Luna habitabilis, AB 140-4; cf. inf. IV, i, p
Te CT Ier ; 14. Ad C. Favonium Aristium, 1-8 (AB 144).
146 LES SENTIMENTS II-vi
montagnes et de précipices; de montagnes, il est vrai, qui ne s'élèvent guère au-dessus des nuages; et les escarpements ne sont pas tout à fait aussi terribles que la falaise de Douvres. Mais de ces collines que des gens comme moi, qui ne veulent pas se rompre le cou, peuvent s’aventurer à gravir, et des rochers qui procurent aux yeux autant de plaisir que s'ils étaient plus dangereux. Vallons et coteaux sont couverts des plus vénérables hêtres et autres révérends végétaux, qui, comme la plupart des vieilles gens, racontent toujours dans un rêve leurs vieilles histoires aux vents,
Et, en inclinant leur cime chenue, disent,
dans leur muimutre sonore, les décrets du Destin;
tandis que des visions, sensibles à l’œil du poète,
s’attachent à chaque feuille, se pressent sur tous les rameaux.
Au pied d’un de ces arbres je fe m'accroupis, moi, le Pense- 7050, et je suis une pousse du tronc pendant une matinée entière. Le lièvre craintif et le folâtre écureuil gambadent autour de moi, tel Adam au Paradis, avant qu'il eût son Eve. Je crois pourtant que celui-ci ne lisait pas Virgile, comme je le fais habituellement. Dans cette posture, je converse avec mon Horace à haute voix, c’est-à-dire que je vous parle. Mais je ne me rappelle pas vous avoir jamais entendu me répondre » 15.
On a découvert dans cette lettre fameuse la première expression du sentiment moderne du pittoresque 6. Pas un objet ny est décrit. Un jeu d'esprit, tissé de réminiscences littéraires, y tient lieu de peinture, l'évocation d’une nature disciplinée, d’un « chaos » sagement sauvage, est renouvelée de Denham et de Pope 17. La « falaise de Douvres » vient de Shakespeare !#; les « vénérables hêtres » sont empruntés à Virgile ®. La chanson du vent dans les arbres connaît en Angleterre tous les honneurs du lyrisme champêtre depuis Marvell, a déjà essuyé les sarcasmes de Pope *. La note de rêverie attristée, la comparaison avec Adam, rappellent le Penseroso et le Paradis Perdu de Milton, l'Hymne au Contentement de Parnell. Quant au monologue sans retour au cher absent, il est encore imité de Virgile, le grand inspirateur en somme de cette fantaisie : « Chaque jour il venait sous les cimes ombreuses des hêtres touffus. Là, solitaire, il jetait en vain aux montagnes et aux forêts ces plaintes sans art : O cruel Alexis ! tu dédaignes mes chants ! tu es pour moi sans pitié ! tu me forceras enfin à mourir... » 21
Le jeune promeneur était bien là, cependant, au pied du hêtre.
ES CT 93-42. TOAGE 116!