I-vi LA NATURE
au-dessous, pins et neiges au-dessus, horreurs et terreurs de tous côtés. L'auteur périt d’effroi » *%, On l’a couvert de fourrures et juché sur un grossier palanquin. Sa tête tourne, ses oreilles bourdonnent. Tout à l’heure un loup est sorti du fourré, a égorgé le chien de Walpole. Les laquais ont tiré leurs pistolets, et pour un peu la chaise tombait dans un ravin, à cinquante brasses de profondeur %’. Que d'émotions, mais quelle lutte de sentiments ! On remonte la vallée de l'Arc : « L'hiver était si avancé qu'il gâtait dans une large mesure la beauté du paysage. Cependant il restait quelque chose de beau dans tout le sauvage et toute l'horreur de l'endroit » 38. On descend sur le versant italien, « six milles, infiniment plus abrupts que la montée. Les hommes qui vous portent volent positivement; ils sautent de pierre en pierre là où d’autres ne pourraient faire trois pas sans tomber. L/immensité des précipices, le grondement de la rivière et des torrents qui s’y jettent, les immenses rocs couverts de glace et de neige, les nuages audessus et autour de vous, sont des objets qu’il est impossible d’imaginer sans les voir. On nous en avait fait d’étranges descriptions, mais aucune n'en approche » 5®.
Quelques jours auparavant, Gray avait visité la Grande- Chartreuse. La route était étroite, mais sûre; les chevaux connaissaient le trajet, Il avait pu admirer sans terreur 4.
Quatre documents rappellent cette mémorable ascension. Voici, détaché d’un cadre de citations latines et de réflexions sur les montagnards à goitre dignes de Gonzalo, le récit destiné à West :
« Dans notre petit voyage à la Grande-Chartreuse, je ne me rappelle pas avoir parcouru dix pas sans une exclamation impossible à contenir : pas un précipice, pas un torrent, pas un rocher qui ne fût chargé (pregnant) de religion et de poésie. Voilà des spectacles qui convertiraient un athée par la sainte terreur qu'ils inspirent, sans le secours d'autre argument. Point n’est besoin d'une imagination très fantastique pour y voir des esprits en plein midi. La mort est perpétuellement devant vos yeux, mais assez éloignée pour émouvoir l'esprit sans l’épouvanter. Je suis convaincu que Saint Bruno était un homme d’un génie peu commun pour choisir un tel site de retraite. Peut-être aurais-je été un de ses disciples, si j'avais vécu à son époque. Vous pouvez croire qu'Abélard et Héloïse n’ont pas été oubliés. Sauf erreur, je vous ai aperçu de temps en temps à distance, entre les arbres : 1/7 me semble que jar vu ce chien de visage-là quelque part. Vous paraissiez m'appeler de l’autre côté du précipice, mais le bruit de la rivière, dans les profondeurs, était si grand que je ne pouvais vraiment distinguer vos paroles. Elles semblaient avoir le rythme de la poésie » #1,