‹ Essai sur Thomas GrayChapitre 124 sur 446 · LS PEINTURE ET MUSIQUE · texte numérisé non relu

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ne sais pourquoi » 5°. Ie Guide, « en tous points exquis », peut lui paraître « mou et manquer de caractère » 7.

À ces rigueurs, s'ajoutent les irrévérences d’un humour sans merci. Le sanglier de 1’ Adonis blessé de Bernini « est un vulgaire pourceau » 71, Salviati transforme la Résurrection de Lazare en scène bouffonne, avec « cette absurde expression des femmes qui se bouchent le nez » 2, Les Enfants Jésus sont irritants; même ceux de Iéonard de Vinci, vrais « petits monstres »; même ceux du Parmesan, tant admiré, qui « se vautrent d’une étrange manière » #. Dans une Madone du Rosso, au palais Pitti, « Marie-Madeleine est assise à terre avec un autre saint mâle en vêtements à transformations. Ils louchent énormément tous les deux, ainsi que le personnage central, qui est une simple souillon » 7. Quelle que soit sa vivacité, un tel sens du ridicule est d'ordre rationnel. Mais, de toutes les démarches de la raison, n'est-il pas la plus spontanée? Instinctive impatience du tempérament individuel, il participe aussi bien du sentiment.

Un rationalisme subjectif, dégagé du dogme, où les ingrédients d'emprunt s’assimilent aux instincts, où tout principe s'adapte à la résonance intérieure, caractérise en définitive l'attitude de Gray.

Le naturel et la vie se posent comme conditions premières de la valeur. Au seizième siècle, Vasari, qui ne manquait ni de goût, ni de finesse, mais livrait avec parcimonie ses impressions, disait parfois : « On croirait contempler la nature elle-même » 75. Gray revient à ce naturalisme élémentaire, voisin de l'idéal vulgaire de l’art. Mais il en connaît le sens profond. Reproduire exactement la nature, trouver l'expression «la plus naturelle qu'on puisse imaginer », tailler dans le marbre « la draperie aisée et simple », fixer sur la toile le portrait « dégagé et naturel, et pourtant parfaitement grand », n'est-ce pas là le souverain privilège de l’artiste? 7 Reconnaissons-le d’abord : « Portrait appelé le Maître d'école, célèbre à juste titre. Assis devant une table, un livre à la main, dans une attitude impossible à décrire; pas très commune, mais un miracle d’aisance. Vieillard en noir, avec bonnet noir, en buste. Vraiment bien, et nature parfaite » 77. De tous les jugements lapidaires de Gray, il n’en est pas de plus décisifs que ceux-ci : « Pas bon; pas du tout la nature »; «la vraie nature en vérité, et excellent ‘dans le genre inférieur » %.

Genre inférieur, en effet, mais légitime, que la « nature subalterne » *. Acceptons la plantureuse et rubiconde « fille des champs

69. MW IV 268, 232. 70. MW IV 228, 220. 71. MW IV 282. 72. MW IV 247. 73. MW IV 282, 220. PARLE E2T0; | 75. Vie des peintres, trad. Leclanché, Paris, 1839, IV, 48, 211, 231 et pass. 76. MW IV 285, 262; TK 221. 77. MW IV 234 (Titien). LE235;234 Gray dit d’un Christ de M. A. Caravage : «Excellent in a low way, but it is a perfectly Drch scene. » (TF 234).

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portant des fleurs. paysanne grossière, avec des cheveux noirs bouclés, mais immensément vivante et naturelle » 8. Acceptons le « mariage campagnard dans le style flamand »®. Acceptons la peinture flamande elle-même, la « dame en noir avec une fraise, assise, maigre et vieillotte. Sans grâce ni beauté. Mais un peintre doit prendre la nature comme il la trouve et doit imiter le vêtement gothique de l’époque. Le visage, les mains sont peints à miracle. La peau est parfaitement transparente. Vraiment de la chair et du sang »®?. La peinture flamande réalise donc, elle aussi, le « miracle »; elle possède la « magie de l'art » 55.

Faut-il voir là une concession, une tolérance? Le miracle, n'est-ce pas la métamorphose du serpent en « objet aimable »? Aristote, Boileau ou Pope demandaient-ils autre chose que l’imitation de la nature?

Gray traîne après lui des lambeaux tyranniques. Il parle, à l’occasion, de « juste choix », de « vulgaire expression, sans dignité »; donne même au mot gothique un sens péjoratif #4. On peut invoquer son jugement du Martyre de Saint Erasme de Poussin, « trop horrible pour la peinture. Je ne comprends pas qu'une scène, qui par son horreur (même en la supposant représentée de la façon la plus vivante) serait absolument impropre au drame (qui est un mélange de poésie et de peinture), soit jugée propre à être offerte aux yeux dans un tableau »%. Devant cette toile outrancière, la formule apprise a traversé son esprit.

Mais la nature de Gray n’est pas l’ordre de la nature. Il ne condamne jamais au nom d’une propriété intangible et absolue, ni relative à un principe immuable. La propriété requise émane du sujet. Il dit : « Personnages et attitudes vulgaires et mal faits pour une telle scène » %6. Nous ne pouvons pardonner à André del Sarto d’avoir choisi pour modèle de Vierge la belle, mais revêche Lucrezia della Fede 87, ni au Caravage de représenter une Madeleine repentante sous les traits d’une « petite fille commune, une naine, qui a l'air ivre et endormi avec sa tête appuyée sur sa poitrine et son jupon à fleurs » 8. Sa notion de dignité, en même temps que sa fine compréhension des sujets familiers, apparaissent dans cette plaisante description : « Vieille femme racontant une histoire, Jeune fille travaillant auprès d'elle. Celle-ci créature ordinaire, sale, boudeuse et semblant rechigner à l’ouvrage. La vieille paraît la gronder avec le sourire malicieux que l’on voit chez de telles gens quand ils ont le plaisir de la supériorité. La periection même, dans le genre commun, et, sans doute, d’après

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