve ne put se réaliser; mais au désir de peindre à Wharton les joies qu'ils auraient voulu goûter ensemble, nous devons le précieux journal de Gray au Pays des Lacs ?55. Wharton rencontrait Gray docilement en ses plus chères préoccupations.
Wharton était l'ami à qui Gray « disait sa pensée ». On a pu soutenir sans paradoxe qu’il fut son meilleur biographe ***, par l'intérêt biographique des lettres échangées. I1 fut surtout le docteur. Ici, la supériorité se trouvait de son côté, et c'était nécessaire. L'homme se découvrait au praticien, nu, faible, angoissé ?4. Plus d'humour ni d’ironie, mais des symptômes éprouvés, des drogues dosées et le terme brutal que l’on tait à son entourage comme honteux. Gray paraissait devant Wharton humilié et soulagé. Wharton tenait son orgueil dans sa main.
Gray s’abandonna. Il lui parlait sans réserve, laissait courir sa plume : « Je pourrais vous écrire beaucoup de choses encore, si je n'avais pas peur de manquer le courrier » 241, Tous les sujets sont bons, littérature et politique, pluie et beau temps. C’est le libre
231. TL IX 32. Pour les propos de Gray à Wharton sur Cambridge, voir surtout AIT r58-62,.169-71, TOI, 193-5,-107, 201, 217, 224, 327; II 18, 32, 70O-I.