‹ Essai sur Thomas GrayChapitre 159 sur 446 · II-vi LA NATURE I7I · texte numérisé non relu

II-vi LA NATURE I7I

« vallon étroit et solitaire » si recherché des hommes de l’art : un courant «le traverse en murmurant parmi de grandes pierres »; d’un côté, la colline « en pente douce »; de l’autre, la « rive presque perpendiculaire, mais couverte de sycomores, de frênes et de sapins. formant une ombre épaisse »; la cascade enfin, « haute de dix à douze pieds, qui tombe sur des débris de roches ». Bref, «fort peu d'art suffirait à faire de tout ceci un site magnifique » 217.

Mais plus que ses contemporains, plus que ses amis, il perçut dans l’art l’artifice. Certes Walpole blâmait les imitateurs serviles de Salvator 21%, et Mason répudiait les faux vieux arbres et les décors chinois #1. D'autre part, la peinture inspiratrice évoluait. Tandis qu'avec une précision hollandaise, Gainsborough évoquait la nature rustique, Richard Wilson peignait hardiment la vraie montagne, dans le style sublime, en « honnête Anglais » tout plein de la « paix bénie des choses » 22%, Paul Sandby, Anthony Devis, les frères Gilpin partageaient leur sincérité 221,

Cependant il fallait flétrir toute parodie; écarter la main sacrilège qui, dans un site « naturellement agréable », coupe les arbres « pour faire place à des buissons de fleurs », polit le rocher « comme du satin », et dresse devant les sources « une porte de fer » 222. I1 fallait démasquer l'affectation de Shenstone : « Toute sa philosophie consiste à vivre contre son gré dans la retraite, en un endroit que son goût a orné, mais qu'il n’apprécie que quand les gens de marque viennent le voir et le féliciter » ?*#. I1 fallait condarmner ce « goût à l’œil prophétique » qui, « en plantant un sauvageon, s’assied déjà sous son ombre et admire l'effet qu’il produira de tous les points de vue » 21. Mason déclarait, tout marri, que Gray « avait pour le jardinage moins d'estime que cet art n’en mérite » 2%, Gray baptisait le Jardin anglais de Mason son « magnum opus » et déclarait que l’ambitieux poème « n'aurait jamais été publié, s’il avait pu l'empêcher » ?*5.

I1 fallait proclamer la supériorité de la nature; et, si art il y a, dire que la nature est une artiste incomparablement plus grande que « Monseigneur le Goût » 227, L/affranchissement de Gray n’est pas absolu. Le paysage qu'il tient dans son regard pour juger les spectacles naturels s’orne de bouquets d’arbres « suspendus » et de rochers qui « hochent la tête » : simple question de style. Mais les tableaux de la nature possèdent tout l’avantage de l’objet sur sa copie. Ils valent mieux « que tout ce qu’on peut lire dans

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