‹ Essai sur Thomas GrayChapitre 148 sur 446 · MM IV 148, AM Ixxiv · texte numérisé non relu

MM IV 148, AM Ixxiv

160 LES SENTIMENTS II-vi

les Voyages de Saint-Pétersbourg en Asie de John Bell. Il annote les ouvrages de Paul Jove, de Martin Lister, de Pierre Simon Pallas et, avec une extrême minutie, l'Histoire des Animaux d’Aristote 11, Il interroge toutes les nations : la Suisse en Charles Bonnet: l'Italie en Jean Bianchi; le Danemark en Brynnicke; en Gouan, l’école de Montpellier. Il consulte des livres sur les animaux marins, sur l’ornithologie boréale, sur l’histoire naturelle de la « Hollande Equinoxiale » 11, Au premier rang figurent la Flora Anglica de William Hudson et surtout le Sysiema Nature. De ce dernier, « cent fois divin », il avait fait interfolier et relier l'exemplaire en trois tomes. « Chaque fois que je lui rendaïis visite, rapporte Cole, il avait son Linné devant lui » 112.

Seize cents grandes pages, ces trois pesants volumes, et ce nombre de pages encore doublé par les feuillets intercalaires. Sur ces feuillets, assez de notes, ramassées et précises, pour composer l’égali d’un de ces volumes. Les deux règnes des créatures vivantes explorés classe par classe, genre par genre, espèce par espèce. Aux noms donnés par Linné en quelques langues courantes, il ajoute les équivalents en gallois, en irlandais, en suédois, en russe, en hébreu, en péruvien, en brésilien, en vingt dialectes divers. Il reprend la description des individus, nous dit leur taille, leur forme, leur couleur, les détails de chaque partie de leur corps. I1 sait leur caractère, leurs habitudes, leurs mœurs, les particularités de leurs amours. Le nombre des auteurs qu’il résume en phrases lapidaires approche dela centaine. S'il doit beaucoup à Buffon, il puise aussi dans Réaumur et dans Brisson, dans Kramer et dans Artedi, sans compter ses compatriotes Ray, Lister, Willughby, Sibbald, George Edwards, John Wallis. I1 connaît les Mémoires et les Actes des sociétés savantes de Paris, de Berlin et de Saint- Pétersbourg, les lettres de Bruckmann et les Observations entomologiques de la Carniole 113.

Il ajoute à ces renseignements le fruit de ses observations personnelles. Pour grossir sa documentation, il « sortait fréquemment dans les champs », regardait en mars voler les tadornes et, au plus froid de l'hiver, observait le souchet, décrivait sa couleur, ses ailes, avec une étonnante précision technique 114, En septembre, au coucher du soleil, il pourchasse un lézard dans l’herbe, s’en empare, l’examine à la loupe 15. À Southampton, il mesure et

110. D’après le catalogue de la vente de ses livres chez Sotheby et Wilkinson en 1851 (BN 1734), n°8 x, 8, 11, 76, 77, 82, 102. Pour Aristote et divers auteurs, cf. C. E. Norton, 0. c. Sup. n. 1. Voir aussi le compte rendu (par Mitford) d’une vente chez Evans en 1845, Gentleman's Magazine, jan. 1846, pp. 29-33. :

111. D’après la bibliographie de la première page du Commonpl. BR. III.

112. MM IV 149; AM Ixxv. Le Linné de Gray, dont la description fzit l’objet principal du livre de C. E. Norton (0. c. sup. n. 1), est actucllement à la bibliothèque de l’Université de Harvard. C’est un exemplaire de la 10° éd. (1758).

113. D’après Norton et les extraits du Linné publiés par Mathias (WM II 5 51-80). 114. WM II 561. 115. Norton, p. 43.

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