Enéide, VI
23. Sur l’Ode à la Solitude de Pope, et sur ses imitations, cf. Oswald Doughty, Forgotten Lyrics of the Eighteenth Century, Londres, 1904, pp. 107 et sq.
24CT Fr02. 25.: Cf: Sergi, 0. €. SUD. nn. I, D. 309
148 LES SENTIMENTS II-vi
d'Evelyn, bien antérieur, exigent une lecture attentive. Dans les plaines, ces écrivains admirent l’ordre et la fécondité, l'empreinte du travail de l’homme et la promesse de son bien-être. Si d’une hauteur ils découvrent un panorama, ils s’émerveillent déjà de l'immensité, de l'agrément des perspectives #%. Au milieu des montagnes, ils commencent à s’émouvoir. Dans la mesure où leur chemin est dangereux, où ils redoutent les avalanches et les bêtes sauvages, où ils souffrent du vent et du froid, les précipices, les bois obscurs, les rochers énormes, les effraient ?7. Mais le spectacle féerique d’une mer de nuages ou le Léman dominé par les cimes neigeuses communiquent à Evelyn un sentiment profond du grandiose *#. Addison, de son côté, saisit les caractères essentiels du pittoresque de la grande nature : horizons tourmentés, vertige du ravin profond et de la pente abrupte, fascination du lac, étendue limpide dans la confusion des brèches et des contours chaotiques *, Ses préoccupations utilitaires s’effacent alors : « Les éléments d’un beau paysage ne sont pas toujours les plus profitables à leur propriétaire » 5°, Pour décrire la roche escarpée, les deux écrivains emploient l’épithète traditionnelle de horrid, soit «horrible » par métaphore, mais proprement « hérissé », « découpé », c'est-à-dire pittoresque. Ie mot exprime deux sentiments contraires qui peuvent devenir voisins, et parfois, Addison le dit en propres termes, « une sorte d'horreur agréable » 31, C’est la définition même du sublime.
Visitant la France et l'Italie, Gray regarde d’un œil froid certaines beautés indiscutables 32. Son goût pour le paysage fertile aime la Champagne « couverte de vignes et de champs de blé »; les « oliviers et les blés bien cultivés » du royaume de Naples, ses « belles routes larges et fréquentées » %%. En Savoie règnent, au contraire, « misère et saleté »; la plaine romaine est « naturellement stérile et déplaisante »; aux abords de Florence, on ne voit « à perte de vue que collines noires et arides, à jamais rebelles à toute culture et aussi laides qu'inutiles »%4 J/hiver, autre stérilité, enlève leur attrait aux plus riantes campagnes. La Lombardie, « qui doit être le plus adorable pays du monde pendant la belle saison, est maintenant toute déformée...; mais on y voit encore le squelette d’un endroit charmant et on récolte le bénéfice de ses produits » 55,
Il gravit la montagne. Son aversion pour la nudité le poursuit. Humoristique, il résume son impression : « Rochers et torrents
26. Evelyn, o. c. sup. II v n. 35, p.92; Addison, Remarques, 0. c. sup. II v n. 28, P. 358. 27. Evelyn, bid., 173; Addison, 1bid., p. 508.
28. Evelyn, 1bid., pp. 61, 141. 29. Addison, 2bid., 414, 507, 509, 537. 30. Zbid., 537-8. 31. Tbid., 511.
32. Le lac de Genève, par exemple, ou les Apennins (TI, I 40, 49).