‹ Essai sur Thomas GrayChapitre 161 sur 446 · I-vi LA NATURE · texte numérisé non relu

I-vi LA NATURE

de Newmarket », la « verdure émeraude qui paraît à la première quinzaine du printemps »#%. 11 dit volontiers « le tendre vert émeraude », image facile mais non stéréotypée : « Je vous assure que le visage de la nature ressemble à une émeraude, si vous aimez les joyaux » 289,

À la couleur neutre répond, quant à la distribution des lignes, le plan uniformément horizontal, équilibre d’indifférence, La vue n'est favorablement excitée que par les déformations de ce plan, par la grâce féminine des courbes, par les combinaisons les plus variées et les plus audacieuses avec la verticale, par les mille résultantes de la hauteur, du relief et de la perspective. Un arbre dans une prairie détache sa masse plus sombre, la fantaisie de son feuillage : « Marché jusqu'à Crow-Park, âpre pâturage aujourd'hui, autrefois clairière de chênes antiques... Si un seul de ces arbres était resté, cet endroit eût été incomparable » 24, Les « bois fréquents », les « grands arbres qui se penchent » érigent d’expressives silhouettes 241, Que le sol lui-même se soulève et ondule voici l'attrait des « molles élévations boisées »; le « pays extrêmement beau, tout en gracieuses collines couvertes de bois ma- EAN

Les enclos où broute le bétail, la « maison de bourgeois qui vous regarde à travers un bouquet de vieux arbres », le « rocher... sur lequel se dresse un château, antique et noble résidence », associent le paysage à la vie humaine 2#, Mais celui-ci possède des éléments animés qui lui sont propres. En est-il de plus étonnant que le cours d’eau? Fluide et sans fin, il s’avance, profond, grave, « clair comme du verre », et « si caime que l’on perçoit à peine son courant » 244, Aïlleurs il court, « rapide et étincelant parmi les maisonnettes et les prés »; il enlace la terre, se cache et reparaît, « se tord en vingt directions »; sa surface éclatante coupe et réfléchit la ligne abrupte du rocher « dont il baigne le pied » 245.

La lumière évoque les objets, préside au jeu de leurs couleurs, et, par l’ombre qu’elle projette, leur donne un corps. « Le soleil me combla à nouveau et m'ouvrit un spectacle magnifique » 246. Gray connaît le pouvoir du merveilleux toucher : « Le moindre rayon de soleil, chaque accident de lumière découvre à la vue quelque beauté » 247, La magie de l'éclairage compose, en dernier résultat, la physionomie de la nature : « Nous rentrâmes lentement par le même chemin et vimes un autre paysage : les traits, certes, en étaient en partie les mêmes; mais le soleil de midi découvrait maints détails nouveaux; les teintes étaient entièrement changées » 243, Si de sévères beautés doivent apparaître sous « un jour

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