‹ Essai sur Thomas GrayChapitre 162 sur 446 · TL, I 264. DAT CLL AIS. 248 TL III · texte numérisé non relu

TL, I 264. DAT CLL AIS. 248 TL III

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sombre », s’il faut visiter l’abbaye de Netley « au crépuscule », et non « par un soleil trop brillant et trop plein de faste », le jour est triste « où le soleil manque, où le ciel est couvert » 24. A la richesse de ses teintes, à la grandiose et changeante diversité de ses ombres et de ses feux, le coucher du soleil doit une exceptionnelle splendeur. À Keswick, Gray monte au Presbytère pour assister au spectacle. En route, il glisse dans la boue, tombe, se meurtrit : « Je suis resté néanmoins; et j'ai vu le soleil se coucher dans toute sa gloire » 250, I,e lendemain, à l'heure précieuse, il revint au même endroit ?51.

Une vallée resserrée groupe en plans successifs, et sous un seul regard, les éléments simples du pittoresque; la nature y dépasse déjà, par son incomparable aisance, les plus ambitieux efforts des jardiniers : « C’est un beau vallon, bien boisé, bien cultivé, bien habité; avec de hauts rochers bordant de chaque côté, dans le lointain, la verdure du pays. Au milieu, profonde, claire, pleine jusqu’à la berge et d’une bonne largeur, la rivière court en vastes méandres » 22, Entrevu à la faveur d’une échappée, dans le recul marqué par les plans antérieurs qui l’encadrent, un paysage semblable procure en outre l’émouvante surprise d’une découverte : « Riche contrée aux magnifiques enclos, agrémentée de villages et d’églises. Le sol très inégal. À gauche, la Lune qui serpente dans une vallée profonde; ses bords abrupts revêtus de beaux bois, à travers lesquels vous apercevez les longs bras de la rivière, à mesure que la route monte en lacets à une hauteur considérable » 258,

La sensibilité stimulée recherchera des émotions multiples et intenses dans la promenade et le panorama. Aux vertus toniques du mouvement, la promenade ajoute la succession rapide des scènes. Gray dit, sur les bords de la Tamise : « Je n’ai jamais vu dans un si petit espace tant de variété et de si nombreux avantages naturels » 254 Pour ses aperçus, « qui changent tous les dix pas, et révèlent quelque nouveauté partout où l’on se tourne », la vallée de la Wear est « l’une des plus belles où l’on puisse se promener » 256, Les rives de la Wye, « succession de merveilles inexprimables », font « la joie des yeux »; on y découvre « le siège du plaisir », on y récolte une « moisson » d'images 256,

Un et divers, vaste symphonie de sensations visuelles, le panorama propose un tableau tout fait, une construction où la géante artiste affirme son pouvoir surhumain. En son immensité, l’émotion à la fois se diffuse et s’absorbe. Gravir une hauteur d’où la vue s’étende largement est un rite du culte de la nature dont les préceptes s’inspirent de l’art des proportions, de la technique des

249. TL, III 262, 41, 233. ", 350 TI, IIX 236. 251. TL; IIL 242. 252. TL III 263-4. 253. LIN ITE250; 254 MH IIE2S: 255: EL E 225: 256 LI EI 200-1.

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peintres. « Smith a bien jugé en prenant sa gravure d'ici. I/éminence n'est pas trop haute et se trouve au bord même du lac, qu’elle domine sur toute sa longueur » #7. Si «les objets ne sont pas grands », trop d'éloignement « gâte leur beauté », les « montre pauvres et mesquins » 258, Il faut, düût-il en coûter « quelque fatigue », chercher le lieu propice, « l'élévation d’où l’œil perçoit un long méandre de la Tamise ou de la Medway », le tournant où ces majestueux cours d’eau «font irruption dans le paysage » 25? À Penrith, Gray « monte au Beacon-Hill, un mille jusqu’au sommet » : c'est pour découvrir le parc de Lowther, l’Ullswater visible entre les montagnes, les « cimes hérissées de cent collines sans nom », et le Crossfell « qu’on devine au milieu des brumes et des vapeurs qui l'entourent » 26°,

La volonté de décrire, décomposant alors l’harmonie du tableau, recompose un tableau par la phrase : « Au sud je découvre la petite ville de Glamis, ses maisons de pierre aux toits d’ardoises, sa coquette église et son clocher carré, chose rare dans cette région. Immédiatement derrière, une belle colline arrondie et une autre crête adjacente de forme plus allongée se dressent, toutes deux garnies de bois de grands sapins. Par delà, on voit poindre les noires collines de Sidlaw, au flanc desquelles serpente la route de Dundee. Au nord, à environ sept milles, les Grampians commencent à étager leurs cimes. Il y a trois semaines, j'y distinguais nettement des traces de neige tombée en mai. A l’est, les méandres du Strath... fuient parmi les collines qui s’abaissent graduellement en s’approchant de la mer. A l’ouest, la vallée, dont le sol n’est point plat mais inégal et accidenté, se déroule aux regards sur plus de vingt milles; et là, je vois les rochers qui dominent Dunkeld ; le Ben-y-Gloe et le Benmore montent au-dessus des nuages; et, plus haut que tous, le She-Khallian élève son cône » 261.

