MW IV 288-0. 113. TF 218 (Salvator Rosa
138 LES SENTIMENTS II-v
sein voilé d’une étoffe légère qui « révèle admirablement ce qu'elle voudrait cacher » 114, À Modène, son regard néglige les personnages principaux d’une scène mythologique, et se porte sur «une Nymphe très belle, essayant de se dissimuler derrière un buisson qui cache très peu de sa personne. Une autre, debout dans l’eau jusqu'à la poitrine, arrache une branche du même buisson et expose ainsi sa compagne davantage » 15. D'un ordre différent, mais voisin, est le trouble des méditations où il absorbe les souffrances pathétiques d’une Mère douloureuse, « extrêmement pâle et minée par l’affliction, vêtue de noir et blanc, comme une religieuse » 116, Les deux sentiments s'unissent même, le souvenir errant des joies charnelles exalte la pénitence chez les Madeleines, qu’il contemple avec une étrange ferveur; celle du Corrège 117; celle du Guide, « assise, appuyée sur un bras, les yeux levés vers le ciel. Mais de tels yeux et un tel visage, une telle beauté et une telle douleur, pour sûr n’ont jamais paru chez créature mortelle. Les mains et les pieds à l’égal du visage. La chevelure d’un brun clair, ondulant très bas et d’une finesse inexprimable. Drapée en plis vastes et magnifiques. Anges au-dessus de sa tête. Coloris d’une solennelle douceur. Tout est clair et exquisement harmonieux. Des plus divins ! » 118 Moins splendide, mais plus saisissante est la Madeleine d’Annibal Carrache « levant légèrement des yeux pleins d’une expression inaccoutumée. Grande douleur, avec un mélange d’indignation qui semble dire : « Pourquoi nous avez-vous donné les passions ? » 119
On pourrait encore ajouter cette brève note : « Narcisse à genoux. On voit dans son visage un désir ardent mêlé de désespoir. L'exécution est douce et belle » 120,
Après cette effusion magnifique d'Italie, Gray parla peu de peinture. La musique, au contraire, le captiva toujours et consola souvent ses sens sevrés de joie. Les circonstances se prêtèrent à une éducation musicale qui demeura fort modeste. Les collèges enseignaient le chant pour préparer aux ordres. Dès son entrée à Peterhouse, Gray fut nommé Cosin Scholar et dut, à ce titre, suivre régulièrement les classes de chœur 11. Les inflexions douces et justes de sa voix menue charmaient ses camarades 12?, I] passait pour le musicien de la « Quadruple Alliance ». Ashton parlait avec ironie du pouvoir qu'exerçaient sur Orosmades le «chant des Sirènes » et la voix de Farinelli #3. Walpole écrivait un jour à West : « Pour ce qui est des compositions de Tartini, adressez-vous à Gray. Moi, je ne m'entends guère à la musique » 124.
114. MW IV 278. 115. Mss. Mitford, fol. 141-2. 116. MW IV 233. 117. Mss. Mitford, fol. 158.