MW IV 240, TE 221, MW IV 246; MW IV
136 LES SENTIMENTS II-v
conventionnel, mais l’heureuse utilisation des moyens esthétiques — lignes, couleurs, correspondances, contrastes, mouvements, unité dans la diversité — qui frappent l'accord sympathique et procurent le plaisir d’une réalisation conforme à l'attente *. L'art répond alors aux exigences du « sixième sens » de l'abbé Dubos; pourvoit, selon la formule de Shaftesbury, au « bien-être de la vue »%, À cette seule condition, l'artiste pourra solliciter notre indulgence, mais il est nécessaire que cette condition soit remplie. Gray dira d’une Présentation de la Vierge : « Beauté et nature parfaites... Quelques fautes de dessin; mais une harmonie et une douceur d'ensemble qui les rachètent amplement » 100,
I1 reste à percevoir la vibration elle-même. On en mesurera la plénitude dans sa description de la Madone au long cou du Parmesan. Voici Gray devant la toile, saisissant son carnet. D'un crayon hâtif, il jette quelques phrases simples. Leurs modulations sans apprêt épousent, dans un enchantement, la grâce, la beauté, la vie et la souplesse rythmique des attitudes : « Elle est assise et montre l'Enfant endormi sur son sein à des personnages angéliques qui se pressent pour le voir. Il y a un groupe de trois têtes inexprimablement belles : un jeune homme, de profil, portant un vase à la main; un visage de jeune fille, vue de face, avec des yeux bleus et des cheveux clairs, vêtue comme la plus belle statue antique et adorable au delà de toute imagination; un garçon, qui passe sa tête entre les deux, avec une chevelure toute bouclée et une expression des plus naturelles. La Vierge n’est pas belle, mais elle a un air de grande majesté. Sa tête et sa coiffure d’un goût exquis. Drapée en petits plis, qui montrent à merveille le gonflement du sein et son contour » 11,
Il faut encore feuilleter toutes ces Nofes pour comprendre sa joie des lignes et des couleurs. C’est « une tête appuyée sur un bras posé sur un genou »; la « majesté » d’une statue de Pompée; le « gracieux » profil d’un Auguste devant Cléopâtre; un Romain qui emporte une Sabine « les deux bras levés »; les attitudes « pleines de flamme » de soldats carthaginoiïs 102; un Saint Michel, du Guide, « d’une beauté si angélique que seul ce maître pouvait l’imaginer. La sveltesse et la légèreté de tout le corps, ajoutées au merveilleux mouvement que lui donne sa pose, en font un tableau des plus divins, où le coloris est tout splendeur et harmonie » 193,
Les ombres « fuligineuses » lui sont « désagréables »; les draperies qui forment « une grande tache sombre »; les « barbouillages qui font paraître les personnages sales »104, I1 se détournait des cou-
98. Cf. À. de Grammont-Lesparre, 0. c. sup. n. 1, pp. 108 et sq.
99. J. Bédier et P. Hazard, o. c. sup. n. 83, IL, p. 41; Shaftesbury, o. c. sup. n. E p. 143 (On the Freedom of Wit and Humour, IV, 3). j F #: