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154 LES SENTIMENTS II-vi
«grands vieux figuiers », les « haies de myrte, de genêt d'Espagne et de laurier-tin », les élégances des pampres qui enlacent les mûriers et les oliviers et courent d’arbre en arbre en traçant des festons 5. C’est l’œil sur l’objet qu’il peint le détail gracieux, même dans un paysage factice. Il s’est émerveillé avant Taszt des eaux de la villa d’Este, « qui tombent d’une hauteur de cinquante pieds, se partagent en fragments et se changent en une averse de pluie où le soleil forme une quantité d’arcs-en-ciel rouges, verts, bleus et jaunes » 5°. I1 se grise des nuits limpides et parfumées : « Quelle lune et quelles étoiles ! Entendez-vous la fontaine? Ne sentez-vous pas les fleurs des orangers? Ià-bas c’est le couvent de Saint-Isidore, et cette hauteur, avec les cyprès et les pins, c’est le sommet du Quirinal. Tout cela est réel, et mon panorama n'a que deux cents yards de long » ft.
L'esquisse s’ordonne et se bâtit déjà dans l'œil, le long de la route ombragée qui escalade la colline, « avec un ou deux lacs dans le vallon à droite et les montagnes de l’autre côté » ‘2. La petite ville perchée sur la hauteur « très verte » et «le joli vallon au pied »; la rivière paisible et claire, qui serpente dans une « plaine charmante », lui sourient %. Les montagnes « nobles et sauvages », qui descendent tout près de la côte, sillonnées de profondes vallées obliques, couvertes de chênes-lièges; les hautes falaises rocheuses; la découpure des promontoires ; l’isthme qui s’avance loin dans la mer et « forme des baies et comme des lacs, agrémentés de bois », composent « un spectacle des plus agréables » 54 Il admire le lac d’Agnano, « entouré de montagnes de faible hauteur, cultivées et plantées jusqu’au sommet » %5, Il devient « amoureux de la Méditerranée », dont le grand calme bleu le repose %, Le golfe de Naples, avec le Pausilippe au milieu des eaux et le Misène à l’horizon, étend un vaste demi-cercle « aussi beau que possible », où il n’est point d’aridité : ce sont des bords « aussi délicieusement fertiles qu’on peut l’imaginer, tout couverts de verdure et de bois parsemés de villas » 57. Est-ce la fertilité qui le séduit ou l'éclat des couleurs? Le vitalisme répondrait peut-être que c’est tout un.
L’érudition pourtant submerge tous ces traits. Au fond, la nature italienne ne le satisfait pas. I1 y trouve trop de « plaines stériles » et trop de souvenirs; elle a « besoin de tous ces monuments antiques pour lui prêter quelque beauté » 5. I1 retourna même sa formule, disant à sa mère : « Naples... a bien d’autres beautés que celles de la nature. Nous avons passé deux jours à visiter
SOA LEP A8,-55, 177 60 TIFFI CS: 61. TI, I 69-70. C2 TRE225: 63: MEF250: 64. TF 226, 220.
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les curiosités des environs » ®%, I/Italie est « le plus beau pays du monde » parce que chaque endroit, « pour une raison où pour une autre, est célèbre depuis trois mille ans » ®. Mais il approuve Walpole : « Notre mémoire voit plus que nos yeux dans ce pays. C’est extrêmement vrai. Car, en fait de réalités, Windsor et Richmond Hill sont infiniment préférables à Albano et à Frascati » 7.
Revenu à sa campagne anglaise, il lui restait à en découvrir les beautés supérieures. Ce fut très lent. Il se laissa bercer par la verdure de Stoke et de la Tamise; par le mince courant de la Cam, dans la plaine de Grantchester, et les monticules de Gog Magog ”?. Après Londres, après un mois passé dans le monde, il était heureux de revenir à ses champs et d'y citer Gresset; il y trouvait le repos « nécessaire » #. Mais peu à peu le spectacle changeaïit. Il oubliait l’idylle et la religion des antres profonds. Il voyait, avec des yeux différents, la nature vivre d’une autre vie, et reconnaissait en elle une amie plus proche et non moins étonnante. Il devint naturaliste.
L'académie de Lagado l’emportait; Diphle cessait d’être ridicule. Le prodigieux développement des sciences naturelles, événement européen dans ce siècle de « lumières », ne pouvait laisser indifférente la patrie de Bacon 74 Comme dans toutes les branches de la « science physique », la Société Royale favorisait ici les initiatives. Dès la fin du dix-septième siècle, John Ray imposait sa classification organique des végétaux #5. Après lui, on saluait en un Stephen Hales le pionnier de la physiologie animale et végétale 7. A JLondres rayonne l’éminente personnalité de Sir Hans Sloane, créateur du jardin de Chelsea 77. La réforme de Linné, dès qu’elle fut connue, jouit d’une immense popularité, et des savants comme Benjamin Stillingfleet se consacrèrent à sa diffusion "8. Autour de ces chefs gravitent cent auteurs de Tyautés, de Flores, de Calendriers, innombrable production ”.
Par bien des points, les sciences naturelles, et particulièrement la botanique, appellent la vulgarisation. Ici c’est l'utilitaire agronomie, complétée par une météorologie naissante. Là c’est la mode, qui envahit jusqu'aux salons, des « cabinets » et des herbiers. L'horticulture, à son tour, flatte le zèle d'amateurs : humble, elle encourage un sentiment éternel, l’amour des fleurs, qui est
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