‹ Essai sur Thomas GrayChapitre 123 sur 446 · Account, 0. ©. Sup. n. I, P · texte numérisé non relu

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132 LES SENTIMENTS II-v

en coiffe noire ornée d’une plume. Ces deux derniers personnages parfaitement insignifiants. Mais le personnage principal a une vie et une âme des plus exquises dans les yeux » ‘.

Il percevait l’œuvre avec force, entendait son appel. Son imagination répondait à sa vertu suggestive. Il suivait l’artiste dans la palpitation des formes, dans l’impondérable traduction de la vie; il participait à son mystère. Et, marque de l'émotion goûtée pour elle-même, il lui voulait un fondement véridique. I1 repousse l'invraisemblance d’un Saint Sébastien percé de flèches et « pourtant plein de vie : c’est une faute » 55. I1 condamne l’artificielle mythologie de Cortone, et s'accorde, enfin, avec l'abbé Dubos, en citant ses paroles : « Des personnages que nous connaissons pour des phantômes imaginés à plaisir, à qui nous ne sçaurions prêter des passions pareilles aux nôtres, ne peuvent pas nous intéresser beaucoup à ce qui leur arrive » 54 L'art s'adresse au cœur et doit le satisfaire. Il repose sur l'émotion et sur la vérité des sentiments. Le sentiment vrai se définit par son action sur la sensibilité indi-

viduelle.

Si l’on considère maintenant les éléments constitutifs de l’œuvre, la faculté d'émotion, le besoin de réalité s’accordent-ils avec les théories de l’art, rationnelles ou sensualistes ?

Notons, avant tout, la volonté d'indépendance de Gray. Il désire marcher seul. Des médiocrités, des insuffisances d'initiation montrent l'envers de sa franchise. Sa minutie s'attache à des détails futiles; aux dimensions de la toile; à son degré de fraicheur %5. Devant un Salvator « taché par l'humidité », il passe, indifférent 5%. Si ses jugements coïncident avec l’opinion moyenne pour louer la somptuosité de Véronèse ou la fougue du Guerchin, pour désapprouver les sombres masses du Giorgione ou la violence du Rosso, son goût le pousse à négliger l’étonnant coloris du Titien, si la ligne est médiocre; à déclarer Rubens « très mauvais », parce qu'il manque de délicatesse; à préférer infiniment les têtes du Parmesan aux portraits de Raphaël; à dédaigner les primitifs pour exalter les décadents de l’école des Carrache, virtuoses du fini, de la netteté, de la grâce mamiérée ‘7. Libre vis-à-vis des autres, il le reste à l’égard de lui-même. Les douceurs d'André del Sarto devaient le séduire, mais son type de Vierge lui déplaît : il refuse donc tout mérite au peintre de la Sainte Trinité et s'étonne de son « grand renom »‘%$. Pour ses préférés eux-mêmes, il sait être sévère. Le Dominiquin, qui « s’est si amplement révélé comme un grand maître », lui propose une Diane « très fameuse, mais je

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