CET SEII
46. TL, II 277. Sur Nicholls, voir TL II xi-xiii, 276. On lira avec intérêt ses Souvenirs
de Gray, TL II 277-092 (cf. CH 22), et la lettre écrite à sa mort par l'éditeur Mathias; MW V 3-21.
114 LES SENTIMENTS II-iv
tance, Gray entra aussitôt en conversation particulière avec Nicholls et l’invita à Pembroke #7.
Nicholls était un délicat de corps et d'âme. Sa santé précaire ne lui permit d'atteindre un âge avancé qu’à force de soins. Elevé à Eton, studieux et fin, sûr dans ses goûts et poli dans ses manières, il se montrait, par ailleurs, d’un naturel enjoué et expansif. Sensible, il aimait avec force, mais sans passion #8.
Il avait à peine dix-neuf ans #. Gray voulut diriger ses études, ses lectures 5. I1 lui commentait les anciens et les modernes, le mettait en garde contre Voltaire, lui montrait ses notes du Musée Britannique, l’intéressait aux arts, à l’histoire, à la géographie. « Lorsque, avec une amabilité et une complaisance à laquelle je dois tout ce qui n’est pas mauvais en moi, il entreprit d'être mon guide et ami, il me plongea dans le grec, que je n'avais pas entièrement négligé jusque-là. I1 me dit : « Quand vous aurez lu ces volumes de Strabon, vous me reparlerez. » Et il me conseillait, en même temps, de passer les deux premiers livres et de commencer à la description de 1’ Espagne » 5. Au printemps, ils allaient ensemble par les sentiers ®?. Le soir, au coin du feu, ils lisaient Platon, discutaient des mérites du Tasse et de l’Arioste 5%. Kt Gray entretenait le jeune homme des gloires naissantes et des amis perdus.
Ces conversations durèrent peu, car Nicholls quitta Cambridge en 1764. Mais ils devaient se revoir tous les ans 51. Nicholls vécut d’abord à Hollinclose Hall, près de Ripon, dans le Vorkshire 55. I1 habitait là avec sa mère, chez son oncle Charles Floyer. C'était leur foyer, le père ayant abandonné les siens 56, En novembre, au retour de son voyage sur la côte de la Manche, Gray lui adressa une lettre gracieuse, 5? lui parlant du climat, des fleurs, des ruines de Netley Abbey avec un sens précis de ses penchants. Familièrement, il l’entretint de Cambridge, des difficultés du ministère, de l’'étonnant chevalier d’Eon. Au mois de janvier 1765, Nicholls vint voir Gray à Pembroke avec son exubérance naturelle 58,
Plus d’un an s'écoule sans qu’on sache rien de leur amitié. A la fin du mois d'août 1766, Gray revient du Kent, perplexe d’être sans nouvelles depuis trois mois. Nicholls est à Ripon, avec sa mère et sa cousine Fanny. Mrs. Nicholls a été gravement malade. La voici mieux, Gray rappelle alors au « jeune oison » qu’on « n’a qu'une mère dans sa vie », et qu’il faut prendre soin d’elle 5°. Il est triste et se plaint de sa solitude 6°, Ce sont des jours sombres.
En septembre, l'oncle Charles mourut. Une certaine analogie avec sa propre existence, l’image de Nicholls seul devant sa mère
47 CAT; TI 285: 48. MW V 3-4. 49. MW V 5.