Ordonnée jusqu’à l'excès, mais délibérément fidèle aux images; foncièrement différente des tentatives de Burnham ou de la Grande- Chartreuse, mais essentiellement analogue, quant à la manière, aux descriptions de la Madone au long cou ou du scarabæus auratus, une telle esquisse marque l’avènement du peintre de la nature. Où se trouveront assez heureusement réunis des éléments pittoresques assez accusés pour la plus grande joie de ses yeux?

La mer a «ses mérites propres » 262. Gray vante les « belles proimenades » de Hartlepool, et souhaite y « voir une tempête » 263, Éprouva-t-il, quand son vœu se fut réalisé, un plaisir d'artiste devant le tumulte déchaîné ou de la simple curiosité pour un phénomène météorologique? Il s’exprima brièvement, sur le mode plaisant : « Les vagues ne s’élevèrent pas à plus de douze pieds,

257. TL, III 242. 258. Ibid. 259. TL, III 234, 109, 113. 260. TI, III 234. 261. TI, III 86. 262. TI, IIJ"70- 263. TL III 78.

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et il n’y eut pas de dégâts » 254, Il ignore la fascination de l'étendue infinie. C’est, plutôt que la mer elle-même, le paysage côtier qu’il recherche, pour son ampleur, pour ses contrastes de couleurs franches, pour la dentelure de ses rivages fortement opposée aux vastes surfaces. Il aime la mer aperçue d’une élévation, et « mêlant ses voiles qui passent et son étincelante nappe bleue aux verts plus sombres et plus éclatants des bois et des champs de blé » 265. Le bateau est nécessaire, ou quelque objet qui « borne l'horizon » 266. Ii faut, en venant de Margate, atteindre Douvres : « Là, vraiment, les falaises sont majestueuses et pittoresques; en face, les côtes commencent à borner la vue, qui jusque-là s’étendait sans limites. Et ce n’est pas une mer dépourvue de bateaux; elle est partout peuplée de voiles blanches, de navires de toutes tailles en marche » 247, Gray aime le paysage marin dans la mesure où celui-ci lui offre le tableau attendu, agrandi dans ses proportions :

« Les chênes croissent jusqu’au bord du rivage. La mer forme de nombreuses baies, petites et grandes, qu'on découvre, étincelantes, au milieu de leurs épais bosquets. Ajoutez à cela la flotte.…., les vaisseaux qui passent sans cesse. De Fareham à Southampton on se trouve au niveau de la côte, et l’on jouit de mille semblables aperçus et délicieuses échappées. Si l’on veut embrasser l’ensemble d'un coup d'œil, il faut gravir le Portsdown. Au nord s'étendent le Hampshire et le Berkshire couverts de bois et parsemés de nombreuses maisons de bourgeois et de villages. Au sud, Portsmouth, Gosport, etc. À vos pieds, semble-t-il, la mer sinueuse dont les baies pénètrent dans les terres; les ombres profondes des grands chênes dans les enclos, qui bleuissent en fuyant dans le lointain; Porchester, Carshot et toute l’île de Wight, où l’on distingue nettement les champs, les haies et les bois voisins du rivage, et, derrière, un fond de collines. Je n’ai jamais vu de tableau plus magnifique et plus varié » ?568.

À cet idéal de variété, d'opposition de formes et de couleurs, de hardiesse de lignes; à ce plaisir de la découverte, à ce besoin d’une expansion qui veut percevoir ses limites, la montagne répond mieux que la mer. La promenade y est une transformation continue des panoramas les plus complexes : « La route serpentait parmi des bois magnifiques. De chaque côté, une vaste chaîne de montagnes rocailleuses qui changeaient de visage et découvraient quelque nouveauté tous les cent yards, à chaque tournant du chemin, à chaque nuage qui passait : ce fut l’une des journées les plus agréables que j'aie vécues depuis bien des années » 2%, La montagne réalise l’œuvre grandiose : « Nous arrivâmes à un chapelet de quatre petits lacs situés dans une vallée dont les eaux

264. TI, III 80. 265. TL III ro. 266. TI, I 252. 267. TL, III 1x4. 268. TI, I 268. 269. TI, III 89-90.

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