II-vi LA NATURE
fait peser un congre, enregistre le départ des martinets 115, A Hartlepool, il cherche des insectes, des coquillages sur le sable de la plage 117, Il poursuit des papillons, des sauterelles, de menues bestioles dans les prés de Chelsea, à Hyde-Park, à Marylebone 114, Il contemple des éperlans aux étalages des marchands de Londres et des oiseaux empaillés dans les vitrines des magasins 119,
Ses notes, suprême degré d'attention concrète, sont illustrées de dessins à la plume représentant des heures d'application; nets, délicats, exacts comme un travail de graveur. Si le contour est mou, l'exécution du détail est remarquable. Des ombres, des pointillés, des hachures indiquent le relief et les nuances. Les yeux ont leur éclat. Des chiffres renvoient aux explications. Nous savons si l'animal est grandeur nature, lente visum ou microscopio auctum. Ce sont têtes d'oiseaux aux becs allongés, pointus, crochus, aux aigrettes curieuses; coquillages, scarabées, larves de toute conformation; papillons aux ailes multiformes, tachetées, rayées, bariolées de teintes éclatantes 120,
On ne voit là, cependant, qu'une partie de son travail. On voudrait parcourir de même sa Flora Anglica et ses autres ouvrages. Dès que parut le Journal de Daines Barrington, il en reçut un exemplaire et le tint scrupuleusement, le « remplissant de notices sur les phénomènes de la nature.…., de minutieuses observations quotidiennes.…., sans presque une seule interruption jusqu’au 18 mai 1771 », un mois avant sa mort 121, I] possède maintenant un thermomètre, le regarde monter et descendre à chaque heure : 84° le 3 juin 1760, à midi, « le plus haut point que j'aie encore vu » 122, I] se renseignait, se perfectionnait, consultait son opticien sur les graduations Fahrenheïit et Réaumur 1%, montait jusqu’à la mansarde de $Stillingfleet et écoutait les projets de mission en Attique de ce « philosophe » : enfin nous allons comprendre Aristote et Théophraste 124! Il récitait ses conseils comme une leçon : un thermomètre doit se placer en bas, dans la cour, à l’ombre, près du sol; pour observer exactement la végétation, il faut tenir compte non seulement de la nature et de la configuration du terrain, mais de l'orientation 125.
Comme Linné, comme Pennant ou Barrington, il a ses prosélytes et ses correspondants. À Pembroke, Brown cultive un jardin dont il aime à voir fleurir les pommiers et où l’on prépare les boutures qui seront expédiées à Wharton « au moment voulu » 126,