I-iv LES JEUNES HOMMES
lation depuis que vous êtes parti » 12, L/intolérable fardeau n'avait d’égal que son dégoût de lui-même : « Je n'avais pas encore compris, avant de posséder le bonheur de votre amitié, la solitude et l'insipidité de ma condition » 1%5, C'était une révélation et un effondrement,
La brûlante passion s’éteignit. En apparence, du moins, car il mourut l'an d’après, miné peut-être par son tourment 2. Il fit un effort; voulut reprendre ses études. Mais Cambridge n’était plus supportable. Il se retourna vers Nicholls, lui demanda sa confiance : « Parlez-moi tout votre saoul, sans réserve » 127, Il l’appela : « Ne pourriez-vous pas venir me voir une semaine où deux? Ce serait pour moi le soleil dans les ténèbres » 128. Nicholls ne peut venir. Gray ne peut tenir en place : « Je viens vous voir, mon bon ami » 1%, Ce ne fut que pour parler de l’absent et réveiller la douleur. Il rentra au début de mai : « Je suis revenu, mon cher de Bonstetten, du petit voyage que j'ai fait dans le Suffolk, et qui n’a pas répondu au résultat escompté. La pensée que vous auriez pu être avec moi a rempli mes heures d'amertume. Votre lettre m'a rendu heureux, aussi heureux que peut l'être un homme sombre et solitaire » 150, Il repartit pour Londres; essaya de se distraire en retrouvant Palgrave, Stonhewer et les Lyon. Les maux de tête, la goutte le tourmentent. Il revient à Cambridge; en repart aussitôt, cette fois pour se rendre chez Mason, à Aston. Il y passe une quinzaine de jours; retourne à Cambridge, et se prépare à faire un voyage dans l'Ouest, avec Nicholls 151,
Ils se mirent en route au début de juillet; visitèrent « cinq des plus beaux comtés du royaume »:#?, descendirent la Wye en bateau, admirèrent Tintern Abbey, les vieux châteaux de Raglan, de Chepstow et de Ludlow, le vallon d’Abergavenny, les Leaseowes, les cathédrales d'Hereford, de Gloucester et de Worcester; Oxford enfin 3%, Nicholls, qui, cette fois, rédigeait le journal de route, promenait son voyageur et berçait sa tristesse. Le soir, Gray goûtant fort peu « la nombreuse société assemblée autour de la table », il allait lui lire le Village abandonné, nouvellement paru, et qu’il « écoutait avec une attention profonde » 154,
Tout cela aidait à l'oubli. Déjà il se plaignait de recevoir de Suisse des lettres en style « un peu trop alambiqué », des «lettres capricieuses », dans lesquelles on lui donnait « de mauvaises excuses