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TOR EL IT

168 LES SENTIMENTS : II-vi

le loisir de s’attarder là au printemps, peut-être eût-il noté sur son Linné, en rentrant à Cambridge, cette description du narcisse : « Flos amplus, fulgens, auratus, quo nil in herbis pulchrius ». Et la vision des fleurs d’or fût passée comme un éclair de joie devant son souvenir.

Mais au reclus sortant de sa retraite, la nature offrait le spectacle enchanteur de ses ensembles. « Cum pictor non sis, verbis omnia depinge »1?2, Les choses méritent donc qu'on commette pour elles le péché de décrire.

Ici se pose, sous un autre aspect, la question de la nature et de l'art.

Lorsque Pope disait : « Suivez la nature » 1%, il reprenait, en l'appliquant à l'esprit, et par réaction contre le maniérisme, la doctrine aristotélicienne de l’imitation. Transporté dans le concret, son principe le conduit logiquement à préférer à l’art la simplicité nue de la nature — formule équivoque qui signifie seulement : ne découpez pas les pelouses de votre jardin en forme « d'hommes, de femmes et d'enfants », ni ne donnez à vos ifs la silhouette « d'Adam et d’Eve » 1%; imitez, en disposant votre verdure, l’aimable insouciance de la. végétation champêtre. Vous accomplirez de la sorte une œuvre « méthodique » 1%5.

Chez Addison, précieux indicateur des tendances de son époque, le sensualisme fait une entrée décisive. Un paysage grandiose, varié et coloré est un plaisir pour la vue; exactement, un plaisir transmis par la vue à l'imagination 1%, Sans doute n’entendait-il pas par imagination la même faculté que les Lakistes où les modernes 1%, Du moins y devinait-il le siège d'émotions agréables causées par la réfraction mentale d’excitations sensorielles. Ce qu'il appelle plaisir de l'imagination, nous le nommerions plaisir esthétique. Or, les images naturelles l’emportent sur celles de l’art en immensité, en hardiesse, en infinie variété. Mais d’où vient le jugement de beauté? Nous trouvons belles les œuvres de la nature dans la mesure où elles ressemblent à celles de l’art; les œuvres de l’art nous procurent d'autant plus d'agrément qu’elles se rapprochent le plus de la nature. Insoluble alternative, qui ne comporte qu’une réponse : ici comme Îà nous discernons une finalité, « l'effet d’un dessein dans ce que nous appelons l’œuvre du hasard » 198,

Puisque la nature dépasse l’art en degré, recueillera-t-elle ses suffrages? Non certes, car en qualité la nature n’atteint jamais

192. Cf. sup. n. 178. 193. Essay on Criticism, 68. 194. The Guardian, 29 sept. 1713, cité par M. Reynolds, p. 253. 195. Essay on Criticism, 88-0. 196. Spectator n° 411 (p. 593).

197. É Saintsbury, À History of English Criticism, Edimbourg et Londres, 1911, pp. 177-80.

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